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Aujourd'hui l'économie

Sanofi: polémique et course au vaccin

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Le siège du géant pharmaceutique français Sanofi à Paris, le 27 mars 2020.
Le siège du géant pharmaceutique français Sanofi à Paris, le 27 mars 2020. FRANCK FIFE / AFP

Retour sur la polémique autour de Sanofi. Ce jeudi soir, le président de de Sanofi Serge Weinberg a finalement promis qu'aucun pays n'aurait de primeur particulière dans l'accès à un éventuel vaccin du groupe pharmaceutique. Un rétropédalage donc au lendemain de propos laissant entendre que l'entreprise française donnerait la priorité aux États-Unis si elle aboutissait dans sa recherche d’un vaccin contre le Covid-19. Des propos qui ont provoqué un tollé.

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Le laboratoire français a largement mis l’échiquier politique français d’accord… contre lui.

Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, a interpellé Emmanuel Macron sur Twitter, estimant qu'il était « impensable qu'une entreprise qui a son siège en France et qui bénéficie de crédits d’impôts recherche » favorise les États-Unis. Mais, des économistes de la santé soulignent que l’aide américaine a été fléchée vers la recherche sur le coronavirus, on assiste donc à une surenchère. « Pour les médicaments thérapeutiques, les laboratoires choisissent l’ordre des pays dans lesquels ils vont mettre les médicaments sur le marché, ils mettent souvent les nouveaux médicaments sur les marchés les plus juteux, explique Izabela Jelovac, directrice de recherche au CNRS, économiste de la santé. « Mais, je n’ai jamais vu ça pour les vaccins », ajoute-t-elle.

« Soustraire aux jeux du marché »

Dans le même temps, en parallèle de l’argument de la préférence nationale, sur la scène politique française et pas seulement, a largement été mis en avant l’idée selon laquelle un vaccin n'est pas un produit comme un autre.

« La santé est un bien commun à soustraire aux jeux du marché », estime le Parti socialiste. La formule d'Emmanuel Macron diffère à peine et le gouvernement a martelé son indignation hier. Il faut dire que les propos du directeur général de Sanofi tombent mal pour le gouvernement qui essuie déjà des critiques sur la gestion de l’approvisionnement en masques. Le gouvernement aussi qui affiche depuis des mois sa volonté de renforcer la souveraineté économique, notamment en termes de santé.

Prime de risque

De son côté, dans l'interview à Bloomberg, celle qui a tout déclenché, le directeur général Paul Hudson met en avant, pour justifier sa position, les investissements américains.

Sanofi, l'un des plus grands spécialistes mondiaux des vaccins, collabore avec l'Autorité américaine pour la recherche et le développement avancés dans le domaine biomédical, la Barda, depuis mi-février. Cette coopération permet de démarrer rapidement la production en parallèle de son enregistrement. Et les États-Unis ont mis la main à la poche : quelque 30 millions de dollars. Pour Paul Hudson dans Bloomberg, il était donc légitime que le pays bénéficie des plus grosses pré-commandes et donc de quelques jours voire quelques semaines d'avance sur le reste du monde. C’est en quelque sorte une prime de risque car la recherche, c’est risqué. Le risque d'investissement dans des projets qui peuvent ne pas aboutir ou trop tard.

Appel du pied aux Européens

Depuis Sanofi est revenu en partie sur ses propos. La dernière déclaration en date a donc été délivrée hier soir par Serge Weinberg, le président du conseil d'administration du laboratoire. Il assure une nouvelle fois qu'il n'y aura « aucune avance particulière d'aucun pays ». Il y aurait une priorité des États-Unis uniquement sur les vaccins produits dans les « usines américaines, en aucun cas sur les usines françaises et européennes ». Les propos de Paul Hudson auraient été déformés.

Volontaire ou pas, cette polémique a pris des airs de stratégie de négociation. Le président de Sanofi France a assuré que « si les Européens travaillaient aussi rapidement que les Américains, ils seraient servis en même temps ». Le directeur général du laboratoire a appelé l’Europe à « partager les risques ». Paul Hudson pourra le demander directement à Emmanuel Macron qui le recevra mardi.

La Commission européenne, qui a organisé un téléthon pour la recherche ayant permis de lever 7,4 milliards d'euros, s'est d'ailleurs également indigné de l'idée d'une primeur accordée aux États-Unis.

Bien public ou privé ?

Cette polémique réveille en tous cas le débat sur les produits de santé. Les vaccins sont-ils des biens publics ou privés ?

Un sujet qui divise notamment d’un côté l’Europe et de l’autre les États-Unis, rappelle Carine Milcent, économiste spécialiste des questions de santé au CNRS. Un débat qui soulève par ailleurs beaucoup de questions pratiques.

Emmanuel Macron souhaite qu'un vaccin contre le Covid-19 soit « extrait des lois du marché ». Alors désormais, l'hypothèse d'une priorité donnée aux États-Unis semble avoir reculé. Il n’empêche Sanofi est une entreprise privée à but lucratif. Alors comment faire ?

Le Parti socialiste brandit la menace de la nationalisation.

140 personnalités pour un vaccin ou un médicament gratuit pour tous

Pour François Pochart, avocat associé du cabinet August Debouzy, cité par l’AFP, une disposition qui réserverait les premiers lots de vaccins au financeur pourrait effectivement être prévue contractuellement entre les deux parties. Mais, met-il en avant, l’état d’urgence sanitaire permet à l’État de prendre toute mesure pour fournir aux patients les médicaments nécessaires. Encore faut-il pour cela que les vaccins soient produits en France.

Izabela Jelovac évoque la piste d’un autre levier juridique : la déclaration de Doha de 2001 sur la propriété intellectuelle « autorise un pays ou un groupe de pays à octroyer une licence obligatoire à une société nationale permettant de copier un médicament ». Mais des recours juridiques, « cela pourrait prendre des années », estime-t-elle encore.

Par ailleurs, Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d’État à l'Économie, a jugé qu'il serait inacceptable qu'un pays ait un accès privilégié « sous un prétexte pécuniaire ». Mais les capacités de production vont malgré tout poser le problème. « On ne peut pas partir de zéro et du jour au lendemain produire pour la terre entière », souligne Carine Milcent.

Alors qui décide à qui doivent être distribués les premiers vaccins et à quels prix ? Oxfam demande l'élaboration d'un plan de distribution équitable approuvé par tous les pays.

Plus de 140 personnalités dont Cyril Ramaphosa, le président sud-africain, Macky Sall, son homologue sénégalais et le chef de l’État ghanéen, Nana Akufo-Addo, ont insisté dans une lettre ouverte : à leurs yeux, le vaccin ou traitement contre le Covid-19 devrait être fourni « gratuitement à tous ». Les signataires demandent aux ministres de la Santé membres de l'OMS de rallier cette position. Ils pourront en discuter lundi et mardi lors de l'assemblée annuelle des États membres de l'Organisation mondiale de la santé.

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