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En Tunisie, le mécontentement social explose

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Des manifestants défient l'ordre de confinement dimanche 17 janvier, en périphérie de Tunis.
Des manifestants défient l'ordre de confinement dimanche 17 janvier, en périphérie de Tunis. FETHI BELAID AFP

Dix ans après la Révolution tunisienne, étincelle des « Printemps arabes », voilà que les rues du pays s'embrasent à nouveau. Bravant le couvre-feu, des milliers de jeunes, parfois mineurs, ont affronté les forces de l'ordre ces derniers jours. Pour exprimer leur colère, leur désespoir face à l'absence de perspectives économiques notamment. Pour ces jeunes comme pour des millions d'autres Tunisiens, la situation s'est nettement dégradée en 10 ans et les slogans pour un travail digne n'ont plus d'écho dans leur quotidien. Reportage dans la région de Sfax.

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Ils sont une centaine rassemblés devant le siège de la délégation de Skhira près de Sfax, interpellant le représentant local de l'État qui leur a dit il y a quelques jours « désolé, l'État n'a plus de budget pour renouveler vos contrats. » Depuis, ces petites mains qui assurent les tâches comme le nettoyage des écoles, ou des travaux pour le compte du ministère de l'agriculture se morfondent. Ahmed est l'un de ces travailleurs précaires qui se sont multipliés depuis 2011 : « mais c'est pire que précaires, s'indigne-t-il. On est comme des poissons, un coup rejetés sur le rivage sans travail, un coup remis à la mer mais avec du travail pour 15 jours, on gagne 170 dinars, l'équivalent de 50 € par mois, c'est normal ça en 2021 ? Certains d'entre nous ne peuvent plus payer pour les études de leurs enfants, ils les retirent de l'école ou du lycée ! Avec 10 dinars, tu reviens du marché les mains vides. Le travail, c'est pourtant censé être un droit constitutionnel ! »

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La révolution et les gouvernements qui l'ont suivie ont proclamé ce droit mais sans créer les conditions économiques pour qu'il puisse être garanti au plus grand nombre. Acteur majeur de la Révolution, l'UGTT, la puissante centrale syndicale ne peut que regarder avec amertume dans le rétroviseur. « Le travail, c'est la dignité nationale, estime Youssef El Awadni, son représentant pour Sfax. À l'UGTT, on considère qu'une personne sans travail, sans source de revenus n'a plus sa dignité. Alors oui, nous avons eu la liberté, des élections libres, des télévisions privées s'expriment comme elles veulent, on insulte le pouvoir autant qu'on veut mais on a manqué une occasion en 2013 de réformer notre système politique, notamment la loi électorale qui empêche de changer les choses. »

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Même s'il ne peut pas justifier les blocages qui ont affecté par endroits la production de pétrole ou de phosphate, le représentant de l'UGTT comprend la colère qui s'exprime 10 ans après la Révolution « ceux qui avaient 10 ans en 2011 ont 20 ans aujourd'hui. Il est impossible pour eux de croire en nos slogans de l'époque et ils font ce qu'ils peuvent pour défendre leurs droits et leur futur. Ils renversent la table contre ceux qui ne leur ont fourni ni travail, ni projet de développement. »

La centrale syndicale, déjà récompensée d'unPrix Nobel de la paixpour avoir contribué à dénouer la crise politique de 2013, a proposé encore une fois ses bons offices au gouvernement pour lancer un dialogue politique. Mais les contours de ce dialogue demeure encore flous.

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