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Afrique économie

Les Nigérians contraints de renoncer à l'essence bon marché

Audio 02:23
Dans une station d'essence, les Nigérians font le plein de carburant avant l'augmentation des prix, le 3 septembre 2020 à Abuja.
Dans une station d'essence, les Nigérians font le plein de carburant avant l'augmentation des prix, le 3 septembre 2020 à Abuja. REUTERS/Afolabi Sotunde
Par : Liza Fabbian
6 mn

Au Nigeria, pour faire face à la crise économique, le président Muhammadu Buhari a acté la fin définitive des subventions pour les importations de produits pétroliers dans le pays, qui ne possède pas de réelle capacité de raffinage. S’il reste en partie encadré, le prix du pétrole à la pompe sera désormais indexé sur le marché.

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En conséquence, après une forte baisse, le prix du carburant a augmenté ces deux derniers mois, jusqu’à atteindre un record de 161 nairas le litre, soit 35 centimes d’euros. Ce prix peut sembler encore dérisoire mais les Nigérians sont très attachés à l'essence bon marché, qu'ils voient comme un de leurs rares privilèges.

Dans la cohue de la fin de journée, les stations essences de Lagos sont envahies par des files de voitures. Par la fenêtre, les automobilistes pressés tendent des billets de 1 000 nairas aux employés qui remplissent leurs réservoirs. Dans sa voiture, John Kayode se montre résigné quand on évoque avec lui l’augmentation du prix du carburant ces dernières semaines.

« On la ressent sérieusement, mais l’essence, c’est une nécessité, explique-t-il. Donc, cette hausse des prix va affecter tout le monde, tous les secteurs. C’est difficile de faire le plein pour aller de la maison au travail. Le prix est vraiment trop élevé. Mais on ne peut rien faire contre ça. Je dois utiliser ma voiture pour aller travailler. »

Double peine

L’exaspération des Nigérians face à la suppression des subventions sur le pétrole est encore accentuée par une augmentation importante des prix de l’électricité, qui ont doublé le 1er septembre. La double peine, pour Oliver, qui remplit un jerricane pour faire fonctionner son générateur.

« J’ai besoin d’essence pour avoir de l’électricité, comme ça mes enfants, ma famille, peuvent avoir accès à l’information et savoir ce qu’il se passe dans ce pays, déclare-t-il. Sans essence, pas d’électricité. Et je ne vois pas comment on pourrait vivre dans l’obscurité. Je comprends bien que le gouvernement essaie de régler certains problèmes liés à la crise du Covid-19. Mais il devrait aussi penser au peuple. »

La suppression de la subvention du carburant semblait pourtant inévitable. Entre 2006 et 2019, cette mesure d’aide a coûté 27 milliards de dollars à l’État nigérian, qui fait maintenant face à de sérieux problèmes de trésorerie.  « Les bénéfices pour l’économie sont nombreux, estime Tunji Oyebanji, à la tête de Moman, une organisation représentative des distributeurs qui gèrent les stations-service à travers le Nigeria. Cela va permettre d’économiser beaucoup d’argent, que nous allons pouvoir réinvestir dans la santé, dans l’éducation ou dans les infrastructures, autant de secteurs qui ont vraiment besoin de financements. Les prix du carburant dans les pays voisins reflètent de manière beaucoup plus juste les prix du marché international, alors que les tarifs de l’essence étaient maintenus artificiellement bas au Nigeria. Cela a encouragé la contrebande d’essence. Donc la fin des subventions devrait aussi mettre un frein à ces pratiques. »

Pour l’heure, le marché pétrolier est encore suspendu à l’évolution de la crise liée au Covid-19, qui pourrait de nouveau faire chuter le prix du baril et entraver durablement la production. Au Nigeria, elle est passée ces derniers mois à 1,5 million de barils par jour contre plus de deux millions auparavant.

► À lire aussi : Fin des subventions sur les carburants au Nigeria

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