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L'Afrique du Sud songe à nouveau au nucléaire

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 L'entrée de la centrale électrique d'Eskom Duvha, à environ 15 km à l'est de Witbank, en Afrique du Sud, le 5 février 2015.
L'entrée de la centrale électrique d'Eskom Duvha, à environ 15 km à l'est de Witbank, en Afrique du Sud, le 5 février 2015. AFP - MARCO LONGARI

En Afrique du Sud, le ministre de l’Énergie, Gwede Mantashe, a remis l’option du nucléaire sur la table, pour compléter le mix énergétique, et tourner la page du tout charbon. Le ministre souhaiterait développer un programme de 2500 M  d’ici 2030, et le régulateur Nersa invite les contributeurs qui le souhaitent à déposer leurs commentaires d’ici début février. Mais les ratages des années précédentes dans le dossier du nucléaire suscitent des interrogations.

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Le secteur du nucléaire se réjouit de cette ouverture, et entend se positionner comme alternative au charbon dans le pays. Pour Knox Msebenzi, du syndicat du nucléaire NIASA, il s’agit d’une opportunité pour l’Afrique du Sud.

« Nous nous dirigeons vers un mix énergétique plus diversifié. Bien sûr, les énergies renouvelables auront leur place, mais le nucléaire sera aussi important pour fournir une charge de base, alors que l’on mettra bientôt des centrales à charbon hors service. Nous sommes déjà les premiers à avoir cette technologie sur le continent. Et nous souhaitons la développer. Nous allons chercher un partenaire qui pourra nous aider à maîtriser ces nouvelles compétences. » 

Une entreprise américaine s’est déjà montrée intéressée, depuis l’annonce du ministre Gwede Mantashe. Mais pour Chris Yelland, spécialiste des questions énergétiques, le gouvernement n’a pour l’instant rien tranché, et cherche surtout à voir quelles options sont sur la table, et pour quels coûts.

« Je ne pense pas qu’une décision ait été prise, mais il s’agit plutôt de travail préparatoire. Une nouvelle centrale nucléaire, c’est un engagement de longue durée, environ 80 ans. Il y a des questions qui se posent autour du financement, alors que de nouvelles technologies beaucoup plus flexibles sont en train d’émerger. Et il y a beaucoup d’incertitudes, on ne sait pas, dans le futur, quelle sera la demande d’électricité à partir du réseau. »

Il faut dire que le pays se méfie désormais des méga-projets, qui ont ouvert la porte à des scandales de corruption sous Jacob Zuma. Un accord très contesté et hors de prix avait d’ailleurs été passé secrètement avec la Russie, en 2014, avant d’être annulé par la justice.

Julius Kleynhans, de l’organisation anti-corruption OUTA, n’a donc plus confiance dans ces programmes :

« L’Afrique du Sud a connu une capture de l’état, et de mauvaises décisions ont été prises pour satisfaire des gains personnels, et non pour le bien du pays. Nous connaissons désormais de grosses difficultés financières. Donc nous n’avons pas d’argent pour ce genre de projets, surtout s’ils ne sont pas bien gérés, et si les dates de livraison ne sont pas respectées. Et malheureusement, le bilan du gouvernement va plutôt dans ce sens. »

Les organisations environnementales du pays s’inquiètent aussi de la gestion des déchets, et des problèmes de sécurité, alors qu’une unité de la centrale Koeberg, près du Cap, a dû être mise à l’arrêt pour des réparations.

D’autres pays du continent se montrent également intéressés par l’énergie nucléaire, comme le Rwanda, soutenu par la Russie. L’Égypte devrait de son côté bientôt commencer la construction d’une centrale.

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