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Chronique transports

Les croisières, du changement à l'horizon

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Plusieurs bateaux de croisière en quarantaine au large de la baie de Manille, le 8 mai 2020.
Plusieurs bateaux de croisière en quarantaine au large de la baie de Manille, le 8 mai 2020. REUTERS/Eloisa Lopez
Par : Marina Mielczarek
10 mn

Le voyage en mer a souffert des terribles images qui ont fait le tour de la planète. Des navires interdits d'accoster pour cause d'épidémie de Covid-19 à bord. Mais, contrairement à ce que l'on aurait imaginer, les croisiéristes misent sur une reprise rapide du marché, à condition de se réformer. 

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Sur les chantiers navals français, qui comptent parmi les meilleurs constructeurs du monde, les ouvriers achèvent les plus gros navires jamais construits au monde. Des mastodontes capables d'embarquer jusqu'à 8 000 personnes.

La pandémie de coronavirus a ralenti le rythme des travaux (commencés bien avant l'apparition de la maladie). Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, aucune commande n'a été annulée, ces bateaux gigantesques seront achevés et livrés. 

► À lire aussi Les navires de croisière au centre de l’épidémie de coronavirus

Pas d'annulations, mais des voyages repoussés

Côté passagers, c'est un peu la même chose. Les clients qui avaient une croisière prévue en 2020 n'ont pas annulé, ils ont préféré reporter d'un an, voire de deux ans, leur voyage en mer. Outre ce report, les croisiéristes proposent d'autres options comme le remboursement partiel ou l'obtention d'un avoir correspondant à la somme déjà déboursée.

La reprise du marché sera difficile, mais le monde de la croisière est un monde qui a l'habitude des changements de dernière minute et des contraintes impromptues, lors d'une tempête ou d'impossibilité d'entrer dans un port par exemple.

Repenser les accès à bord puis aux buffets restaurant et à la piscine

De plus, confirme Linda Laine, responsable du magazine L'Echo touristique, les armateurs, comme les principales compagnies de croisière pensent sur le long terme. Avec cette crise du Covid-19, il est possible, dit-elle, que les premiers voyages se fassent avec des bateaux remplis à 30 ou 50% de leur capacité.

En tout cas, confirme-t-elle, ils travaillent déjà à quelques changements de fond : « Les voyages reprendront avec la réouverture des frontières, explique-t-elle, puisqu'un séjour requiert l’accord des deux pays, celui de départ et celui de destination. Dès l’apparition de l’épidémie qui était concentrée en Asie, les compagnies ont vite compris l'importance des prises de température. Elles sont devenues obligatoires à chaque montée à bord. Aujourd’hui, l'Association Clia qui regroupe les armateurs, les compagnies de croisières et les agences de voyages travaillent à harmoniser les mesures de santé qui prévaudront désormais. Ils vont fournir des masques, des désinfectants et revoir l'aménagement des espaces. Il y aura des trajets organisés pour aller au buffet restaurant, aux piscines, aux casinos ou aux salles de danse. Les distances de sécurité seront décrétées, ces changements sur des paquebots de cinq mille passagers, conclue-t-elle, risquent d’être compliqués. »

Hôpital et bloc opératoire à bord

Les compagnies les plus importantes font déjà la promotion de leur hôpital avec bloc opératoire à bord. Contrairement à l'avion ou au train, sur un paquebot il y a toujours eu des médecins. Bien avant la coronavirus, une simple gastro entérite ou une grippe était capable de saper un voyage.

► À lire aussi : Coronavirus, le secteur des croisières subit une crise sans précédent

Rassurer les clients et changer la clim'

Avec la Covid-19, inconnue jusqu'alors, Christophe Avellan, directeur du Pôle Méditerranée à Marseille, pense que l'obligation de rassurer la clientèle va passer par un effort de prévention. Les compagnies vont ainsi revoir leurs systèmes de climatisations. Cet expert connait bien le monde de la mer et relate l'incroyable histoire d'Eurévia, une petite entreprise française de la Ciotat, près de Marseille, spécialisée dans le matériel d'aération.

Cette structure ne compte qu'une quinzaine de salariés à l'origine d'une idée géniale, dédiée aux voyages collectifs des mers. « Ils ont reçu des appels du monde entier, explique Christophe Avellan. Leur carnet de commandes s'est  rempli en quelques jours. Leur produit consiste à installer une climatisation personnalisée, cabine par cabine, et non plus généralisée à un espace commun. » Et d'ajouter : « Sur les plus gros bateaux, dit-il, il peut y avoir 3 000 cabines et des centaines de couloirs, de nombreux espaces confinés. Cette climatisation ultra filtrante capte les virus de l'air ambiant. Les tests ont été faits, il est impossible de laisser passer les virus de la grippe, ceux qui provoquent les gastros-entérites et bien entendu, l’actuel coronavirus. C’est l’idéal pour protéger les passagers et éviter les contaminations ». 

Sur un navire, le budget climatisation est le second budget après celui du carburant. Avec ce système, ils paieront plus cher au départ, mais au final ils seront gagnants puisqu'il est moins gourmand en énergie.

La carte santé, plus verte

En adoptant les mesures sanitaires destinées à redonner confiance, les compagnies ont compris l'autre enjeu cher au grand public : la préservation de l'environnement. Tout est lié, affirment les économistes qui voient se profiler une demande d'humilité chez les consommateurs.

En tout cas, la tendance se vérifie en Europe. La crise du coronavirus jouera sans doute un rôle dans la fin de cette course au toujours plus grand, toujours plus polluant.

La mort programmée du gigantisme

Deux écoles coexistent chez les spécialistes du tourisme. Mais aussi chez les armateurs et les agences de voyages. Cette pandémie n'aura fait qu'exacerber les points de vue. D'un côté ceux qui prédisent la fin du gigantisme et des voyages lointains, les autres, comme Mathieu Ramus, opérateur suisse de l'agence Grands Espaces, fournisseur de croisières polaires.

« Nous n’avons pas constaté de montée d'angoisse chez nos clients, raconte-t-il. Mais peut-être parce que nos offres sont différentes de celles des super paquebots, ces géants de la mer. Avec nos séjours découverte des pôles, nos passagers cherchent l’aventure en petits groupes et en pleine nature. Ce sont des expéditions bien différentes, confortables, mais sans l'abondance de certaines compagnies. Cependant, je reste convaincu qu’il y a de la place pour tous les types de voyages et pour tous les consommateurs. Chez nous, à Grands Espaces, il y a des bateaux de plus petite taille qui nous permettent d’être plus rapides et plus manœuvrables pour affronter les aléas climatiques. Ils vont nous permettre d'espacer les passagers à bord. C'est un avantage pour respecter les distances de sécurité conseillées dans cette pandémie de Covid-19. »

Le paquebot France, version 2024 plus écologique

Cette tendance au plus petit s'est d'ailleurs concrétisée chez les armateurs français avec l'annonce du nouveau paquebot France, célèbre bateau des années 1960, dont la version modernisée sera plus courte, et moins vorace en carburant (mix de gaz liquéfié, de gazole et de piles électriques).

La promotion s'est faite autour de la taille réduite, 195 mètres au lieu des 315 mètres d'origine. Avec 450 passagers au maximum. Une introduction en Bourse de Paris est prévue pour que le grand public puisse acheter des actions. Mise à la mer prévue en 2024.

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