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Reportage international

Irak: les déplacés du Covid-19

Audio 02:30
Une vue montre les maisons détruites dans la vieille ville de Mossoul, en Irak, le 3 juin 2020 (photo d'illustration).
Une vue montre les maisons détruites dans la vieille ville de Mossoul, en Irak, le 3 juin 2020 (photo d'illustration). REUTERS/Abdullah Rashid

Confinement, couvre-feu, comme presque tous les pays du monde, l’Irak a aussi mis en place des mesures de restriction pour lutter contre le coronavirus. Seulement voilà, le pays compte près d’1,5 million de déplacés et de réfugiés. Alors comment fait-on face à l’épidémie lorsqu’on vit sous une tente ou dans habitat précaire ? Il y a évidemment les risques liés au virus, mais aussi l’impact psycho-social sur ces populations souvent très fragiles. L’ONG Première urgence internationale a mis en place un programme de suivi afin d’aider les personnes vulnérables dans les camps, mais aussi dans les villes irakiennes.

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Khawla Khalil a 47 ans, avec son mari et leurs cinq enfants, ils vivent à Falloujah, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad. En 2014, alors que le groupe État islamique s’empare de leur ville, la famille, terrorisée fuit les combats et trouve refuge à Erbil dans le nord du pays. Un exode forcé, des années de galère, qui se répercutent aujourd’hui sur les plus jeunes : « Mon fils et ma fille ont 10 et 11 ans et souffrent de syndrome de stress post-traumatique. Ma fille fait toujours pipi au lit, mon fils, lui, a d’importants troubles de l’attention. De toute façon à quoi peut-on s’attendre lorsqu’on grandit sous les bombes ? »

Les enfants Khalil, sont suivis depuis le mois de janvier dans un centre de santé mis en place par Première urgence internationale. L’apparition du Covid-19, le confinement, ont fait surgir de nouvelles angoisses chez eux, mais aussi chez les autres patients de Shakir Hameed, l’un des travailleurs psychosociaux formés par l’ONG : « Lorsqu’une personne a toutes ses facultés mentales, elle peut faire face à cette épidémie de Covid-19 en respectant les règles de distanciation sociale ou en respectant le confinement, etc. Mais une personne psychologiquement instable vit mal ce genre de situation. Ce sont des facteurs de stress supplémentaires pour elle. Mais il y a plus grave encore, nous suivons des personnes avec des tendances suicidaires, pour qui le virus, est justement un moyen de mettre fin à leurs jours. Nous devons donc faire très attention à elles. »

Une mission difficile. En plein confinement plus question de rassembler des patients dans des groupes de parole. Première urgence internationale a instauré la téléconsultation : « J’appelle les patients deux fois une heure chaque semaine. Mais cela reste une consultation à distance. Ce n’est pas aussi bien que d’être face à face avec les patients. En tant que travailleur psychosocial, les expressions du visage, les gestes des mains, ont un sens pour moi mais malheureusement par téléphone je travaille à l’aveugle. »

Guerre après guerre, les déplacés ou réfugiés en Irak ont vécu un véritable traumatisme. Selon Ondine Tsaconas, chef de mission de Première urgence internationale en Irak, dans la majorité des cas des simples suivis psychologiques peuvent les soulager : « Ces personnes ont tout perdu entre 2014 et 2017. Elles ont perdu leur maison, leur foyer, parfois des membres de leur famille, leur sécurité financière, leurs affaires... La crise du Covid-19 isole encore un peu plus ces personnes. Cela impacte un peu plus leur bien-être et leur santé mentale. »

En Irak, les ONG regrettent d’être les seules à avoir mis en place ces programmes de suivi psychologique. Le gouvernement de son côté est pressé de fermer les camps de déplacés. Forçant souvent des familles très fragilisées à rentrer dans leurs villages encore en ruines.

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