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Chronique transports

Colombie: coup d'envoi pour La Linea, un tunnel dédié au fret routier

Audio 02:29
Inauguration du tunnel La Linea par le président colombien Ivan Duque, le 4 septembre 2020.
Inauguration du tunnel La Linea par le président colombien Ivan Duque, le 4 septembre 2020. Colombian Presidency/Handout via REUTERS
Par : Marina Mielczarek
7 mn

Imaginez un vers de terre, dur comme du béton, enfoui jusqu’à 900 mètres sous la montagne. Ce vers existe, il est colombien. Son nom : le tunnel de La Linea. Après 11 ans de travaux, ce méga-projet devient le tunnel le plus long d’Amérique latine. L’ouverture des premiers tronçons a été inaugurée le 4 septembre dernier par Ivan Duque, le président colombien. Une partie du tunnel passe sous la cordillère des Andes. Il vise à améliorer le transport de marchandises entre le port de l’océan Pacifique et Bogota, la capitale au centre du pays.

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Une blague a toujours circulé à Bogota, la capitale colombienne. Elle dit qu’il est moins cher de faire venir un container du Japon que du port de Buenaventura sur la côte pacifique, à l’ouest du pays.

La Colombie, le pays de l’OCDE le moins équipé en infrastructures de transports

C’est bien pour remédier aux manques de routes et de rails que ce méga-tunnel de La Linea se construit. Différents tronçons tout au long des 5 0 km entre les quais maritimes de Buenaventura du centre de Bogota. Le tunnel de La Linea totalise 30 km de voies, dont certaines sous les montagnes de la cordillère des Andes. Ajoutez-y 31 viaducs et presque autant de ponts, 25 sont annoncés pour le mois d’avril 2021. À cette date, le tunnel ouvrira la totalité de ses voies, car pour le moment, certains tronçons ne fonctionnent pas dans les deux sens.

Avec le tunnel de La Linea, la vie des Colombiens va changer. Qu’il neige, qu’il pleuve, ils gagneront près d’une heure de trajet pour aller visiter les parcs animaliers et les célèbres vallées du café de la région de Quindio. La Linea est l’un des 25 tunnels du projet Cruce de la Cordillera Central.

11 ans de travaux. Coût de 630 millions de dollars

Ainsi, nous explique Pedro Valero, le directeur de la Chambre de commerce franco-colombienne à Bogota, même les critiques qui ont fustigé le retard des travaux et leur coût ont disparu. Il est vrai que le gouvernement en coopération avec l’entreprise privée Invias ne devrait pas faire augmenter le prix du péage du tunnel.

Selon lui, le transport de marchandises comme d’ailleurs le tourisme national vont y gagner : « Il y a encore beaucoup de routes à construire pour faciliter la circulation entre les villes de Colombie, explique-t-il. J’espère que le tunnel de La Linea sera suivi d’autres projets, cela réduira les coûts de transport. Notre pays, ajoute-t-il, se partage entre plaines et montagnes, notamment la cordillère des Andes. Désormais l’hiver, avec le tunnel de La Linea, nous pourrons assurer le transfert de marchandises et les citoyens pourront circuler sans peur des accidents ou des routes enneigées. Les Colombiens pourront emprunter certains tronçons pour aller visiter les parcs animaliers et la Vallée du café dans l’intérieur du pays. Les avantages seront beaucoup plus bénéfiques et constructifs que les critiques qui fustigent le coût des travaux de 630 millions de dollars. »

Une fois totalement terminée, la date est fixée au printemps prochain, La Linea deviendra le tunnel le plus long d’Amérique latine. Une fierté pour le pays. Certains journalistes se réjouissent de cette image positive. Pouvoir montrer et parler d’autre chose que des fléaux du pays comme le trafic de drogue ou la lutte contre les paramilitaires.

Derrière la modernisation, les violences politiques perdurent

Pour Sébastien Velut, spécialiste du continent sud-américain à la Sorbonne à Paris, il ne faudrait pas en profiter pour oublier les vieux problèmes du pays. Les violences historiques demeurent : « Il y a des assassinats réguliers de leaders sociaux, de leaders syndicaux, la crise du Covid-19 qui coupe la communication et rend les choses peut-être encore plus violentes. Certes, ce tunnel répond à un projet de long terme en Colombie et qui finalement s’inscrit dans une logique de sa mise en valeur, du développement de ses activités. On peut espérer qu’il apporte des bénéfices à la Colombie et aux Colombiens, mais il ne faut pas oublier que ce projet est porté par le gouvernement, qui ferme les yeux sur ces violences. »

Le gouvernement, en accord avec le consortium de constructeurs a dédié un site où les Colombiens peuvent suivre l’avancée des travaux du tunnel de La Linea. Système d’aération, surveillance électronique et même l’éclairage du tunnel y sont expliqués. Opération promotion, il y est dit que 90 % des accidents routiers en montagne seront ainsi évités. Quant aux chauffeurs de camions, ils gagneront près d’une heure et quart sur chaque trajet vers les terres ou la mer.

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