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Invité Afrique

RDC: «Kamerhe n'est pas le seul politique impliqué dans le détournement de ces millions de dollars»

Audio 08:29
Vital Kamerhe (notre photo) a géré le programme d'urgence des 100 premiers jours dans lequel il y a des soupçons de corruption.
Vital Kamerhe (notre photo) a géré le programme d'urgence des 100 premiers jours dans lequel il y a des soupçons de corruption. RFI/Sonia Rolley

C'est une première dans l'histoire de la République Démocratique du Congo (RDC). Ce lundi 11 mai, le directeur de cabinet du président de la République est convoqué devant un tribunal de Kinshasa. Vital Kamerhe est poursuivi pour détournement présumé de quelque 50 millions de dollars. Sur quoi se fondent les soupçons de la justice congolaise ? Pourquoi le président Tshisekedi a-t-il laissé tomber son directeur de cabinet, qui est aussi son principal allié politique ? Trésor Kibangula a été journaliste à « Jeune Afrique ». Aujourd'hui, il est chercheur au Groupe d'études sur le Congo (GEC). Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Vital Kamerhe, directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, est soupçonné d’avoir détourné quelque 50 millions de dollars destinés au « programme des 100 jours » du président Félix Tshisekedi. Mais qu’est-ce qui prouve cette accusation ?

Trésor Kibangula : Si la question est : est-ce que le procès se justifie ? La réponse est oui, parce que, dans la mise en œuvre du « programme des 100 jours », il y a eu beaucoup de malversations financières, beaucoup de détournements de fonds comme l’attestent des centaines de documents que le Groupe d’étude sur le Congo a pu rassembler, parce que le programme a été lancé dans une précipitation déconcertante, sans planification, et aussi dans un contexte de méfiance entre ceux qui étaient là avant, donc le clan Kabila, et ceux qui sont arrivés, le clan de Félix Tshisekedi.

À l’époque, nous sommes en mars 2019 et le Congo est encore administré par le gouvernement sortant de Joseph Kabila. Mais c’est Félix Tshisekedi à la présidence. Et du coup, c’est une sorte de gouvernement parallèle qui lance ces grands travaux ?

Oui. Le contexte est important. Le nouveau pouvoir, le tandem Félix Tshisekedi-Vital Kamerhe n’acceptera pas de travailler avec les ministres démissionnaires qu’il a trouvés. Alors il va essayer de constituer un autre réseau parallèle sans passer par les ministres qui étaient là, et ces ministres-là disent qu’ils ont été court-circuités un peu dans la mise en œuvre de ces programmes. C’est vraiment dans un contexte de méfiance totale que ces programmes s’exécutent.

Et c’est comme cela que Vital Kamerhe et plusieurs autres conseillers à la présidence lancent le « programme des 100 jours » qui porte sur quelque 500 millions de dollars. Alors aujourd’hui, Vital Kamerhe est soupçonné d’en avoir détourné 10%, quelque 50 millions de dollars, mais y a-t-il vraiment les preuves de tels détournements ?

Son nom revient souvent dans plusieurs documents, notamment et surtout dans des affaires pour lesquelles il est poursuiv : l’affaire liée à la construction de 1 500 maisons préfabriquées dans le cadre de logements sociaux destinés à cinq provinces, mais aussi l’affaire liée à 3 000 autres maisons qui étaient destinées aux policiers et aux militaires. Donc, le juge estime qu’il y aurait des raisons de croire à sa culpabilité dans ces affaires.

Peut-on dire qu’avec deux gouvernements parallèles, il y a eu dilution des responsabilités et donc la porte ouverte à encore plus de corruption ?

Bien entendu. Il y a eu à la fois l’équipe autour de Félix Tshisekedi qui a mené ces programmes d’urgence d’un côté, et de l’autre côté, il y a un gouvernement qui était encore là, qui posaient certains actes parce que les ministres de l’époque sont venus signer, parapher des contrats qui étaient exécutés par les cabinets du président de la République. Alors, on ne sait plus qui peut répondre de ces actes.

Dans le camp Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe, on dit que le président Tshisekedi a forcément donné son accord à l’arrestation de son directeur de cabinet…

Est-ce que Félix Tshisekedi a lâché Vital Kamerhe ? La réponse est oui. C’est quand même son directeur de cabinet. Et ce n’est pas n’importe quel directeur de cabinet, c’est son allié. [Avant la présidentielle], ils ont signé un accord, le « deal de Nairobi » [en novembre 2018], et en 2023, il était prévu que Félix Tshisekedi, l’actuel président, puisse soutenir la candidature de son allié à la présidentielle. Aujourd’hui, si Vital Kamerhe se retrouve dans le collimateur de la justice, c’est parce que Félix Tshisekedi l’a voulu, c’est parce que Félix Tshisekedi a donné son feu vert pour que la justice puisse faire son travail.

Et parce que Félix Tshisekedi veut se débarrasser d’un rival potentiel en 2023 ?

Il y a eu trois pôles de pouvoir : Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe et Joseph Kabila. Certes aujourd’hui, Félix Tshisekedi donne à ses partenaires étrangers, internationaux, la garantie qu’il est celui qu’il prétend être, celui qui veut lutter contre la corruption : « Regardez, je viens même de sacrifier mon directeur de cabinet ». Mais il fait aussi d’une pierre deux coups : en concevant cette image de quelqu’un qui lutte contre la corruption, il vient aussi, si en tout cas Vital Kamerhe venait à être condamné, d’éliminer un potentiel adversaire pour les prochaines échéances. Cela est vrai.

Mais en même temps, est-ce qu’il n’affaiblit pas sa coalition Cap pour le changement (Cach) face au Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila ?

Franchement, cela ne change pas grand-chose sur le plan numérique parce qu’ils étaient déjà très fragilisés même avant ce qui arrive à Vital Kamerhe. Donc aujourd’hui, sur le plan politique, peut-être qu’on peut considérer que Félix Tshisekedi perd un allié qui aurait pu l’aider à avoir un peu plus de visibilité dans la partie Est [du Congo], dans les [deux] Kivus où Vital Kamerhe est populaire. Mais à Kinshasa, sur le plan numérique, cela ne va rien changer. Cela va peut-être créer un désarroi au sein du Cach. Est-ce que l’UNC de  Vital Kamerhe va rester aux côtés de l’UDPS [Union pour la démocratie et le progrès social] de Félix Tshisekedi ? Ce sont des questions qui se négocient. Actuellement, il y a une volonté de Félix Tshisekedi de rassurer les cadres de l’UNC qui vont conserver leur poste de ministre derrière. Il y a aussi cet appât du gain, parce qu’il y a une répartition des portefeuilles des entreprises publiques qui est en cours. Donc, ce sont des choses qui se décident actuellement par rapport au nombre de députés ou de ministres que compte le Cach.

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