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Chronique transports

Ethiopian Airlines, l'esprit de l'Afrique?

Audio 02:30
Un Boeing 737 de la compagnie Ethiopian Airlines.
Un Boeing 737 de la compagnie Ethiopian Airlines. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh
Par : Marina Mielczarek
9 mn

Il dit de ses avions qu'ils sont « l'esprit de l'Afrique » et partout où il passe, Tewolde Gebremariam, patron d'Ethiopain Airlines, met le monde dans sa poche. En dix ans, cet expert du transport marchand et touristique, a fait de l'Éthiopie le pays le plus interconnecté d'Afrique. Une stratégie économique récompensée par de nombreux prix. La compagnie aérienne a su s'imposer au point de desservir tous les continents du monde.

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Sa dernière idée, faire voler des avions mondains, des jets de luxe entre l’Europe et l’Afrique, est une réussite. Le premier vol, aussi chic que rapide, a eu lieu l’an dernier entre Manchester au Royaume-Uni et Addis-Abeba en Éthiopie. Depuis, quatre liaisons sont assurées chaque semaine. Trente-cinq ans d’expérience dans le monde de l’aéroportuaire, avec un début comme contrôleur de billets, ont permis à Tewolde Gebremariam d’observer et de repérer les trous, les besoins du marché. Il n’y a eu que lui pour penser qu’au nord de l’Angleterre, les hommes d’affaires des diasporas éthiopiennes et érythréennes, seraient à même d’apprécier de tels services.

Faire de l’Éthiopie le phare du continent africain

Si l’on devait résumer la personnalité de Tewolde (appelons-le par son prénom, c’est l’usage en Éthiopie), ce serait d’aller où les autres ne pensent pas, ou n’osent pas, s’aventurer. Ses moteurs ? La détermination, acheter des parts dans la plupart d’autres compagnies aériennes africaines, et vouloir une Afrique qui ne regarde pas passer la mondialisation comme les vaches regardent les trains passer. C’est lui qui le dit.

Ses adversaires disent qu'il en fait trop

Ce n'est pas un vœu mais un but : devenir ce champion africain qui rééquilibrera le marché aéroportuaire du continent. Actuellement, les concurrents Air France-KLM et Emirates détiennent près de 80% du ciel africain. En investissant dans plusieurs autres compagnies africaines, Tewolde vise les 50% de parts du marché. Ses faits d’armes résident dans ses collaborations financières avec Singapour Airlines, mais également dans plusieurs petites compagnies, du Tchad, du Malawi, du Togo ou du Ghana. Il a même époustouflé son grand concurrent européen Air France-KLM en investissant dans les avions espagnols du groupe Zara, l'enseigne de vêtements.

Le futur aéroport d’Addis-Abeba deviendra le plus grand d’Afrique, devant Dubaï et Istanbul

Ancien étudiant des Universités éthiopiennes et britanniques, ce grand patron prend même un malin plaisir à casser les clichés d’une Afrique que les médias condamnent trop souvent à une pauvreté éternelle. Halte au misérabilisme (l’Éthiopie reste cependant au bas de l’échelle du classement mondial des pays les plus pauvres, 173 sur 189) ce qui ne l’empêche pas de compter parmi les plus prometteurs en terme de croissance (+10,2 en 2017).

Plus qu’une compagnie, Ethiopian Airlines est un véritable consortium

C’est ainsi qu’en pleine crise sanitaire de coronavirus, ce patron souriant, toujours aimable, du genre à vous prendre par l’épaule pour un détour sur le Campus de l’Ethiopian Airlines, un institut de formation avec hôtel, centre de formation, hangars de réparation d’appareils, et même une piscine (pour s’assurer que tous les pilotes africains formés sur zone sauront nager ! ) déclare que la pandémie ne fera que décaler les projets, et si l’on en croit son impressionnant cahier des charges vers la Chine aucune commande pour le moment ne sera annulée.

Grâce à cette politique de diversification dans le transport cargo, les participations dans les restaurants de l’aéroport d’Addis-Abeba, Ethiopian Airlines (qui a tout de même perdu près d’un milliard de dollars) a été l’une des rares compagnies aériennes à générer des bénéfices durant la crise sanitaire.

Sous l’air bonhomme, un redoutable visionnaire

Plutôt discret sur sa vie privée, Tewolde dédie sa vie à son entreprise. Ses adversaires et concurrents l’accusent de vouloir tout manger en même temps. Des diatribes que l’intéressé repousse en annonçant presque systématiquement le contraire de tous les autres patrons. Là où la plupart maudissent un avenir assombri par le nombre d’appareils encore cloués au sol, lui croit tellement fort à la construction du futur aéroport d’Addis-Abeba qu’il n’hésite pas à dire qu’en raison des difficultés économiques, les travaux auront sûrement du retard, mais que les Chinois (financeurs de l’aéroport) seront au rendez-vous. Capacité d’accueil : 100 millions de passagers par jour, soit le plus gros aéroport d’Afrique.

Rémy Darras est expert de l’aviation au magazine Jeune Afrique pour lequel il est allé interviewé Tewolde Gebremariam en Éthiopie : « Ce qui frappe chez Tewolde Gebremariam c’est sa simplicité, explique-t-il. C’est un patron beaucoup plus aimable et abordable que bons nombres de dirigeants du monde de l’aviation que j’ai eu à rencontrer. Cela fait dix ans qu’il assure une croissance fulgurante à Ethiopian, il en a fait le fleuron de son pays. C’est l’une des plus belles réussites économiques du monde. Outre la crise du Covid-19, ajoute Rémi Barras, ces derniers mois n’ont pas été très agréables. En 2019, la compagnie a essuyé le crash du Boeing 737 Max. Cet accident a entraîné la mise à pied de tous les autres appareils de ce modèle. Mais à long terme, Tewolde va sûrement dépasser tout cela, dit-il, il en est en tout cas convaincu parce que la démographie, donc la demande, est là [l’Éthiopie est le second pays le plus peuplé d’Afrique après le Nigéria, NDLR]. De plus, il reste très lié à la Chine. Dans l’agenda d’Ethiopian Airlines figure l’ouverture de plusieurs nouvelles destinations chinoises mais aussi asiatiques ouvertes vers les financiers de Singapour ou de Hong Kong, comme pour les marchés de gros pour les commerçants de vêtements et de matériels audiovisuels africains. »

Planifications sur quinze ans et récompenses internationales

Peut-être parce qu’il a commencé au bas de l’échelle, Tewolde sait parler à ses équipes, récompensées par de nombreux prix économiques. Le dernier en 2019, prix d’excellence du Centre International de l’Aviation basé en Australie. Tewolde Gebremariam a aussi été mandaté par Ban-Ki moon, à l’époque de son poste de secrétaire général de l’ONU, pour le conseiller dans la politique du transport international. Que dire d’autre ? Que dans sa tête, il pense en quinzaine ! Ces intervalles de quinze années qu’il appelle « ses visions ». Une stratégie si efficace que ses Visions 2025 (nous ne sommes qu’en 2020) ont déjà rempli leurs objectifs. Cet été, il l’a passé à organiser le ciel, avec pour horizon 2035 !

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