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La Grande Muraille Verte tarde à pousser

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Au Sénégal, à Belvédère, des forêts nourricières voient le jour dans le cadre du projet la Grande muraille verte. Le but est de lutter contre la déforestation.
Au Sénégal, à Belvédère, des forêts nourricières voient le jour dans le cadre du projet la Grande muraille verte. Le but est de lutter contre la déforestation. RFI/Sadak Souici.
Par : Stanislas Ndayishimiye
7 mn

14 milliards de dollars, c’est le financement annoncé le 11 janvier 2021 pour la Grande Muraille Verte d’ici 2025. Une annonce faite en marge du 4ème One Planet Summit organisé par la France. La Grande Muraille Verte, c’est cette barrière végétale d’au moins 100 millions d’hectares qui devrait traverser l’Afrique, du Sénégal à Djibouti, d’ici 2030, avec l’ambition de restaurer les sols dégradés et d’arrêter la progression du désert au Sud du Sahara. L’initiative date de 2002 et a été lancé officiellement en 2007.

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Dès sa nomination en juillet 2019 comme Directeur général de l’Agence sénégalaise de la reforestation et de la Grande Muraille Verte, Haidar El Ali s’est rendu dans le nord du pays pour voir l’état des lieux : « j’ai constaté l’urgence d’agir pour l’environnement. La nature est extrêmement dégradée. »

Pour la partie sénégalaise, la Grande Muraille Verte couvre une superficie de 500 km de long de l’Océan Atlantique vers l’Est et de 100 km de large. La restauration de la biodiversité dans cette zone requiert des financements que l’agence a du mal à mobiliser.

« Il y a des ONG internationales qui se servent de l’étiquette Grande muraille, qui captent beaucoup de fonds et qui font plutôt des séminaires, des études... Cet argent ne va pas sur le terrain, s'indigne Haidar El Ali. Quand j’ai été nommé directeur [général], j’ai appris qu’il y avait un projet pour planter des arbres, je n’ai jamais réussi à accéder à ces fonds. Jamais ! Nous voulons créer des banques de semences, de toute sorte d’espèces d’arbres adaptés à la zone nord comme à la zone sud. »

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La conviction de cet ancien ministre de l’environnement, initiateur de la régénération au Sénégal de 20 000 hectares de mangroves, un écosystème très important pour la culture du riz, c’est que le manque de moyens financiers freine sérieusement le projet de la grande barrière végétale contre l’avancée du désert. « Il faut mettre les moyens conséquents, mais il faut surtout les mettre là où il faut, soutient Haidar El Ali. Partout en Afrique, nous sommes prêts, nous avons des projets que nous voulons financer et par ailleurs, nous avons trouvé nos compétences pour nous occuper de ces questions de reforestation. »

30 000 ha de terres restaurés au Burkina Faso

Le Burkina Faso fait partie des 11 pays concernés par la Grande Muraille Verte. « Nous sommes actuellement à environ 2 millions d’hectares de terres dégradées que nous devrons récupérer, sur un total de 5 millions d’hectares qui constituent l’engagement du Burkina à restaurer les terres à l’horizon 2030 », explique Adama Doulkom, coordonnateur national de l’Initiative de la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel (IGMVSS).

30 000 hectares de terres seulement ont été restaurés aujourd’hui. Le défi reste donc immense. Et au Burkina Faso comme dans certains autres pays du Sahel, l’insécurité freine aussi le développement du projet de la Grande Muraille Verte. « Une zone qui est en proie à l’insécurité ne doit pas être soustraite aux interventions que nous sommes en train de mener sur le terrain, parce qu’il y a toujours des populations qui y vivent. Il faut forcément trouver les moyens et faire en sorte que nous puissions toujours continuer à travailler, à travers les acteurs endogènes et pourquoi pas en utilisant la digitalisation, pour pouvoir continuer à intervenir dans ces zones », estime Adama Doulkom.

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La promesse des 14 milliards de dollars dédiés à la Grande Muraille Verte d’ici 2025 émane majoritairement des institutions comme l’Union européenne, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD). L’institution financière panafricaine doit mobiliser 6,5 milliards de dollars.

Sur les 100 millions d’hectares de terres à restaurer avant 2030, il n’y aurait aujourd’hui que 4 000 000 hectares seulement déjà aménagés.

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