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Afrique économie

La faible résistance des transformateurs de lait au Sénégal face aux importations d'Europe (2/2)

Audio 02:17
Une vache broute dans la brousse verdoyante à quelques kilomètres de la ville de Kaolack, le 16 juillet 2020.
Une vache broute dans la brousse verdoyante à quelques kilomètres de la ville de Kaolack, le 16 juillet 2020. RFI/Théa Ollivier
Par : Théa Ollivier

L’augmentation des stocks de lait en poudre européen constitués lors de la crise du coronavirus risque de se déverser en Afrique de l'Ouest, notamment au Sénégal et de fragiliser davantage les acteurs laitiers locaux. Depuis 2018, le marché est inondé par le lait en poudre, largement utilisé par les industriels et transformateurs laitiers pour des questions de coût plus intéressants, au détriment de la filière locale, qui peine à émerger.

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À Kaolack, ville située à 200 kilomètres de Dakar, une seule unité de transformation artisanale achète le lait local des éleveurs. Toute de rose vêtue, Awa Diallo montre avec fierté la machine manuelle qui lui sert à produire du lait caillé, des fromages ou des yaourts. Tous faits à base de lait local. « Il y a des éleveurs qui sont à 30 kilomètres d'ici, explique-t-elle. Pour aller jusque là-bas avec les moyens de transport, c'est difficile. Nous n’avons pas de voitures, ni de motos. Nous pouvons seulement collecter le lait à 5 kilomètres. C'est le moyen de transport qui pose problème. »

L’enjeu est donc de sortir la matière première de sa zone de production. Mais les éleveurs locaux, comme Michel Doudou Sène, se plaignent de ne pas pouvoir compter sur les industriels. « Comme la production n'est pas très importante, ça n'intéresse pas trop les industriels, parce qu'ils sont loin, ils sont à Dakar, déclare-t-il. Ce qui fait que pour une cinquantaine de litres, le véhicule ne peut pas se déplacer à partir de Dakar. »

Seuls deux industriels pour le lait local

Khar Ndiaye, de l’ONG Oxfam, milite pour que le lait local soit utilisé dans les unités de transformation industrielles. « Les industries nationales font face à beaucoup de difficultés par rapport à cette incorporation du lait local dans leurs productions, parce que le lait local coûte tout simplement beaucoup plus cher que le lait en poudre, explique-t-elle. Les industriels s'organisent pour faire la collecte de ce lait parce qu'il n'y a pas d'organisation réelle au niveau de la politique nationale pour la collecte de ce lait. »

Seuls deux industriels collectent le lait local. Le groupe Kirène récemment, mais c’est surtout la Laiterie du Berger qui est pionnière, avec une collecte auprès de 800 éleveurs locaux. Ses produits à base de lait local sont plus chers que ceux de ses concurrents à base de lait importé. L’entreprise est donc obligée de mélanger les deux sortes de lait pour fabriquer de nombreux produits.

« La Laiterie du Berger a énormément investi pour montrer un modèle de développement de la filière lait local, explique Arona Diaw, le secrétaire général de la Laiterie du Berger. Nos industries sont intéressées, mais pour l'instant, il y a un manque de structuration et le manque de compétitivité du lait local fait que tant qu'on facilite l'importation de lait en poudre et qu'on ne renforce pas la filière lait local, ça posera des problèmes. » Les industriels n’utiliseront donc pas le lait local tant que les barrières douanières à l’importation de lait en poudre ne seront pas plus contraignantes.

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