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Reportage Afrique

Journée mondiale de la santé mentale : au Kenya, des malades mentaux enfermés par leur famille

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Dans le monde, une personne sur 10 et un enfant sur cinq souffriraient de problèmes mentaux.
Dans le monde, une personne sur 10 et un enfant sur cinq souffriraient de problèmes mentaux. GettyImages/Tim Teebken

À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, samedi 10 octobre, l'ONG Human Rights Watch a publié un rapport. À l’échelle du monde, 792 millions de personnes ont un problème de santé mentale, soit une personne sur 10 et un enfant sur cinq. Et pourtant, les gouvernements consacrent moins de 2% de leur budget santé à la santé mentale. Au Kenya, il n'existe que deux psychiatres par million d'habitant. Résultat, des malades se retrouvent enfermés, attachés voire enchainés par leurs proches, démunis face à la maladie faute de moyen. Reportage à Nyeri, dans le centre du Kenya.

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Nous sommes dans le comté de Nyeri, une région rurale et agricole. Un chemin de terre, quelques baraquements et puis sur la gauche, un petit cabanon. Derrière ces planches, Anna, la cinquantaine. Elle parle en continu, enchainant prières et paroles incohérentes. Alors encore écolière, les médecins lui ont diagnostiqué une déficience mentale, la bipolarité. Mais sa famille n’a pas les moyens de lui payer un traitement. Alors depuis 30 ans, Anna vit enfermée ici. C’est Gladys, sa belle-sœur, qui s’en occupe : « Elle est enfermée là-dedans parce qu’elle s’échappe et qu’elle est folle. Elle court trop vite, je ne sais plus la rattraper. Le matin, je lui donne un petit déjeuner. Du porridge ou du lait. Quand elle défèque dans son lit, je la lave. Parfois, je l’emmène quelques minutes au soleil pour la réchauffer, mais dès qu’elle s’énerve, je l’enferme à nouveau. »

Anna vit dans cette pièce de deux mètres sur trois sans fenêtre à l’odeur insoutenable. Dans un coin, une bassine pour ses excréments, dans l’autre, son lit infesté de puces : « Je suis tellement mal ici. Je voudrais tant aller dehors, me réchauffer au soleil. Je me souviens quand j’étais à l’école et que je pouvais profiter de la nature… Aujourd'hui, regardez ces traces sur mes bras. Ils m’ont enchainée à mon lit ! »

Des cordes pendent de part et d’autre de son lit pour l’immobiliser en cas de crise, explique sa famille. Au Kenya, les malades mentaux font la honte de leurs proches qui préfèrent les cacher à la communauté.

Mary Ndegu travaille dans une association qui tente de sensibiliser la population aux droits des malades : « Ce genre de situation est assez habituelle ici. La plupart des familles enferme leurs proches malades à cause de la stigmatisation, de la honte. Les maladies mentales sont souvent associées à de la sorcellerie, des mauvais esprits. C’est pour cela qu’ils les cachent. Ce n’est pas qu’ils ne les aiment pas, ils les aiment, mais c’est la seule option pour eux. Ils ne peuvent pas se payer d’institutions spécialisées. Ils n’ont même pas de quoi se nourrir. »

Ces dernières années, le Kenya a enregistré une augmentation dramatique de suicides et de dépressions. Le gouvernement a récemment décidé de s’emparer du problème. De nouvelles politiques de santé mentale devraient être annoncées dans les prochains mois.

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