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Coronavirus: à Madagascar, le tourisme l'un des secteurs les plus sinistrés

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La nuit tombée sur Antananarivo, la capitale malgache.
La nuit tombée sur Antananarivo, la capitale malgache. Getty Images/Martin Harvey

À Madagascar, les opérateurs touristiques sont à bout de souffle. Après la fermeture des frontières et la suspension des vols internationaux et nationaux il y a quatre mois, suivis des mesures de confinement, le secteur est à l’arrêt. Près de 1,5 million d’habitants dépendent de la filière du tourisme et sont aujourd’hui dans une situation extrêmement précaire. 

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« Le tourisme en deuil ». C’est ce qu’affichent de nombreux guides, hôteliers ou tour opérateurs sur leur photo de profil Facebook depuis quelques jours. Si l’Etat a consenti à un allègement des charges fiscales cette année pour les entreprises, cela n’est pas suffisant pour traverser la crise.

« Tout le monde n’arrête pas de dire que le tourisme est vraiment le plus impacté mais un secteur qui est considéré comme le plus impacté n’est pas parmi ceux qui sont les plus priorisés. Le tourisme n’est pas seulement un business, c’est un pourvoyeur d’emplois, un catalyseur de richesses, fait valoir Litah Razafimahefa, vice-président de la Confédération du Tourisme de Madagascar. C’est toute une chaîne de valeurs qui est en détresse et ça fait quatre mois aujourd’hui qu’on attend des mesures vraiment concrètes. On a réussi sur certains points, par exemple l’annulation de tout ce qui est perception fiscale pour l’année 2020 »

Un secteur primordial pour l’Etat puisqu'il représente 7% du PIB. Il est aussi l'un des plus gros pourvoyeurs de devises pour le pays et représente 300 000 emplois directs et indirects. Mais aujourd’hui, 9 salariés du tourisme sur 10 sont au chômage technique, d’après la confédération.

A Sainte-Marie, petite île au large de la côte-est, la saison des baleines bat son plein mais les touristes sont absents, explique Sitraka, responsable de l’hôtel Vanivola, qui a fermé ses portes comme tous les établissement de l’île depuis mi-mars : « On vit des réserves. On essaie de payer les factures et les arriérés et on a complètement arrêté de payer le personnel depuis le mois dernier. Il y a eu des exonérations d’impôts mais nous, nous aimerions avoir des subventions en termes financiers. »

Cette île authentique et paradisiaque est percutée de plein fouet par la pandémie, son économie repose, comme d’autres régions du pays, presque entièrement sur la venue des touristes étrangers. Sans reprise ou aide significative, les conséquences sociales s’annoncent désastreuses.

« C’est une île qui se meurt petit à petit s’il n’y a pas à un moment donné une relance quelconque. Ça va devenir très compliqué, déplore Josiane Jolivet, la gérante de l’établissement Boraha Village. Une personne qui travaille dans un hôtel fait vivre quasiment toute sa famille et puis en parallèle les hôtels achètent le poisson aux pêcheurs locaux, font faire de l’artisanat. Les tuk-tuk et les piroguiers travaillent avec nos touristes. C’est toute l’économie qui découle du tourisme. Nous sommes fermés depuis le 23 mars, sans aucun touriste puisque l’île est complètement isolée. Il n’y a pas de bateaux de voyageurs, pas d’avion. »

« Quand il y avait des touristes, je gagnais 40 000 ariary minimum (10 euros) par jour. En ce moment, on transporte du poisson ou des sacs de riz mais ça nous fait à peine 10 000 ariary (2,50 euros) par jour, parfois rien, ça rembourse juste la location du tuk-tuk, confirme Boto Landrys, qui fait partie de la centaine de chauffeurs de tuk-tuk de Sainte-Marie qui vivent indirectement de la filière. Il y a même des chauffeurs qui se battent entre eux pour avoir du travail. On a besoin d’aide parce qu’on a une famille à nourrir et des loyers à payer. »

Dans une lettre adressée au président de la République et au ministre de tutelle, il y a deux semaines, la Confédération du Tourisme de Madagascar appelle notamment au gel des loyers et à une prise en charge du chômage technique des salariés par l’Etat.

Lors d'une rencontre jeudi avec les opérateurs touristiques de l'île de Nosy Be, dans le nord-ouest du pays, le président malgache Andry Rajoelina a fait savoir qu'une réouverture partielle des établissements et des vols pourrait être envisagée vers le mois d'octobre dans cette région. Il a toutefois souligné que cette ouverture dépendrait en grande partie de l’évolution de l’épidémie de Covid-19 localement. Le chef de l’Etat, accompagné du ministre du Tourisme et du ministre de l’Economie et des Finances, a aussi proposé un programme de prêt à taux zéro équivalent à un mois de salaire aux employés au chômage affiliés à la Caisse nationale de prévoyance sociale.

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