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Reportage international

Pérou: l’arrêt du tourisme oblige les travailleurs du secteur à se reconvertir

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Une vue générale du centre de Cuzco, vide de touristes, le 24 juin 2020.
Une vue générale du centre de Cuzco, vide de touristes, le 24 juin 2020. Jose Carlos ANGULO/AFP

Le Pérou est l’un des pays du monde les plus touchés par le coronavirus. Depuis six mois, les frontières sont fermées et les vols internationaux suspendus. Une situation catastrophique dans le secteur du tourisme qui représente près de 4% de l’économie péruvienne. A Cuzco, première ville touristique du pays, un tiers de la population se retrouve au chômage. Pour faire face à la crise, certains acteurs du tourisme se reconvertissent, tandis que d'autres luttent pour garder leur emploi et ne manquent pas d'idées. Reportage à Cuzco de notre correspondante dans la région.

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Julio est guide touristique. Cela fait 18 ans qu’il accompagne les visiteurs sur le chemin des Incas qui relie Cuzco au Machu Picchu. Mais depuis le début de la pandémie au Pérou, Cuzco s’est vidée de ses touristes, sa principale source de revenus. L’agence de voyage pour laquelle travaillait Julio a dû mettre la clé sous la porte, laissant ce père de famille et ses collègues sans travail, ni ressources. « Certains guides sont devenus agriculteurs, ils se sont mis à cultiver leurs champs ou à élever des animaux pour nourrir leur famille. D’autres, comme moi, effectuent des petits boulots journaliers, comme chauffeur ou chargeur, pour survivre. »

Comme eux, plus de 120 000 employés du tourisme ont perdu leur emploi à Cuzco. Guides, artisans, restaurateurs, agents de voyage, hôteliers. C’est aussi ce qui est arrivé à Bruno Rougegorge. Ce Français originaire du Tarn et sa femme péruvienne tenaient un café-auberge en plein centre de Cuzco. Mais la crise du coronavirus a eu raison de leur business. « Au mois d’avril on a dû prendre la décision difficile de licencier le personnel. Ça faisait deux ans qu’on avait ouvert donc on remboursait encore les prêts faits à la famille et on savait que si on n’avait plus de clients, on ne pourrait pas continuer à tourner. »

Grâce à un arrangement avec leur propriétaire, qui a accepté de baisser leur loyer, Bruno et sa femme ont tout de même pu rester dans l’établissement qui leur sert aussi de logement. Pour subvenir à leurs besoins, Bruno a décidé de se reconvertir, du moins provisoirement. « J’ai eu la chance de trouver un travail. Un collège francophone péruvien m’a appelé et j’ai retrouvé un travail de prof, à mi-temps. Je gagne un petit salaire, mais au moins ça nous permet de tenir. »

Un job provisoire, le temps de réfléchir à l’avenir. Mais Bruno et sa femme envisagent de quitter Cuzco et le tourisme, car selon eux, la ville risque de pâtir longtemps de cette crise. A quelques mètres seulement de chez eux, Claire et Juan, autre couple franco-péruvien, gèrent une petite agence de trek. Mais eux restent optimistes et ont décidé d’innover pour sauver leur activité. « On propose des visites du centre historique de Cuzco en français via WhatsApp. On donne rendez-vous à une heure précise, on appelle les téléspectateurs et c’est parti pour 1h de visite en direct. »

Et ça marche ! En un mois, Claire et Juan ont déjà organisé une dizaine de visites virtuelles et reçoivent de plus en plus de demandes depuis la France. « On a deux collèges qui sont intéressés pour faire ça avec des classes d’espagnol. C’est aussi un chouette cadeau d’anniversaire, c’était le cas d’une fille la semaine dernière. Pour des gens qui aiment voyager c’est hyper dépaysant, c’est écolo, utile, instructif et c’est très convivial. Donc je pense que c’est quelque chose qu’on continuera à proposer même au-delà de la pandémie. »

Claire se veut donc optimiste et table sur un retour progressif des touristes, une fois les vols internationaux rétablis. Mais après six mois de paralysie, le secteur du tourisme à Cuzco enregistre une perte de trois milliards de soles, soit 850 millions d’euros. Et selon la ministre péruvienne du Tourisme, Rocio Barrios, il faudra attendre 2026 pour que le secteur retrouve sa santé d’avant la pandémie.

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