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Invité Afrique

Coronavirus: «Les compagnies aériennes africaines ont déjà perdu 8 milliards de dollars»

Audio 04:57
Un avion de la compagnie South African Airways, le 14 mars 2020 à Polokwane, en Afrique du Sud.
Un avion de la compagnie South African Airways, le 14 mars 2020 à Polokwane, en Afrique du Sud. AFP/Guillem Sartorio

Des compagnies aériennes comme Air France et Bruxelles Airlines ont annoncé qu’elles allaient reprendre certaines destinations en Afrique à partir de la mi-juin et de manière progressive. Mais elles restent avant tout soumises au feu vert des pays de destination en fonction des contraintes sanitaires. Quant aux compagnies africaines, elles n’ont pas encore repris leurs dessertes internationales. La plupart des avions restent cloués au sol. Comme l'ensemble des compagnies aériennes du monde entier, elles traversent une crise particulièrement grave qui pourrait même s’avérer fatale pour les plus fragiles. Le Malien Cheikh Tidiane Camara a été le directeur d'Air Afrique pour l'Europe. Aujourd'hui, il préside à Paris le cabinet de conseil Ectar.

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RFI : Est-ce que le Covid-19 pourrait être fatal aux compagnies aériennes du continent africain ?

Cheikh Tidiane Camara : Oui, c’est tout à fait possible. Les compagnies africaines sont assez fragiles dans l’ensemble, par une sous-capitalisation, par des marchés trop petits, étriqués. Et cette pandémie a créé une situation où toutes les dessertes internationales sont suspendues. Il y a quelques compagnies pour des grands pays, qui ont un trafic intérieur important, qui continuent. Mais les relations internationales sont interrompues. Et les frais fixes des compagnies aériennes demeurent. C’est-à-dire les coûts des avions, la maintenance, les pilotes. Tous ces coûts-là existent et demeurent et qu’il faut assumer. Et en face, il n’y a pas de recettes.

Est-ce qu’on a une idée du montant des pertes ?

L’Afraa, qui est l’Association des compagnies aériennes africaines qui regroupe 45 compagnies environ, estime que les compagnies aériennes africaines ont déjà perdu 8 milliards de dollars depuis le début de cette pandémie. Et cette perte risque de s’accentuer si rien n’est fait pour les aider à sortir de cette crise.

Faut-il s’attendre à des licenciements massifs ? Déjà des milliers d’employés sont au chômage technique dans les compagnies, les aéroports, les agences de voyages…

Absolument. Quand il n’y a plus d’exploitation, il est évident que les pilotes, le personnel au sol, le personnel commercial, toutes ces personnes sont aujourd’hui de fait, de facto, en chômage technique. Et il est évident que ceci se traduira nécessairement par des licenciements à des niveaux jamais atteints.

Est-ce que des petites compagnies aériennes ont déjà déposé le bilan à votre connaissance ?

Toutes les compagnies sont concernées, pas seulement africaines d’ailleurs. Et à travers le monde, il y a des compagnies aériennes qui ont déposé le bilan : South African [Airways], tout le monde connait. Je sais que [concernant] Air Namibia, le président de la République a demandé que la compagnie dépose le bilan. Il y a un certain nombre de compagnies qui ont des difficultés énormes, qui ont sollicité l’aide de leurs pouvoirs publics pour pouvoir passer ce cap qui est difficile. Les dépôts de bilan, il y en aura sûrement. Plus que ça, parce que si les demandes des compagnies auprès des institutions financières, qu’elles soient nationales, régionales ou même internationales, n’aboutissent pas, il est évident que les compagnies ne pourront pas se pérenniser. Ce n’est pas seulement les compagnies aériennes, même les aéroports aujourd’hui souffrent énormément. Donc, la situation actuelle est exceptionnelle. À mon avis, le transport aérien n’a jamais connu un tel problème. Alors les solutions ne peuvent pas être des solutions comme ça, il faut vraiment un financement important. Tout le monde en a pris conscience.

Pourrait-on assister à l’issue de la pandémie à une recomposition du paysage aérien africain ?

C’est tout à fait probable, parce que les compagnies africaines étaient déjà fragiles avant cette crise. Et celles qui pourront sortir de cette crise, de mon point de vue, il n’y en aura pas beaucoup. Alors ceci va amener nécessairement une recomposition. Nous avons eu déjà des compagnies historiques comme South African qui disparait.  Nous avons Ethiopian Airline qui a de gros problèmes aujourd’hui. Et toutes sont pareilles. Les compagnies nord-africaines –Air Algérie, Royal Air Maroc, Tunis Air-, toutes ont de gros problèmes. Il est évident que ceci va nécessairement générer une recomposition de l’espace aérien africain.

Et pourrait-on assister à des regroupements de compagnies ?

C’est une probabilité parce que les plus fragiles ne résisteront pas. Dans quelles mesures il y aura des regroupements : est-ce qu’il y aura des compagnies qui disparaitront, est-ce que même le mode d’exploitation que nous avons connu, est-ce que tous ces systèmes-là peuvent perdurer ? Ce sont des réflexions qui sont menées à tous les niveaux aujourd’hui, au niveau des grandes compagnies, au niveau de leurs associations à travers l’Iata [Association du transport aérien international] ou l’Afraa [l’Association des compagnies aériennes africaines], et même de l’Oaci [Organisation de l’aviation civile internationale].

Est-ce que le prix des billets va beaucoup augmenter ?

Cela est une question que tout le monde se pose, même les compagnies aériennes, parce que les coûts incompressibles d’une exploitation aérienne demeurent. Et si par hypothèse, les capacités des avions étaient réduites pour permettre une distanciation plus acceptable dans la cabine des avions, est-ce que cela va avoir des incidences sur le prix des billets ? À mon avis, c’est que oui.

Mais les prix du kérosène ont pourtant chuté ?

Mais le prix du carburant n’est qu’un des coûts d’une exploitation aérienne. Le carburant a baissé, mais les autres coûts sont là, têtus, ils ne bougent pas. Maintenant, ce sont des questions qui sont en ce moment traitées par des commissions, par des comités qui sont mis en place pour réfléchir sur les réponses à apporter à ces interrogations.

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