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CMA CGM et la difficile lutte contre le trafic du bois de rose

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Le bois de rose faitl 'objetd en ombreux trafics.
Le bois de rose faitl 'objetd en ombreux trafics. Getty Images/Charles Smith/Corbis/VCG

L’armateur français CMA CGM et grand opérateur du transport maritime vient de suspendre toutes les exportations de bois au départ de la Gambie. Une volonté de lutter contre le trafic illégal des espèces protégées. Le groupe évoque la présence dans les conteneurs de bois d'espèces dont le commerce est très réglementé, notamment le palissandre sénégalais et le bois de rose.

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C’est à la suite d’une alerte d’une ONG américaine signalant à CMA CGM l’existence d’un trafic illégal de bois de rose en Gambie que l’armateur français a décidé d’arrêter temporairement le transport de charger sur ses navires les conteneurs de bois en Gambie.

« Le code douanier qui est utilisé est un code très vague, ce bois est donc assez difficilement traçable », explique Guilhem Isaac Georges, directeur du développement durable de CMA CGM. « Avec le cadre légal en vigueur aujourd’hui, nous ne sommes pas en mesure d’avoir le détail suffisant de l’espèce qui est transporté. Nous avons conduit des investigations internes, nous sommes arrivés à la conclusion que du bois de rose se trouvait très probablement dans ces chargements. »

Le trafic illégal concernerait en fait du bois coupé au Sénégal, acheminé ensuite en Gambie pour être exporté, surtout en Chine. CMA CGM met donc en place différentes mesures. « On met en place une gamme de mesures, qui ne visent pas spécifiquement le bois de rose, mais l’ensemble des espèces protégées dans le monde », assure Guilhem Isaac Georges. « Les espèces protégées sont couvertes par une Convention internationale qui s’appelle la CITES et doit faire l’objet d’un permis d’exportation délivrée par les agents de la CITES. Or aujourd’hui, la plupart du temps, nous n’avons pas ce permis, puisque finalement ces espèces protégées sont camouflées sous des codes très vagues. Notre première mesure va être de clarifier les responsabilités entre le chargeur et le transporteur que nous sommes. »

Collaboration multiple pour lutter contre le trafic illégal

La lutte contre le trafic illégal des espèces animales et végétales protégées, nécessite la collaboration de plusieurs acteurs, estime Isabel Camarena, administratrice scientifique de la CITES, mais elle n’a pas la valeur financière de ce trafic illégal.

« Nous disposons de registres des transactions, mais nous n’avons pas la valeur exacte du commerce illégal des espèces protégées. Nous avons des informations provenant d’autres sources, comme les Nations unies et Interpol. On estime autour de 52,15 milliards de dollars par an la valeur du trafic illégal des espèces animales et végétales », dit-elle

Pour lutter contre ce trafic, Isabel Camarena pense qu’« il est nécessaire qu’il y ait une collaboration entre les États d’origine et les enquêteurs. C’est donc une responsabilité partagée. Ce n’est pas uniquement en mettant la pression sur les États de départ, mais c’est également discuter avec les pays de destination de ce commerce illégal. Ils ont besoin de collaborer avec les pays d’origine, pour mieux contrôler ces pratiques. »

Concernant seulement le bois de rose, un rapport de l’ONG « Agence d’investigation environnementale » publié en juin 2019 indique que lors de la dernière décennie, 1,6 million d’arbres ont été exportés au départ de la Gambie.

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