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Chronique transports

Le fleuve africain, une nouvelle route

Audio 02:30
Barques sur le fleuve Oubangui près de Bangui, RCA.
Barques sur le fleuve Oubangui près de Bangui, RCA. Veronique DURRUTY/Gamma-Rapho via Getty Images
Par : Marina Mielczarek
7 mn

Le transport en Afrique est trente fois plus cher que sur les autres continents. C’est ce constat de sous-équipement qui aura marqué le colloque du nouveau partenariat maritime franco-africain ! Cette conférence s'est tenue l'été dernier sur internet et reste visible sur le site du CMAF, le Cluster maritime d’Afrique francophone. Une collaboration d'experts français et africains qui va façonner le transport sur l'eau pour le siècle a venir. La naissance de ce nouveau partenariat n'a pas fait la Une des journaux, pourtant ce Cluster de transport maritime va jouer un rôle majeur. L'une de ses priorités sera d'aménager les fleuves africains.

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C’est la nuit en République du Congo sur le fleuve Congo qu’il y a les accidents graves, avec des morts chaque année. L’obscurité rend les obstacles notamment les chutes et les tourbillons des courants invisibles. Et ce n’est pas tout, il y aussi la fraude avec des pilotes sans permis de navigation, des berges délaissées qui s’effondrent mais surtout il y a le poids d’embarcations surchargées… d’un peu de tout, d’animaux, de marchandises et de passagers.

Les fleuves africains ont été délaissés au profit des routes, il faut les aménager pour décongestionner les villes

Marie Cécile Grisard dirige l’association Initiative pour l’avenir des grands fleuves. Cette association se rend sur tous les continents du monde pour aider les pays à valoriser leurs fleuves. L’une de sa dernière mission s’est déroulée au Sénégal où le fleuve du même nom, le fleuve Sénégal, serpente sur 1 700 km au travers de quatre pays Sénégal, Mali, Mauritanie et Guinée :

« Ce projet porté par l'OMVS, dit-elle, l'Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal, est un projet ambitieux. Il s'agit de créer et d'aménager 905 km de chenal avec des ports et des quais entre le port de Saint-Louis à l'embouchure de l'océan atlantique au port malien d’Ambidedi. Il s'agit d'utiliser ce fleuve et son transport, précise-t-elle dans une perspective élargie pour en faire un véritable projet commun entre pays. En faire, explique-t-elle encore, un facteur de paix et de développement pour les populations locales en leur donnant de bonnes conditions de pêche, de fourniture d'eau douce et d'’irrigation de leurs terres. Je reste persuadée, conclue-t-elle, de l'efficacité du projet de l'OMVS, instrument d’essor économique, touristique et d’intégration transfrontalière en Afrique. »

Le CMAF (Cluster maritime d'Afrique francophone) encourage la construction de ports secs, des plateformes relais entre les fleuves et la mer

Applaudi (à l'écran en distance sur internet) lors de cette première webconférence du CMAF, le docteur Alioun Abi Taleb Nguer, enseignant à l'université Cheikh-Anta-Diop de Dakar et ancien directeur de l'École nationale de formation maritime des transports, explique que l'exemple du projet d'aménagement du fleuve Sénégal est un bon projet mais qu'il réussira seulement si les quais et les berges sont dotés de moyens de stockage. L'exemple des pays nordiques en Europe l'ont prouvé, en Allemagne ou aux Pays-Bas, les rives sont aménagées d'entrepôts reliées aux routes et aux chemins de fer. D'ailleurs comme l'explqiue le docteur Alioun Abi Taleb Nguer, cela éviterait ce gâchis d’argent et de temps constaté aujourd'hui par manque de connexions entre villages, villes, fleuves et ports :

« Par tradition, depuis des millénaires, le transport sur les fleuves a existé en Afrique. Du Nil, au Niger, au fleuve Sénégal ou Congo, le commerce était florissant mais seulement voilà, à cause des sécheresses successives et d'un certain laissez-aller politique, les politiques n'ont pas su entretenir ni aménager ce transport. Beaucoup de crédits sont allés sur le transport routier en oubliant le fleuve. Pour rendre ce transport fluvial attractif, il va falloir le connecter aux routes et à nos chemins de fer et bien entendu aux ports. Pour cela, les pays devront attirer les investisseurs. »

Le transport fluvial pour attirer les touristes

La crise du coronavirus a montré qu’en cas de frontières ou de routes fermées, les fleuves peuvent transporter les matières premières. Et parce que cette crise sanitaire finira bien un jour, les pays africains ont tout intérêt à considérer leurs fleuves comme des atouts touristiques. Les politiques semblent l’avoir compris, le transport figure à l'agenda du prochain sommet Afrique-France, prévu en juin dernier et reporté (date encore inconnue) par mesure de précaution, en 2021.

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