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Reportage international

Brésil: le parcours du combattant des femmes qui avortent en pleine pandémie

Audio 02:29
Scène de vie dans le bidonville de Rocinha à Rio de Janeiro, en pleine crise du coronavirus, le 22 mai 2020 (image d'illustration).
Scène de vie dans le bidonville de Rocinha à Rio de Janeiro, en pleine crise du coronavirus, le 22 mai 2020 (image d'illustration). REUTERS/Pilar Olivares

Au Brésil, l’avortement est illégal sauf en cas de violences sexuelles, anencéphalie du fœtus ou danger pour la vie de la mère. Pour pouvoir avorter, certaines femmes se rendent dans les pays voisins où la législation le permet. Mais avec la pandémie et la fermeture des frontières, la situation se complique. Et pour celles qui pourraient avorter légalement aussi : seule la moitié des services d’avortement légal fonctionnent dans le pays pendant la pandémie.

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En temps normal, Mariana pourrait avorter légalement. Elle est tombée enceinte à la suite d’un viol, juste avant le début de la pandémie au Brésil. Mais dans le Para, l’état où elle vit, tout au Nord du pays, les hôpitaux sont saturés de cas coronavirus.
« Mon voisin est mort à cause du manque de lits. Alors j’ai commencé à réfléchir : on ne peut déjà pas s’occuper des personnes atteintes du Covid, comment est-ce qu’on pourrait s’occuper de moi ? Donc j’étais très préoccupée, je ne savais pas si j’allais y arriver. Mais maintenant je suis ici, donc je pense que j’ai déjà réussi la moitié. »

Mariana est arrivée à Sao Paulo, il y a deux semaines. Son rendez-vous à l’hôpital a été repoussé car la médecin qui devait s’occuper d’elle a été contaminée par le coronavirus. Tout au long de son parcours, elle a été soutenue par l’association « Milhas pour la vie des femmes ». « Milhas » en référence aux « miles » pour acheter des vols en avion. Car l’association permet aux femmes de voyager pour avorter de façon légale et sûre, dans d’autres pays voisins comme la Colombie.

A la mi-mars, la présidente de l’association, Juliana Reis, avait planifié un vol avec neuf femmes, mais les frontières ont fermé du jour au lendemain.
« C’est des drames, c’est épique… On a eu des cas de femmes qui voulaient traverser l’Amazonie pour rentrer à pieds en Colombie. Et évidemment on a eu plein de femmes qui ont fait appel à des moyens douteux pour réussir à interrompre leur gestation. Par " douteux ", je veux simplement dire pas légal ».

Car même si certaines femmes répondent aux critères pour pouvoir avorter légalement, elles sont souvent victimes de discriminations. A plusieurs reprises, Juliana Reis a dû dénoncer des abus de la part des soignants.
« Il y a des expériences de re-victimisation, c’est-à-dire qu’on lui fait raconter 1, 2, 3, 4, 5 fois ce qu’il lui est arrivé, presque comme dans une investigation policière, pour qu’elle commette une contradiction quelconque. »

Dans l’entourage de Mariana, personne ne sait qu’elle avorte. Avec cette expérience, elle dit prendre conscience de l’hypocrisie de la société brésilienne au sujet de l’avortement.
« Alors que certaines femmes ont les moyens d’avorter, d’autres non. Et elles meurent en tentant de le faire, chez elles, clandestinement. Des enfants sont abandonnés, donc c’est un sujet dont il faut qu’on parle. »

Selon une étude, entre 500 000 et un million de Brésiliennes avortent chaque année et parmi ces femmes seules 1 600 le font de manière légale.

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