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Invité Afrique

Mozambique: «La voie militaire ne va pas nous apporter une solution»

Audio 04:45
Une femme se tient, avec son bébé, sur les ruines de leur village, attaqué en 2019 par des terroristes.
Une femme se tient, avec son bébé, sur les ruines de leur village, attaqué en 2019 par des terroristes. AFP/Marco Longari

Le groupe français Total a annoncé un accord avec le gouvernement pour la protection de son site gazier dans le nord du pays, dans la province du Cabo Delgado. Une province à majorité musulmane et défavorisée qui subit une rébellion d'inspiration islamiste depuis près de trois ans. Elle a fait au moins 1 500 morts et 250 000 déplacés internes selon l'ONU et l'ONG Acled (Armed Conflict Location and Event Data Project). Salvador Forquilha, chercheur basé à Maputo, est l'invité de RFI.

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RFI: Dans le nord du Mozambique, est-ce que nous sommes en présence de combattants du groupe Etat islamique ou d’insurgés qui cherchent simplement à avoir un meilleur partage des richesses ou un meilleur développement pour leur région ?

Salvador Forquilha : Ce que nous avons dans le nord du Mozambique, il s’agit d’une guerre à caractère jihadiste. Effectivement, le Mozambique depuis octobre 2017 fait face à un conflit armé. Ce conflit a commencé à Mocimboa da Praia, donc c’est une petite ville portuaire où les jihadistes ont attaqué les institutions de l’Etat et les populations civiles à cette époque-là. Et très vite, le conflit s’est propagé à d’autres districts de la région nordique de Cabo Delgado. Au début, l’Etat voyait le conflit comme un banditisme commun. Mais très vite, je pense que l’Etat s’est rendu compte qu’il s’agissait de quelque chose d’autre, beaucoup plus compliqué. Effectivement, quelques mois après, on a vu que le conflit s’est intensifié. Et après, depuis l’année dernière 2019, l’Etat islamique a commencé aussi à revendiquer les attaques.

 

Est-ce qu’il y a un réel lien fort, structurel avec l’organisation Etat islamique ?

Au début, c’était un peu difficile de le dire, mais au fur et à mesure que le conflit avance, on se rend compte qu’il y a effectivement un lien fort entre le groupe et l’Etat islamique. Il faut dire aussi que concernant le conflit lui-même, le groupe n’était pas une création de l’Etat islamique, ça c’est très important de le dire. D’ailleurs quand on voit ce qu’on a aussi ailleurs -au Nigeria, au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) etc-, on voit bien que ces mouvements-là commencent toujours avec une dynamique locale très forte. C’est aussi le cas de Cabo Delgado. Il est très intéressant de voir que les populations locales, quand ils font référence au groupe, il appelle le groupe « al-shebab ». Ce n’est pas les shebabs somaliens…

 

Cela signifie en arabe « les jeunes »…

C’est pour dire qu’il y a là une dimension locale très forte qui, à un certain moment, a un lien avec la dimension internationale.

 

Que cherche exactement ce groupe qui se fait appeler « al-Shebab » dans le nord du Mozambique ?

Il y a tout un message. Même si ce message n’est pas assez élaboré d’un point de vue idéologique dans le cadre de l’islam, mais il y a tout un message. Ce qu’ils veulent, c’est simple : ils veulent instaurer un État où la charia est la loi fondamentale et puis, des restrictions à base religieuse comme on connait aussi dans d’autres groupes radicaux, etc. Donc, ça c’est, je dirais, le message primaire.

 

Dans le nord du Mozambique, il y a d’énormes projets gaziers, avec les compagnies comme Total, Exxon Mobil, Eni... 60 milliards de dollars d’investissements dans les prochaines années, des réserves gazières énormes. Est-ce que cela joue aussi un rôle dans ce conflit avec un décalage peut-être entre le sous-développement de cette région et l’énormité des sommes engagées et des investissements par les compagnies internationales ?

Je pense qu’effectivement, c’est un élément dont il faut tenir compte, mais je ne pense pas que ça puisse l’expliquer, parce qu’on a aussi au Mozambique d’autres zones où il y a des ressources. Le charbon par exemple à Tete (Centre-Ouest), voire même du gaz à Inhambane (ville portuaire du Sud), etc., mais on n’a pas de phénomènes pareils. Donc, il y a là un élément très particulier et je pense que l’élément religieux joue un rôle important dans le phénomène. Mais, il faut dire aussi bien évidemment l’élément des ressources naturelles joue un rôle très important, surtout dans l’imaginaire des jeunes gens qui sont recrutés et qui font partie du groupe.

 

Quelles sont les solutions à proposer par Maputo, la capitale très loin au sud de ce nord mozambicain à majorité musulmane ?

C’est très intéressant et le président lui-même l’a dit il y a quelques jours que la situation passe aussi par une solution sociale, une solution économique. A mon avis, c’est effectivement le chemin. Parce que la voie militaire jusque-là a été la voie privilégiée, mais définitivement la voie militaire ne va pas nous apporter une solution ni à court ni à moyen ou long terme. Donc, ce sera très difficile. Cela fait déjà trois ans que le conflit est là. Il va falloir effectivement qu’on ait d’autres éléments sur la table, donc tout la question de la création d’emplois, de perspectives pour les jeunes, etc… C’est une tâche gigantesque, mais il va falloir que le gouvernement de Maputo puisse lui-même effectivement construire cette solution qui va au-delà de la solution militaire.

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