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Grand reportage

La Côte d’Ivoire en quête de sa révolution industrielle

Audio 19:30
Préparation au séchage des noix de cajou à Abidjan, en Côte d'Ivoire (photo d'illustration).
Préparation au séchage des noix de cajou à Abidjan, en Côte d'Ivoire (photo d'illustration). AFP/Sia Kambou
Par : Stanislas Ndayishimiye
26 mn

La Côte d’Ivoire rêve de développer son secteur industriel, en mettant l’accent sur l’industrie légère dans un premier temps. Le pays possède une importante variété de cultures, qu’il exporte en grande partie brutes. Il se lance donc dans la transformation des produits agricoles ; il faudra attendre quelques années pour en voir les retombées.

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Alors que la gestion du développement industriel était partagée entre plusieurs administrations relevant de ministères différents, elle a été confiée depuis 2013 à une structure unique : l’AGEDI. Il existait à ce moment-là 3 zones industrielles en activité depuis des années dans la région d’Abidjan. Mais elles étaient en état de dégradation avancée. Sous la houlette de l’Agence de gestion et de développement industriel, ces zones ont été assainies et réhabilitées, à commencer par celle de Yopougon où les spéculations et les litiges sont passés de 70% en 2013 à moins de 10% aujourd’hui, selon le Directeur général de l’AGEDI, Yousouf Ouattara.

De nouvelles zones industrielles  

Dans la perspective du développement de la transformation locale du cacao et de l’anacarde, dont la Côte d‘Ivoire est le premier producteur mondial, le pays est en train de viabiliser d’autres zones industrielles aussi bien dans la région abidjanaise que hors de la capitale économique ivoirienne. Celle d’Akoupé-Zeudji, à 24 kilomètres au nord d’Abidjan s’étend sur une superficie de 940 hectares. La première phase de son aménagement est aujourd’hui terminée et concerne 72 hectares. « 127 autres hectares sont en train d’être aménagés par une entreprise chinoise, dans le cadre d’une maîtrise d’ouvrage publique ; une autre entreprise est en train de structurer une zone dite de cimentiers », précise Youssouf Ouattara. Les autres zones industrielles qui vont être développées sont celles de Bonoua avec plus de 300 hectares, de Yamoussoukro avec 250 hectares (sur un total de 750 hectares), de Bouaké avec environ 250 hectares, de Korhogo avec 25 hectares pour une plateforme dédiée à l’anacarde, c’est globalement la mobilisation foncière que l’AGEDI a obtenue. Il ne reste aux investisseurs industriels qu’à se déployer.   

Une implication timide d’opérateurs Ivoiriens 

Actuellement, la Côte d’Ivoire fait une première transformation de 500 000 tonnes de fèves de cacao, soit le quart de sa production. Le pays ambitionne de broyer 100 000 tonnes de plus d’ici peu, avec le lancement fin septembre de la construction de 2 usines, l’une dans la zone industrielle d’Akoupé-Zeudji, l’autre à San Pedro. L'objectif des autorités ivoiriennes est de porter sa capacité de transformation à 600 000 tonnes, puis à un million de tonnes par an à terme. Les multinationales du chocolat comme Barry Callebaut, Cargill ou encore Nestlé dominent aujourd’hui cette filière de la transformation en Côte d’Ivoire. Le pays en tire certes quelques avantages avec notamment les emplois générés, mais la valeur ajoutée captée reste insignifiante par rapport à ce qu’elle pourrait être si les financements de la transformation du cacao étaient majoritairement ivoiriens. Mais la Côte d’Ivoire a beau représenter 40% de la production mondiale du cacao, ce sont les bourses de Londres et de New York qui fixent toujours les prix de l’or brun.      

La filière anacarde veut éviter les erreurs de la filière cacao

Du côté du secteur de la noix de cajou, le régulateur ivoirien veut aller très vite. La Côte d’Ivoire en est devenue premier producteur mondial en moins de 20 ans et elle transforme aujourd’hui plus de 10% de sa production. Le Conseil du coton et de l’anacarde a démarré en décembre 2019 un premier niveau de transformation de la noix de cajou avec une usine construite à Yamoussoukro, le Centre d’innovation et de technologies de l’anacarde, le CITA. Mais ce n’est pas seulement une usine, c’est aussi un centre de formation à tous les niveaux, du simple ouvrier à l’investisseur qui veut monter une usine et la rendre rentable sur la durée. Près d’un an après son entrée en service, le CITA a déjà à son actif la formation de près de 250 personnes, allant des organisations paysannes aux industriels, en passant par les ouvriers, dont beaucoup de femmes. L'un des objectifs est de permettre aux opérateurs qui se lancent dans la transformation de moins se poser la question de la disponibilité d’une main d’œuvres qualifiée.

Assurer localement la logistique industrielle

Mais pour l’économiste et ancien ministre ivoirien du commerce, Daniel Anikpo, la construction des usines de transformation des matières premières agricoles, le fonctionnement de celles qui sont déjà en activité et les projets en cours et à venir pour la transformation des matières premières agricoles ou minières, c’est bien, mais ce ne sera pas suffisant pour assurer un décollage économique significatif du pays. Il estime qu’il faut, aussi bien pour la Côte d’Ivoire que pour le reste de l’Afrique, en parallèle avec le développement des industries de transformation, pouvoir fabriquer localement les outils industriels, pour éviter de les importer. C’est ce qui a permis aux pays asiatiques d’atteindre leurs niveaux de développement actuel.

La trajectoire de la Corée du Sud en exemple

En 1960, le PIB (Produit intérieur brut) de la Corée du Sud était 7 fois supérieur à celui de la Côte d’Ivoire, il était 50 fois supérieur en 2000 et 40 fois plus en 2018. L’une des explications à l’évolution de cet écart qui s’est agrandi de façon abyssale, c’est que le pays asiatique est devenu industriel en l’espace de quelques décennies et que le pays des Éléphants est resté exportateur de matières premières agricoles bruts. Les dirigeants nord-coréens ont su exécuter leur vision du développement économique, pendant que la Côte d’Ivoire s’enfonçait ces 30 dernières années dans des querelles politiciennes paralysantes et que ses dirigeants encourageaient peu l’éclosion d’initiatives locales.

Il y a bien eu un frémissement au cours depuis le début du XXIe siècle, le PIB ivoirien a été multiplié par 4, mais c’est le résultat des investissements dans les grands travaux entamés ces 10 dernières années. Pour le moment, ils rendent fluides les activités économiques, mais ils n’ont encore aucun effet sur la réduction de la pauvreté dans le pays. Parmi les défis que le pays doit encore relever, figure développement du secteur privé local et l’éclosion de champions nationaux.

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