Accéder au contenu principal
Invité Afrique

«Pas de schéma alternatif» à la candidature d'A.Ouattara en Côte d'Ivoire (F. Akindès)

Audio 05:03
«Je suis candidat à l'élection présidentielle du 31 octobre», a annoncé Alassane Ouattara, à la veille du 60e anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire.
«Je suis candidat à l'élection présidentielle du 31 octobre», a annoncé Alassane Ouattara, à la veille du 60e anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire. John MacDougall/Pool via REUTERS/File Photo

Francis Akindès, sociologue à l'université de Bouaké, revient sur l'annonce de la candidature du président Alassane Ouattara à la prochaine élection présidentielle d'octobre en Côte d'Ivoire.

Publicité

RFI : Francis Akindès, cette annonce du président Alassane Ouattara n’est pas une surprise ?

Francis Akindès : Absolument pas. Tout indiquait que monsieur Alassane Ouattara allait vers cette décision, tout simplement, parce que la pression au sein de son parti - le RHDP -, était très forte. Il n’y a qu’à voir ce que fut la réaction des militants du RHDP, qui étaient déçus par sa non-réponse aux félicitations pour sa candidature au Conseil politique qui a eu lieu il y a à peine sept jours.

►À lire aussi : Présidentielle ivoirienne : Alassane Ouattara revient sur sa décision et se porte candidat

Il n’y avait donc personne d’autre que lui pour reprendre le flambeau ?

Son argumentaire était très intéressant. Il dit ceci : « Le décès d’Amadou Gon Coulibaly laisse un vide ». Cela veut dire qu’il n’y avait pas de schéma alternatif. C’est évident que, s’il tente de sortir un autre candidat de ses rangs, trois mois avant les élections, le parti volait en éclats. Quand on connait la structure du RHDP, il est difficile d’imager une alternative à ce mandat. Je pense qu’en tant qu’homme d’État, il a besoin d’un appareil politique. Et cette décision s’explique également par la volonté de préserver son appareil politique, qui est en fait son arrière-base politique.

Et Alassane Ouattara considère son bilan comme inattaquable. Comment vous définiriez ce bilan ?

On ne peut pas dire que le gouvernement d’Alassane Ouattara n’a pas transformé un ensemble de choses. Mais - dans son discours, hier soir - en insistant à un moment donné sur le programme d’actions prioritaires et sur la question de l’emploi des jeunes, c’est une façon subtile de reconnaître que c’était quand même une limite de sa politique et qu’il entend corriger.

Dans cette élection, les oppositions de personnes ont-elles remplacé les débats d’idées ?

Nous allons vivre le dernier round de cette génération politique. On a encore les figures de 2010 qui sont encore en scène. Et là, les choix portent beaucoup plus sur les figures que sur les idées. Mais je vous assure, c’est le dernier round de cette génération politique. D’ailleurs, vous voyez que dans la politique ivoirienne on parle beaucoup de générations et la génération dont on parle, elle a soixante ans. L’avenir de toute une génération politique qui a été hypothéquée pendant un certain temps, il va falloir libérer cette génération politique.

Mais pourquoi ce renouvellement de la classe politique est si difficile en Côte d’Ivoire ?

Parce qu’on a encore les reliques de l’ère houphouëtiste, que ce soit ceux qui ont collaboré avec Houphouët-Boigny ou ceux qui s’étaient positionnés comme des opposants d’Houphouët-Boigny. Il y a une culture politique qui habite cette classe et qui a du mal à mourir. Et justement, les élections à venir vont consacrer la mort de cette manière de faire la politique et on espère que la nouvelle génération ne va pas tenter de la reconduire.

Et la question de la légalité ou de l’illégalité d’un éventuel troisième mandat va évidemment se poser dans les prochains jours. Ne risque-t-elle pas de raviver des tensions ?

Evidemment, la question de la légalité du troisième mandat que le challenger de monsieur Ouattara a déjà commencé à dénoncer – je veux parler du président Henri Konan Bédié –, cela relève de la mission de la Cour constitutionnelle de délibérer sur cette question. Est-ce qu’on est face à une révision constitutionnelle ou face à une adoption ? J’ai le sentiment qu’on parle beaucoup de Troisième République. La Cour constitutionnelle nous dira si ce troisième mandat est illégal ou pas.

La société ivoirienne est-elle suffisamment résiliente pour éviter que ces tensions ne dégénèrent ?

Il y a, dans la mémoire collective, les mauvais souvenirs des élections des années 2010, et tout récemment, de 2018. Absolument, les gens ne souhaitent pas revivre ces moments. Tout tient dans la capacité à organiser des élections transparentes. C’est le rôle de la Cei de garantir la transparence des élections, de rassurer, par exemple, les militants, notamment les partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo, qui ne comprennent pas pourquoi le nom de leur champion a disparu de la liste électorale.

Le 5 mars, Alassane Ouattara a annoncé qu’il ne se représentait pas pour l’élection présidentielle du 31 octobre prochain. Comment va-t-il pouvoir faire accepter le fait qu’il renie sa parole ?

Tout son argumentaire c’est de montrer qu’il était sur le départ quand cet événement inattendu est venu remettre en cause le schéma initial. Maintenant, ses adversaires vont l’attaquer sur cette question, ce qui explique d’ailleurs le fait que monsieur Henri Konan Bédié commence déjà par contester ce troisième mandat. En tout cas, cela va faire couler beaucoup d’encre et de salive dans les jours à venir.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.