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Invité Afrique

«Sur les plans politique, sécuritaire, économique et social, le Burkina s'enfonce dans les enfers»

Audio 07:15
Eddie Komboïgo, 47 ans, candidat à la présidentielle burkinabè.
Eddie Komboïgo, 47 ans, candidat à la présidentielle burkinabè. AFP/Ahmed Ouoba

Au Burkina Faso, la campagne bat son plein en vue de la présidentielle et des législatives de dimanche prochain. Pour la présidentielle, treize candidats sont en lice, dont le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré. Pour la première fois depuis la chute de Blaise Compaoré, il y a six ans, l'ex-parti au pouvoir CDP - Congrès pour la Démocratie et le Progrès - est en mesure de présenter un candidat. C'est l'universitaire et expert financier Eddie Komboïgo. Il ne cache pas sa proximité avec l'ex-président Compaoré, qui vit en exil en Côte d'Ivoire.

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RFI : Si vous êtes élu, qu'est-ce que vous ferez de mieux que le président Roch Marc Christian Kaboré ?

Eddie Komboïgo : Immédiatement engager une démarche pour connaître nos agresseurs avec une diplomatie forte afin de rechercher une solution apaisée sur la guerre, parce que si nous avons la paix et la réconciliation, nous pouvons aller au redécollage économique. Vous savez que nous affectons un tiers du budget pour soutenir les forces de défense et de sécurité, c'est énorme pour notre pays. Nous faisons le bilan, nous voyons que aussi bien sur le plan politique, sur le plan sécuritaire, sur le plan économique et sur le plan social, le Burkina s'est enfoncé dans les enfers.

Alors vous dites vouloir entreprendre une démarche pour connaître vos agresseurs. Est-ce que ce n'est pas ce que le pouvoir fait déjà aujourd'hui ?

Aujourd'hui on continue de les appeler des « HANI », des hommes armés non identifiés. Lorsque qu'on est président conscient, consciencieux et que l'on est agressé, il faut d'abord connaitre son agresseur et savoir pour quelle raison on est agressé.

Mais négocier avec les terroristes, n'est-ce pas un signe de faiblesse ?

Mais partout dans le monde on négocie, je pense savoir que le Mali est allé chercher des otages.

Et vouloir négocier avec des terroristes, n'est-ce pas un pari perdu d'avance ?

Est-ce que le Burkina serait le premier pays à négocier avec des terroristes ? Il faut d'abord savoir pourquoi on est agressé et entreprendre la démarche diplomatique. Et cinq ans durant de gouvernance de Roch Marc Christian Kaboré, il ne nous a jamais dit pourquoi on est agressé, mais si on est au pouvoir et que l'on s’ouvre à certaine personne, nous pourrions changer nos méthodes de faire.

Alors c'est vrai que quand vous étiez au pouvoir avec le parti CDP et le président Blaise Compaoré, il y avait beaucoup moins d'attentats au Burkina Faso, mais n'était-ce pas simplement parce que votre pays était devenu le sanctuaire des jihadistes, ils avaient pignon sur rue dans les hôtels de Ouagadougou ?

Ah ! Vous m'informez, dans quel hôtel étaient-ils ? Moi je ne les ai jamais rencontrés.

Mais pouvez-vous dire qu'Iyad Ag Ghali n'a jamais été reçu par Blaise Compaoré à Ouagadougou ?

Je ne le connais pas personnellement, et je n'ai pas été dans le gouvernement de Blaise Compaoré.

Alors vous dites également que si vous êtes élu, vous œuvrerez pour la réconciliation nationale, mais justement le président Roch Marc Christian Kaboré vient de dire qu'il saisissait la main tendue par l'ancien président en exil Blaise Compaoré, cela devrait vous satisfaire, non ?

Non, n’est-ce pas là un jeu politique, ça fait depuis 2016 qu'il a été touché pour que l'on réfléchisse ensemble sur le retour des Burkinabè, malheureusement le président Kaboré dit lui : « je vais regarder », et il ne regarde jamais. Il promet aussi, à la veille des élections que, s'il est élu dans le semestre qui suit, il va engager une réconciliation dont il ne connaît pas l'issue, et après la réconciliation il ferait venir les exilés. Nous, nous disons attention, il faut faire venir les exilés pour la réconciliation, puisque ce sont les plus indexés, les plus accusés. Comment peut-on faire une réconciliation sans les personnes les plus accusées, les plus indexées ? C'est pourquoi l'approche du président Roch Marc Christian Kaboré et notre approche sont tout à fait différentes et l'essentiel, c'est qu’au bout on puisse se retrouver, je souhaite qu'il le fasse, mais le plus rapidement possible.

