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Invité Afrique

Nathalie Goulet: «La France ne s'enrichit pas avec les réserves de change africaines»

Audio 04:50
Nathalie Goulet dans les studios de RFI.
Nathalie Goulet dans les studios de RFI. RFI

Nathalie Goulet, sénatrice centriste de l'Orne, a remis le 30 septembre le rapport final d'une mission d'information sur le franc CFA. Un rapport fait au nom de la Commission des finances, avec une volonté de clarifier un certain nombre d'aspects techniques et de contre-vérités qui circulent dans le débat sur la sortie du franc CFA.

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RFI : Vous affirmez dans votre rapport que le sujet de la zone franc ne représente qu’une petite ligne du budget de la France. Que voulez-vous dire par là ?

Nathalie Goulet : Je veux dire par là que c’est un sujet auquel on ne prête jamais attention parce que déjà, cela figure dans le rapport qu’on appelle les « Engagements financiers de l’État », en gros la dette, et que d’habitude, c’est un sujet qui passe entre minuit et demi et une heure du matin pendant le vote du budget. Et parmi tous ces engagements, il y a les engagements de la France vis-à-vis du franc CFA qui constitue une ligne dont on ne parle jamais.

Et cette ligne, à combien se monte-t-elle ?

Zéro ! La ligne, c’est zéro puisque la France ne fait que garantir la convertibilité de la monnaie. Elle ne prête pas. En fait, ce qui se passe, c’est que vous avez une garantie qui est donnée par la France. En échange de cette garantie, la France conserve des réserves de change des pays africains. C’est normal, on donne une garantie, quand vous demandez une garantie à votre banque, elle vous prend une hypothèque. Là, c’est pareil. Le sujet est extrêmement symbolique, presque plus symbolique et technique que financier.

Symbolique, financier… Mais aussi, politique…

Politiquement, c’est lourd. Dans les données de souveraineté d’un État, vous avez la monnaie. Là, la monnaie est liée à une monnaie étrangère. Donc, c’est normal qu’au niveau du symbole, ce soit extrêmement fort, de couper avec cette monnaie étrangère. Là, je comprends parfaitement la nécessité de. Mais nous, ce qu’on a voulu faire dans notre rapport, c’est un constat. On a voulu sortir des idées reçues. Je crois que c’est la première fois qu’il y a un rapport complet sur le franc CFA, son histoire, sa raison d’être et son développement. Et dans le rapport qu’on a rendu, on a une liste des idées reçues.

Et en termes techniques et de liens avec la France, la France ne tire aucun avantage des réserves de change qu’elle tient pour les pays africains. La France ne tire aucun bénéfice financier. Et évidemment, comme c’est un sujet éminemment politique et éminemment symbolique, il est chargé de tous les péchés d’Israël. Mais la France ne s’enrichit pas avec les réserves de change africaines.

Même sur les dépôts de garantie, la France ne gagne rien ?

L’obligation de détenir une partie des réserves sur un compte d’opérations auprès du Trésor ne constitue pas une taxe sur les pays de la zone franc et, évidemment, ne sert pas à financer la dette française. Je vous assure qu’avec 4 000 milliards d’engagements au bilan, 2 000 milliards de dettes à peu près, la France ne s’enrichit pas avec les réserves de change africaines. Cela est une vraie idée reçue à laquelle il faut vraiment mettre une bonne petite claque. Les sommes déposés auprès du Trésor le sont sur des comptes à vue et demeurent librement accessibles si les pays en ont besoin.

Et les sommes déposées auprès du Trésor par les banques centrales de la zone franc sont rémunérées à un taux avantageux, de 0,75 %, alors que les placements à vue sont aujourd’hui rémunérés soit à -0,40 % voire -0,50 %. Donc la France a ainsi versé 54,8 millions d’euros aux banques centrales africaines de la zone franc en 2018, 62 millions d’euros en 2019. En réalité, vous voyez que les réserves de change, c’est comme un placement.

Et sur le fait que les billets de franc CFA soient toujours imprimés en France ?

On est dans le détail et l'on est dans l’hyper symbole. En termes de symbole, c’est essentiel que les pays africains puissent éditer leur propre monnaie. Bien sûr. Ce que j’essaie de vous expliquer, c’est qu’en réalité, l’abandon du franc CFA va mettre un terme à un symbole et il y a beaucoup de malentendus. Mais que sur le plan technique de la cuisine et de l’arrière-cuisine, les choses n’ont pas beaucoup changé.

Ce qui va se passer, si l’opération se fait parce que, avec toute la crise sanitaire et tout cela, le mécanisme n’est pas en route, c’est qu’on gardera la convertibilité. Vous avez une voiture qui roule, vous allez changer la carrosserie du franc CFA, vous allez l’appeler « éco », etc. Vous allez rompre avec la carrosserie précédente, vous allez donc avoir une nouvelle monnaie, mais le moteur va rester le même. Ça va rester la parité et la convertibilité sur l’euro.

En réalité, la réforme telle qu’elle est proposée est cosmétique, sauf si les pays d’Afrique se rassemblent et en profitent pour faire émerger une politique dynamique et ambitieuse, et collective.

« Une réforme cosmétique » dites-vous, c’est pour cela qu’elle est très critiquée ?

Oui, mais cela ne dépend pas de la France qu’elle soit cosmétique. Cela dépend des pays africains qui sont les premiers concernés. Moi, je crois que c’est un avantage. C’est une base pour en faire autre chose. C’est ce que nous expliquait d’ailleurs Dominique Strauss-Kahn, c’est que cela peut-être une opportunité formidable. Maintenant, il dépend des pays africains et de leurs dirigeants d’utiliser cette période de réformes pour une réforme ambitieuse, budgétaire et monétaire. Donc, cet abandon du franc CFA en deux mots peut être une opportunité.

►À lire aussi : Le franc CFA, toute une histoire

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