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Invité Afrique

«Le peuple ivoirien ne peut pas se soumettre à des décisions antidémocratiques», estime un opposant

Audio 04:45
Albert Toikeusse Mabri.
Albert Toikeusse Mabri. AFP/Issouf Sanogo

La quasi-totalité des responsables de l'opposition ivoirienne s'est retrouvée dimanche au siège du PDCI à Abidjan. Ensemble, ils ont souhaité délivrer un message commun : le refus de la candidature d'Alassane Outtara à un troisième mandat, qu'ils jugent contraire à la Constitution. Les partis d'opposition ont également demandé les dissolutions de la Commission électorale indépendante et du Conseil constitutionnel, deux institutions accusées d'être soumises à l'exécutif et susceptibles de favoriser le président sortant. L'ancien ministre de l'Enseignement supérieur, Albert Toikeusse Mabri, ex-membre du RHDP et président de l'UDPCI, est sur RFI.

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RFI : L’opposition dont vous faites partie vient de lancer un appel aux Ivoiriens, un appel à manifester sur toute l’étendue du territoire. Or, les manifestations ont été déclarées interdites par le gouvernement. Ne craignez-vous pas de voir le pays secoué par des explosions de violences ?

Albert Toikeusse Mabri : Nous sommes dans la violence malheureusement par le fait du gouvernement. Des manifestations ont eu lieu du RHDP [Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix], qui n’ont jamais été inquiétées, y compris lorsque la décision a été prise par le gouvernement de ne pas marcher. Nous avons vu des marches à Abidjan et à l’intérieur du pays, et à chaque fois qu’il y avait des tentatives de regroupement de l’opposition, mais aussi des organisations de la société civile, elles ont été réprimées. Nous croyons que nous sommes dans un pays qui doit préserver les libertés individuelles. Nous sommes dans un pays de démocratie, nous espérons, et comme nous voyons que tout cela est devenu fragile et précaire, la décision de cet après-midi va contribuer non seulement à donner de la voix, mais à montrer que le peuple ivoirien ne peut pas se soumettre à des décisions antidémocratiques.

Henri Konan Bédié, l’ex-président ivoirien, a appelé à « la désobéissance civile » ce dimanche 20 septembre. Qu’est-ce qu’il veut dire par là exactement ?

Je pense que ce que le président Henri Konan Bédié a dit est donc une interprétation de la déclaration commune que nous avons rendue publique à la fin de notre réunion. Nous demandons donc que, par tous les moyens, les Ivoiriens qui déjà depuis plusieurs semaines sont dans les rues à Abidjan et dans toutes les villes, dans les campagnes de Côte d’Ivoire, que ces populations leur demandent davantage et montrent qu’il n’y a pas d’adhésion au sens que le gouvernement et le président Ouattara donnent aujourd’hui à la conduite de la Côte d’Ivoire. Il faut le démontrer par la mobilisation, par tous les moyens, faire en sorte que là, le gouvernement recule et que l’application de la Constitution, des lois de la République, la préservation des libertés individuelles et de la démocratie permettent à la Côte d’Ivoire d’organiser une élection présidentielle crédible, transparente dans les résultats desquels nous nous reconnaissons tous. Et cela va donner une garantie à la paix durable.

Il subsiste une interrogation à la suite de cette déclaration de l’opposition : est-ce que l’opposition a décidé de boycotter le scrutin ?

Non. Ce n’est pas ce que nous avons dit. Nous avons dit que nous voulons aller à une élection qui respecte les règles. Mais nous constatons que le Conseil constitutionnel n’a pas dit la loi. Nous n’avons pas compris d’ailleurs les décisions qui ont été prises relativement au rendu de la liste définitive des candidats. Nous voyons également qu’au niveau de la CEI [Commission électorale indépendante], ce n’est pas ce que nous attendons pour que la démocratie soit préservée. D’ailleurs, l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme n’a pas été exécuté ni au niveau de la commission centrale ni au niveau des commissions locales. Nous demandons que tout cela soit fait et que les conditions, les meilleures, soient réunies dans la confiance retrouvée entre les institutions en charge d’organiser le scrutin présidentiel et les citoyens, notamment les acteurs politiques dans la confiance retrouvée du peuple de Côte d’Ivoire en lui-même qui doit marcher la main dans la main, dans la fraternité, dans le respect de tout ce qui va garantir la paix dans notre pays.

Front populaire ivoirien (FPI), Liberté et démocratie pour la République (Lider), Générations et peuples solidaires (GPS), Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI)… C’est une union très hétéroclite. Vous n’avez pas peur qu’elle explose en plein vol et que très vite, vous n’arriviez plus à vous entendre ?

Ce qui nous lie ici, c’est notre amour pour la patrie. Ce qui nous lie ici, c’est notre fierté d’Ivoirien. Et des acteurs politiques qui voudraient voir une Côte d’Ivoire toujours grande, une Côte d’Ivoire véritablement rassemblée. Nous sommes comme face à l’incendie. Chacun, qu’on soit pompier ou simplement le voisin qui vient avec un seau d’eau, doit contribuer à éteindre le feu. Après nous verrons comment nous étoffons notre soif.

Il y a un grand absent dans cette opposition réunie, c’est la candidat Kouadio Konan Bertin (KKB). Comment expliquez-vous qu’il ne vous ait pas rejoint à la tribune aujourd’hui ?

Chacun viendra à son rythme. Vous avez vu, l’appel que j’ai lancé qui a été retenu dans les conclusions par le président [Henri Konan] Bédié qui a dit que notre déclaration restait ouverte et qu’il invitait donc tous les leaders politiques, candidats ou pas à l’élection présidentielle, les organisations politiques et de la société civile qui adhèrent à notre vision de paix et d’unité nationale, à nous rejoindre et à signer cette déclaration. Je crois que KKB viendra lui aussi à son tour adhérer et signer cette déclaration qui n’est qu’une déclaration en faveur de la Côte d’Ivoire que nous aimons.

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