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Invité Afrique

60 ans de l'indépendance malgache: «Madagascar est toujours en train de se chercher»

Audio 05:03
Défilé en l'honneur de l'indépendance de Madagascar le 26 juin 1960.
Défilé en l'honneur de l'indépendance de Madagascar le 26 juin 1960. Wikipédia/Polaert

Ce vendredi 26 juin, Madagascar célèbre les 60 ans de son indépendance. L’une des figures qui a marqué cette indépendance, c’est celle du premier président de malgache Philibert Tsiranana. Tsiranana fait le choix d’une indépendance qui préserve des liens forts avec l’ancienne puissance coloniale, la France. Pourquoi ce « pari françafricain » et quelles en seront les conséquences ? Pour en parler, l’historienne Lucile Rabearimanana répond aux questions de Laurent Correau

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RFI: Pourquoi certains historiens estiment-ils que l’État mis en place par Philibert Tsiranana après l’indépendance a été un État néocolonial ?

Lucile Rabearimanana: Philibert Tsiranana était pour l’indépendance. Mais une indépendance qui ne signifie pas du tout rupture, loin s’en faut, avec la France. Il n’y a pas de changement qualitatif clair entre le régime colonial et celui de la première République. La présence française est à la fois économique, politique, culturelle. Il y a toujours la Compagnie lyonnaise de Madagascar, la Compagnie marseillaise de Madagascar. Les grandes plantations dominées par les Français sont toujours là. La culture française, la langue française restent prépondérantes non seulement dans l’enseignement, mais encore dans la culture qui règne à Madagascar en général.

Et quelle place jouaient alors les conseillers français dans l’entourage de Philibert Tsiranana ?

Que ce soit autour du président de la République ou dans les ministères, la présence française crevait les yeux, les directeurs de cabinet ou les conseillers. Et ils imprimaient la politique du gouvernement de Madagascar. Et d’ailleurs, Philibert Tsiranana ne l’a jamais caché : il est le fils politique spirituel du général de Gaulle. Et quand le général de Gaulle est mort, il a dit au journal Le Monde : « Le général de Gaulle est mon père et ma mère. C’est lui qui m’a fait ».

Qu’est-ce qui explique, selon vous, cette proximité de Philibert Tsiranana avec la France ?

Bien sûr, on ne peut pas le comparer à Léopold Sédar Senghor [Premier président du Sénégal et père de l’indépendance du pays]. Mais il est vraiment un pur produit de l’enseignement à la française et de la culture française. Dans cette période de guerre froide, il se met du côté du monde libéral, du capitalisme. Mais aussi, c’est une vraie conviction chez Philibert Tsiranana que la culture et la langue françaises, c’est ce qui relie Madagascar au reste du monde. Ce n’est pas de l’opportunisme à mon avis.

Est-ce que cette doctrine n’est pas quand même une forme de pragmatisme, la volonté d’entrer progressivement dans l’indépendance et la volonté de le faire en s’assurant du soutien financier de la France ?

Vous parlez de « pragmatisme », justement c’est ce qu’il pensait. En matière d’économie, notamment, il trouvait que Madagascar était pauvre et que justement sans l’aide de la France, sans les investissements français, Madagascar ne s’en sortirait jamais.

Quel rôle ce positionnement de Philibert Tsiranana par rapport à la France a joué lors des évènements de 1972 [devant la contestation paysanne et estudiantine, le président Tsiranana est contraint de quitter le pouvoir à Madagascar au profit du général Ramanantsoa] qui vont conduire à son départ ?

Les évènements de 1972, c’était contre cette présence française permanente, non seulement dans les ministères, etc. mais encore dans l’enseignement. Et la place prépondérante du français non seulement comme langue d’enseignement, mais encore dans les programmes d’enseignement même. Par exemple, l’histoire de Madagascar ou l’histoire de l’Afrique étaient très peu représentées dans les programmes d’enseignement. Et à l’université, les programmes d’enseignement étaient pratiquement ceux de l’université d’Aix-Marseille. Il n’y a eu de vrais enseignants de l’enseignement supérieur que bien plus tard, après 1972. La malgachisation de l’enseignement était l’un des chevaux de bataille des manifestants de 1972.

Certains qualifient cette période de « deuxième indépendance ». Est-ce que cela vous semble justifié ?

Oui, tout à fait. Enfin « deuxième indépendance »… on a cru à ce moment-là  que c’était  la deuxième indépendance, on l’a cru, mais bon… Il y a eu la seconde République, la nationalisation des grandes entreprises coloniales, la sortie de la zone franc et les relations diplomatiques avec l’URSS, la Chine, avec les pays de l’Est. Et la conséquence, c’était la pénurie. Et finalement, à partir de 1983-1984, le retour dans le camp de l’Ouest. Et là, à partir de la troisième République et maintenant, on essaie d’attirer les capitaux français, à côté des capitaux chinois ou japonais.

60 ans après l’indépendance, peut-on dire que Madagascar a maintenant trouvé sa place sur l’échiquier international ?

Je pense que Madagascar est toujours en train de se chercher. Avec la mondialisation, c’est pire. Madagascar fait partie des cinq pays les plus pauvres du monde. En 60 ans, Madagascar a dégringolé dans le domaine économique et social alors que nous sommes un pays qui détenons des ressources du sol et du sous-sol. Il faudrait vraiment qu’il y ait des investissements qui profitent aux gens, et pas seulement à une minorité.

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