Afrique économie

Les artistes de la diaspora en France mal aidés

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Face à la fermeture des salles et les interdictions de rassemblement, les musiciens innovent.
Face à la fermeture des salles et les interdictions de rassemblement, les musiciens innovent. REUTERS/Benoit Tessier

Si les artistes africains sont parmi les grands perdants de la crise économique actuelle, ceux qui vivent et travaillent en France ne sont pas mieux lotis. Beaucoup sont laissés pour compte des dispositifs d'aide aux artistes mis en place par l'État. C'est ce qui ressort d'une étude commandée par le Moca, le Forum des cultures d'Afrique et des diasporas en France.

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L'impact de la pandémie a été rude pour les artistes et acteurs culturel afro-français et de la diaspora. « Je sors d'une rentrée littéraire où j'étais en promo, et puis, tout s'arrête. Complètement. Heureusement que l'on invente ou réinvente des pratiques, et donc on compense par autre chose. »

Comme le romancier et slameur d'origine camerounaise, Capitaine Alexandre, ils sont des milliers à avoir dû se réinventer dans l'urgence. Capitaine Alexandre est aussi formateur, et il donne des cours en ligne. Une activité qui a triplé ces derniers mois. Mais tous n'ont pas cette capacité à rebondir. Selon l'enquête menée par le Moca, le Forum des cultures d'Afrique et des diasporas en France, 55% des artistes interrogés n'ont eu, cette année, aucun revenu d'appoint. « 79% ont perdu entre dix et cinquante mille euros de revenus. Ils nous disent très clairement : c'est simple, on a du mal à payer nos loyers, on a du mal à manger. », rapporte Alain Bidjeck, le directeur général du Moca et initiateur de l'enquête sur l'impact de la crise dans les milieux artistiques de la diaspora.

L'État français a pourtant mis en place des dispositifs d'aide aux artistes. 80% des acteurs culturels de la diaspora en ont entendu parler. Mais ils hésitent souvent à frapper aux portes de l'administration. « Beaucoup d'artistes ont cela en commun : être un peu largués dès qu'il s'agit de choses administratives, constate Capitaine Alexandre. Moi, je n'y ai pas pensé encore, mais c'est certainement quelque chose que je vais faire, essayer de transcender cette incapacité à me poser afin de régler les choses administratives ! »

Selon Alain Bidjeck, 80% des acteurs de la diaspora n'ont bénéficié d'aucune aide, souvent, faute de l'avoir demandé : « Un artiste, quand il doit remplir des dossiers, trouve en général que le langage est extrêmement complexe. Alors, imaginez pour un artiste de la diaspora ou afro-français.... Ceux qui ont grandi ici ou qui sont français peuvent avoir une forme de familiarité, mais pour ceux qui sont africains, même arrivés récemment, on se rend compte que cela reste une autre langue pour eux. »

La solution est sans doute de simplifier les procédures administratives, estime le directeur du Moca, mais les artistes doivent aussi faire l'effort de s'impliquer dans l'écosystème de leur métier  : « Je pense que c'est important pour eux d'aller davantage dans les filières, de rentrer dans les dispositifs, d'aller discuter avec la Sacem (Société des auteurs compositeurs, ndlr), avec les organisations professionnelles, parce que c'est avec elles aussi qu'ils vont pouvoir trouver des solutions. »

42% des artistes interrogés par le Forum des cultures d'Afrique et des diasporas ont déjà dû cesser toute activité cette année à causes des annulations de spectacles et de festivals. Et comme le souligne Alain Bidjeck, c'est une perte à la fois humaine, artistique et aussi économique pour l'ensemble de la profession.

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