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Sénégal: la lutte traditionnelle terrassée par le Covid-19, espère se relever

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Athlètes pratiquants la lutte. (Photo d'illustration)
Athlètes pratiquants la lutte. (Photo d'illustration) Universal Images Group via Getty - BSIP

Au Sénégal, le grand combat de lutte avec frappe qui s’est déroulé hier était attendu par tous. Le premier depuis un an, qui a opposé les lutteurs vedettes Eumeu Sène et Lac 2. L’ouverture des arènes suite à la levée de l’état d’urgence sanitaire est un soulagement pour tous les acteurs de ce secteur qui vient de vivre une « année blanche » très difficile à cause de la pandémie. Alors que ce sport est le gagne-pain des 8 000 affiliés à l'association nationale de lutte. Reportage.

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De notre correspondante à Dakar, 

Sur la plage, des lutteurs de l’écurie Tayshinger s’entraînent au rythme des percussions. Torse nu et habillé d’un pagne, Ngarafe Ndiaye a gagné son combat lors de la réouverture de l’arène de Pikine fin mars, après une année blanche. Un soulagement pour ce lutteur qui s’est mis à vendre des téléphones afin de compenser les pertes de revenus. « La lutte n’est pas ma seule activité, je dois aussi travailler à côté pour m’en sortir, nous dit-il. Et puis le leader de notre écurie, je ne le vois pas seulement quand on a un combat. Je vais directement chez lui quand j’ai besoin pour qu’il m’apporte de l’aide. » 

Eumeu Sène, ténor de la lutte et chef de file de l’écurie, était en tête d’affiche du grand combat du 4 avril. Les lutteurs avec frappe comme lui peuvent gagner jusqu'à 50 millions de francs CFA en un combat dont l’écurie récupère environ 5%. De potentielles rentrées d’argent à venir qui rassurent Khalifa Niang, président de l’écurie. « C'était très compliqué, il y a une année qui est tombée à l'eau. L'État a oublié les lutteurs. Il ne faut pas les aider individuellement, il faut les aider par la structure qui les regroupe, à savoir les écoles et les écuries. Ça a créé des mécontentements de part et d'autre, la lutte est un facteur de développement », affirme Khalifa Niang.

Gaston Mbengue, promoteur le plus important du pays, a organisé ce grand combat du 4 avril dont le coût est estimé à 200 millions de francs CFA. À cela s’ajoute le défi de l’organiser dans un contexte de pandémie. « Maintenant il ne reste qu'à assurer les mesures barrières. On va remplir à 50%, au lieu de 20 000 places, on va en mettre 10 000. Les places ne pourront pas nous satisfaire à 100%. Il y aura donc une contribution sur les entrées mais surtout sur les sponsors. C'est le premier sport du pays, c'est très important », dit l'organisateur.

Les revenus sont aussi tirés de la retransmission télévisée et du pay-per-view – la télévision à la carte. Une obligation d’adaptation nécessaire, selon Ibrahima Sène, président du Comité national de gestion de la lutte. « C'est vrai que ce n'est pas rentable d'organiser avec le stade rempli à 50%, explique-t-il. Mais mieux vaut avoir la moitié que de ne rien avoir. Il y a deux mois, nous étions prêts à organiser à huis clos. Il faut commencer à penser que dans un proche avenir, il faut faire de la lutte une profession, il faut la professionnaliser. » Une structuration de la lutte sénégalaise dans l’espoir qu’un jour elle figure aux Jeux olympiques.

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