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Invité international

Pavel Latouchko, ex-ministre biélorusse: «L'opposition attend un soutien clair de la part de l’Europe»

Audio 04:46
Pavel Latouchko à Varsovie, le 3 septembre 2020.
Pavel Latouchko à Varsovie, le 3 septembre 2020. REUTERS/Kacper Pempe
Par : Sophia Khatsenkova
10 mn

Les manifestations ne faiblissent pas depuis près d’un mois en Biélorussie, suite à l'élection présidentielle contestée qui a accordé 80% des voix au président sortant, Alexandre Loukachenko, en poste depuis 26 ans. Ancien ambassadeur en Pologne et en France, ministre de la Culture de 2009 à 2012, Pavel Latouchko est l’un des plus hauts fonctionnaires du régime de Loukachenko a avoir rejoint les rangs de l’opposition au sein du Conseil de coordination. Il est actuellement en visite en Pologne où il représente l'opposition.

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RFI : Quel est le but de votre déplacement en Pologne 

Pavel Latouchko : Le but n’est pas seulement d’être en Pologne mais d’aller dans d’autres pays européens afin de présenter la position du Conseil de coordination de l’opposition sur la crise politique actuelle en Biélorussie. Nous voulons discuter de possibles solutions afin de sortir de cette crise.

Est-ce que vous pensez rentrer en Biélorussie ?

Je n’ai pas l’intention de demander l’asile politique, je ne veux pas être un exilé. Je souhaite rentrer en Biélorussie pour prendre part à la résolution de la crise politique actuelle.

Le président Loukachenko a dit que vous aviez franchi la ligne rouge, pensez-vous que vous serez autorisé à revenir à Minsk ?

Il y a déjà deux affaires judicaires contre notre Conseil de coordination. Je suppose donc que ce risque existe. Mais j’espère quand même que nous parviendrons à résoudre cette situation, pour faire en sorte que les citoyens biélorusses ne quittent pas leur pays et qu’ils puissent exprimer leur point de vue et que celui-ci soit pris en compte dans la prise de décisions.

Avez-vous peur d’être arrêté ?

N’importe quelle personne normale a peur d’être arrêtée, d’autant qu’on parle d’actes illégaux. On sait bien que si j’étais arrêté ou interpellé comme tout autre membre du Conseil de coordination, ce serait un acte motivé politiquement.

Comment s’organise le conseil malgré toutes ces pressions ?

Malheureusement notre Conseil de coordination de l’opposition s’est réduit : sur 70 membres, il n’en reste plus que 40. Et ça n’est pas parce qu’ils ne veulent plus prendre part aux discussions ou qu’ils n’y croient plus, la raison en est simple : ce sont les répressions auxquelles sont soumis tous les membres de ce Conseil de coordination.

La Russie a montré son soutien à Alexandre Loukachenko. Serguei Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a annoncé que la Russie ne discuterait pas avec le Conseil de l’opposition, qu’il juge illégal. Est-ce que cela vous surprend ?

Non, cela ne me surprend pas. La Russie a très vite dénoncé le Conseil de coordination. Mais nous voulons avoir de bonnes relations avec la Russie tout comme avec l’Union européenne. Donc je trouve ça étrange que Serguei Lavrov refuse de prendre part à un dialogue et d’entendre la voix des citoyens biélorusses.

Dans ce cas, la bataille n’est-elle pas perdue d’avance sans le soutien de la Russie ?

Non, nous considérons que le peuple biélorusse a gagné et cette victoire va, sans conteste, devenir une réalité politique. Il y a eu un déclic dans les esprits et âmes des Biélorusses. Même si pour le moment officiellement, Moscou ne veut pas les écouter, l'influence de la Russie à court et moyen terme va s’affaiblir aux yeux du peuple biélorusse. Et cela n’est pas dans l’intérêt des Russes ni des Biélorusses.  

En Pologne, vous avez rencontré jeudi le vice-Premier ministre. On sait que la Pologne avec les pays baltes ont initié des tentatives de médiation. De quoi avez-vous discuté ?

Le plus important était de l’informer de la situation réelle de notre pays, de l’état de la société, des relations de la société avec le pouvoir, après les fraudes à la présidentielle et après les sévères répressions de masse à l’égard des manifestants pacifiques.

Le deuxième objectif était d’exposer les scenarios de sortie de la crise politique en attirant l’attention sur le fait que la résolution de la crise doit rester une affaire interne biélorusse. Dans le même temps, on a aussi évoqué la question d’une éventuelle médiation de la part de l’Union européenne et des pays voisins pour tenter de résoudre cette situation.

Après la Pologne, vous comptez vous rendre en Lituanie. Les efforts de médiation de ces pays ont-ils une chance d’aboutir selon vous ?

Je suis convaincu qu’on peut toujours trouver un terrain d’entente. C’est ce que m’a appris mon métier de diplomate.

Qu’attendez vous de l’Europe ?

Nous attendons un soutien clair de la part de l’Europe. Il est important de résoudre la crise à l’intérieur du pays et que ça soit le peuple biélorusse qui s’en charge. Nous attendons aussi que l’Union européenne condamne toute éventuelle ingérence de pays tiers. 

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