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Invité Afrique

Soixante ans d’indépendance de la RD-Congo avec l’historien Isidore Ndaywel

Audio 09:12
L'historien congolais Isidore Ndaywel (ici en 2012 à Kinshasa)
L'historien congolais Isidore Ndaywel (ici en 2012 à Kinshasa) AFP/Junior D. Kannah

Il y a soixante ans, jour pour jour, le Congo-Kinshasa accédait à l'indépendance. Mais les Congolais ont dû attendre 59 ans pour connaître la première alternance pacifique au sommet de l’État... Une alternance toujours très controversée. Au cœur de ce combat pour la démocratie, il y a le CLC, le Comité laïc de coordination, un collectif très proche de l'église catholique du Congo. L'historien Isidore Ndaywel en est le coordinateur. De passage à Paris, le professeur Ndaywel, qui vient de publier Le Congo dans l'ouragan de l'histoire, chez L'Harmattan, témoigne au micro de RFI.

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RFI : À l’indépendance, en 1960, est-ce que l’Église catholique congolaise soutient le mouvement ou est-ce qu’elle est encore sous très forte influence de la Belgique ?

Isidore Ndaywel : En 1960, la plupart des leaders et des acteurs politiques sont en réalité des anciens séminaristes. C’est-à-dire que cela a été la seule filière réellement pertinente pour avoir une formation de niveau universitaire. Ce sont des gens qui ont fait de grands séminaires, mais qui à un moment donné n’acceptent plus de rester dans le cadre religieux et qui deviennent des laïques. Ce sont ceux-là qui vont constituer la première élite.

Vous pensez au premier président ?

Au premier président de la République Joseph Kasa-Vubu, qui était d’ailleurs le condisciple du futur monseigneur Malula et finalement cardinal Malula. Même ceux qui étaient des leaders de gauche, comme Antoine Gizenga, qui était un ancien grand séminariste, et Pierre Mulele, qui va mener une action très forte de révolution, qui était un ancien frère joséphite. Donc ce sont des anciens de l’Église.

Sauf Patrice Lumumba, qui lui est formé plutôt par la poste ?

Voilà. Patrice Lumumba, évidemment, est un itinéraire atypique dans cette nomenclature des élites congolaises.

De Mobutu à Joseph Kabila, cette Église catholique, dirigée notamment par Monseigneur Monsengwo, s’oppose au pouvoir politique. « Que les médiocres dégagent ! » lance Laurent Monsengwo. C’est quand même une parole d’opposant, en effet.

Oui, que les médiocres dégagent… Ces médiocres ayant promis qu’il y aurait des élections en 2016, qu’il n’y aurait jamais d’autres mandats en dehors de ceux prévus par la Constitution, mais qui, dans les faits, faisaient tout pour faire trainer les choses. À ce moment-là, l’Église s’est retrouvée aux premières loges de l’opposition d’une certaine manière, puisqu’il n’y avait qu’elle pour pouvoir jouer le grand rôle de dire non à ce qui se faisait.

Et quelle est la position, à ce moment-là, du Vatican et du pape François ? Est-ce qu’il freine ou est-ce qu’il encourage ?

Le pape est représenté localement par le nonce apostolique, son ambassadeur. Le nonce apostolique a toujours été partie prenante de ce mouvement.

Il est Argentin, comme le pape…

Argentin comme le pape -le premier-, et actuellement c’est un Italien qui l’a remplacé. Ils sont tous les deux, le premier comme le second, dans ce courant.

Donc Mgr Monsengwo et Mgr Ambongo sont soutenus par le pape dans leur action ?

Tout à fait. Pleinement.

Les marches lancées par l’Église catholique, ces trois dimanches de décembre 2017, janvier et février 2018, est-ce que c’est anecdotique ?

Ah non, absolument pas… C’est un tournant important, dans la mesure où l’opposition s’est trouvée tout à fait affaiblie et également divisée. Il ne restait plus que la société civile et donc, derrière elle, l’Église, pour prendre une position forte et ferme. Il a fallu qu’il y ait ce coup de force pour obliger la Commission électorale nationale, dite indépendante, et le pouvoir politique, d’aller vraiment vers les élections.

Et c’est là qu’interviennent ces trois marches de décembre 2017 à février 2018, qui font malheureusement beaucoup de morts ?

Tout à fait.

Quelques mois plus tard, nous sommes en août 2018. Joseph Kabila renonce à son troisième mandat. Y-a-t-il, à votre avis, une relation de cause à effet ou pas ?

Il y a certainement une relation de cause à effet. Parce qu’il y a cette pression forte. Je tiens d’ailleurs à dire qu’il était prévu qu’il y ait des manifestations fortes, plus fortes encore, au mois d’août, si jamais il se portait candidat. Je pense que cet ensemble d’éléments a joué, dans le sens qu’il a lâché du lest.

Vous-même, professeur, vous êtes au cœur de l’action et vous avez pris des risques personnels, non ?

Bien sûr. Je suis resté treize mois caché quelque part, pour sécuriser l’action que nous menions. Nous faisions tout pour ne pas nous faire arrêter et nous faire prendre, ce qui risquait d’arrêter le mouvement.

À quel moment sortez-vous de la clandestinité ?

Fin janvier 2019, c’est-à-dire au moment où tout s’est terminé.

Après la présidentielle ?

Après la présidentielle…

Et les résultats de cette présidentielle ?

Je sais qu’il y a, bien sûr, le dysfonctionnement dû à ces élections très controversées. Je pense que c’est déjà un plus que le président Kabila n’ait pas reposé sa candidature, qu’il soit parti, c’est déjà un élément, qu’il y ait eu tout de même une alternance, même si ce n’est pas une alternance vraiment souhaitée par la population, mais tout de même il y a eu une alternance. Nous avons tout de même un certain nombre de signaux positifs, quand nous voyons que la population congolaise est vraiment une population éprise de justice, quand on voit comment elle défend très fortement l’indépendance de la justice, la transparence de la gestion publique… Sur cela, je pense que nous ne changerons pas.

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