Vous dites que vous souhaitez que Roch Marc Christian Kaboré fasse la réconciliation au plus vite s'il est réélu, c'est-à-dire que vous anticipez sa victoire ?

Non, il demande le suffrage des Burkinabè parce qu'il sait que son bilan est négatif, il tend une perche aux populations, mais les populations ne sont pas dupes. Je suis convaincu que les populations porteront leur choix sur le président Eddie Komboïgo parce qu'il est sincère.

Donc si j'ai bien compris, le président Roch Marc Christian Kaboré dit : « on fait d'abord la table ronde et on laisse ensuite rentrer Blaise Compaoré », alors que vous, vous dites : « on fait le contraire, on laisse d'abord rentrer Blaise Compaoré et on fait ensuite la table ronde » ?

Ce n'est pas que Blaise Compaoré, j'ai parlé de tous les exilés et de tous ceux qui sont sortis pour des raisons politiques.

Alors vous savez que sur l'enquête de l'assassinat de Thomas Sankara en 1987, il y a quelque 25 personnes qui viennent d'être inculpées par la justice burkinabè, parmi lesquels Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré. Si vous êtes élu, est-ce qu'un procès des assassins présumés de Thomas Sankara s'ouvrira ou est-ce qu'au contraire, vous ferez tout pour qu'il n'ait pas lieu ?

Il faut laisser la justice faire, mais nous croyons que pour qu'il y ait justice il faut commencer par un cadre de réconciliation autre que la justice classique. Pourquoi pas une justice transitionnelle, inspirée de nos traditions pour qu'enfin les gens connaissent la vérité, se pardonnent mutuellement et regardent avec espérance, pour qu'on construise avec espoir le Burkina Faso de demain ?

La justice transitionnelle, cela pourrait-être une commission vérité réconciliation comme en Afrique du Sud après l'apartheid ?

Ça c'est un exemple, ce qui s'est passé en Afrique du Sud, mais comparaison n'est pas raison, il appartient au Burkina de définir les instances de réconciliation.

Vous restez très proche de l'ancien président Blaise Compaoré, vous lui rendez régulièrement visite à Abidjan dans son lieu d'exil, mais est-ce que Blaise Compaoré ne reste pas un personnage clivant au Burkina Faso, et est-ce que cela ne risque pas de vous coûter des voix ?

Mais vous savez qu'un homme politique ne fait pas l'unanimité. Si nous avons dans notre programme le retour de Blaise Compaoré et s’il y en a qui estiment que nos relations avec Blaise Compaoré les gênent pour nous élire comme président, et bien qu'ils ne nous votent pas. Mais je les interpelle pour leur dire que Blaise Compaoré reste un des leurs, un Burkinabè, et qu'il est de notre intérêt de travailler à nous réconcilier.

Oui, mais franchement, est-ce que Blaise Compaoré n'a pas voulu changer la Constitution pour s'accrocher au pouvoir, est-ce que ce n'est pas cela que le peuple burkinabè a rejeté en octobre 2014 ?

Mais nous sommes tout à fait d'accord aujourd'hui que ce n'est que deux mandats, je pense que ça peut être une erreur de gouvernance. Bon, maintenant, nous pensons que ça, c’est du passé, et nous regardons l'avenir avec espérance.

Alors il y a un autre candidat important qui est issu de votre parti, c'est l'ancien Premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo. Est-ce que cela ne réduit pas vos chances de victoire ?

Vous savez la plupart des partis politiques au Burkina sont des branches du CDP, ce parti est sur le terrain, le CDP reste intact et le CDP reste fort et reste le premier parti politique du Burkina le plus implanté, vous verrez les résultats au soir du 22 novembre.

On dit que vous avez été contesté au sein du CDP, mais que c'est Blaise Compaoré qui a pesé de tout son poids pour que vous soyez désigné comme le candidat du CDP, vous confirmez ?

Non, vous me faites rigoler, vous savez j'ai été élu président du parti. Ensuite, pour le choix du candidat, nous avons voté. Le vote était massivement favorable à Eddie. Blaise Compaoré ne faisait pas partie de ce collège pour l’influencer. C’est le collège qui m'a élu candidat, mais Blaise Compaoré a validé ma candidature et m'a envoyé même une lettre pour demander à tous militants de voter pour Eddie Komboïgo et tous les partis alliés.

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