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Invité Afrique

Marc Lavergne: «L'éclatement de l'Éthiopie serait un drame pour toute la région»

Audio 05:06
Le barrage de la Grande Renaissance sur le Nil en Éthiopie, le 26 septembre 2019.
Le barrage de la Grande Renaissance sur le Nil en Éthiopie, le 26 septembre 2019. REUTERS/Tiksa Negeri

Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS spécialiste de la Corne de l'Afrique, évoque l’épineuse question du grand barrage de la Renaissance en Éthiopie. L’Égypte, qui dépend presque entièrement des eaux du Nil, redoute que ce barrage ne réduise la quantité d'eau qui lui parviendra. Et pour l’Éthiopie, ce projet est crucial puisqu’il va lui permettre d’être autonome en matière d’énergie.

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Les négociations sur le barrage de la Renaissance ont discrètement repris, cette fois sous la supervision de l’Union africaine. Qu’est-ce qui se joue ?

Ces négociations sont un peu celles de la dernière chance, puisqu’il y a eu effectivement deux cycles précédemment, entre les trois pays concernés, c’est-à-dire l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie. Là, ce sont des négociations qui sont toujours tripartites mais finalement, le Soudan essaie de jouer un jeu de conciliateur entre ses deux voisins. Et puis l’Union africaine pèse de tout son poids. L’Union africaine est épaulée par l’Union européenne, par les États-Unis, donc on a pris conscience dans les chancelleries occidentales qu’il faut absolument aboutir à un accord sur ce problème qui est un problème technique finalement, qui concerne non plus tellement le principe même de construction d’un barrage mais la répartition des eaux, de la durée durant laquelle ce barrage va être rempli de manière à impacter le moins possible les pays d’aval.

Ces négociations qui ont lieu dans un contexte tendu…

Mais tendu pour chacun des protagonistes c’est-à-dire les Éthiopiens qui sont le dos au mur avec un pays qui est menacé par la violence, et puis l’Égypte qui elle a des difficultés, je dirais, en Libye et aussi sur la scène intérieure d’un point de vue économique.

Les Égyptiens voudraient un accord global et contraignant sur le partage des eaux du Nil, alors que les Éthiopiens veulent juste un accord technique qui puisse leur permettre de démarrer l’exploitation.

Oui, c’est vrai que les Égyptiens ont toujours été les principaux bénéficiaires des eaux du Nil alors qu’ils sont le pays d’aval et du temps des Anglais, c'était conçu comme ça puisque l’Égypte était une ferme à coton pour les usines textiles britanniques. Après, l’accord avec le Soudan a complètement ignoré l'Éthiopie, alors l’Éthiopie à bon droit aujourd’hui de dire « vous vous êtes partagé les eaux du Nil, il n’y a pas une goutte qui devrait être utilisée par l’Éthiopie, mais nous avons une population de 100 millions d’habitants, d’agriculteurs en majorité qui ont besoin de développer, de moderniser leur agriculture pour nourrir le pays pour éviter les famines ». Donc, il y a une démarche unilatérale de l’Éthiopie, c’est vrai. Mais d’un autre côté, on pourrait arguer que l’Égypte n’est plus une ferme à coton, que la population égyptienne vit de moins en moins de l’agriculture mais beaucoup plus d’autres ressources, donc ses besoins en eau, contrairement à ce qui est avancé par le gouvernement égyptien, sont moins importants qu’ils ne l'étaient autrefois.

Où en sont les travaux ?

Les travaux sont à peu près achevés puisqu'ils ont commencé en 2013 et que tout ça est allé assez vite. Il y a les côtés de construction de la digue du barrage et après il y a l’établissement des turbines qui ont été financées par la Chine et fournies par des pays étrangers et tout ça nécessite la mise en place de l’usine hydroélectrique qui est installée à côté du barrage lui-même. Donc, les travaux vont continuer de toute façon, quelles que soient les décisions ou l’issue de ces négociations bilatérales avec l’Égypte.

Signe inquiétant, les autorités éthiopiennes accusent « des ennemis extérieurs », sous-entendus les Égyptiens, d’être à l’origine des dernières violences qui ont éclaté début juillet.

Oui, ces violences durent maintenant depuis deux ans. Elles mettent en cause le fédéralisme ethnique éthiopien, c’est-à-dire que l’Éthiopie est une mosaïque et depuis la chute de Meles Zenawi, il y a cette nouvelle phase qui s’ouvre : les ethnies se déchirent entre elles. Donc, il y a là un problème qui est totalement indépendant du barrage. Il se peut que les services égyptiens comme ils l’ont fait dans le passé, soutiennent financièrement ou bien logistiquement, certains des mouvements armés qui veulent l’indépendance directement, je pense au front de libération Oromo par exemple, mais dans ce cas-là, ce travail de sape est extrêmement contre productif et dangereux parce que l'éclatement de l’Éthiopie serait un foyer de guerre que personne ne saurait éteindre et un drame pour toute la région.

Que veulent les manifestants Oromos ?

Les manifestants Oromos veulent la reconnaissance de leur entité. Alors il existe un Etat Oromo, mais il y a plusieurs revendications qui sont des revendications soit territoriales, soit de main-mise sur leur Etat, d'avoir plus d'autonomie par rapport au pouvoir central mais pour le reste, c’est une volonté d’indépendance, je dirais presque de l'Oromie, qui est quelque chose d'un peu illusoire peut-être mais qui porte en germe la disparition de l’Éthiopie. On en est là.

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