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Une entreprise de transport soupçonnée de bafouer les droits des travailleurs en Côte d’Ivoire

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La lagune d'Abidjan (illustration).
La lagune d'Abidjan (illustration). © Pierre Pinto / RFI

Cinquante-et-un employés de la Socotra, l’une des plus importantes sociétés de transport de marchandises en Côte d’Ivoire, viennent d’être licenciés, soit 20% du personnel de la société (qui compte 251 employés au total). À la fin du mois de mars, les travailleurs avaient réclamé le droit de créer un syndicat au sein de l'entreprise. Ils affirment avoir obtenu un refus, les amenant à déposer un préavis de grève. La direction, qui confirme ces licenciements, les accuse de violences et d'insubordination.

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De notre correspondant à Abidjan, 

Pendant trois semaines, au début du mois d’avril, les salariés de la Socotra ont installé un piquet de grève devant les locaux de l’entreprise aux abords de la voie express de Bassam. Les travailleurs demandaient une amélioration des conditions de travail et dénonçaient des retards de paiement. « On travaille deux mois, on est payé un mois, souligne l'un d'eux. On n’a pas de congés, on a pas de gratifications, on a pas de prêt scolaire. Un chauffeur peut toucher 25 000, 35 000. »

Pour porter ces revendications, les employés de l’entreprise ont souhaité créer un syndicat à la fin du mois de mars. Selon Ouattara Youssouf, représentant des grévistes, le directeur de l’entreprise, Samy Mehry, également député-maire de Lakota, n’a pas autorisé la création de ce syndicat. « Il nous a refusé catégoriquement la création d’un syndicat dans son entreprise Socotra, affirme Ouattara Youssouf. On a demandé à un syndicat déjà existant de venir nous aider. Quelques semaines après, [Samy Mehry] nous reçus et nous a clairement dit qu’il ne voulait pas de syndicat dans sa société. »

Une grève de deux jours

C’est à la suite de ce refus que les employés de l’entreprise ont décidé de se mettre en grève pour deux jours. Dans une vidéo, que RFI a pu consultée, la directrice des opérations de la Socotra, Jessica Tiah, met alors en garde les employés contre ce mouvement. « Ceux qui vont, ce jour, décider de faire la grève, vous allez en subir les conséquences », dit-elle dans cette vidéo.

Après la première journée de grève, 51 employés de la Socotra, certains en poste depuis 19 ans, ont été licenciés. Le responsable juridique de l’entreprise, Franck De Bayer, affirme que ce n’est pas la volonté de création d’un syndicat qui a conduit à ces licenciements, mais l’insubordination des représentants des salariés.   

« Il y a eu des réactions d’insubordination à l’endroit du directeur général, de la direction des opérations et de tous les responsables qui étaient présents dans cette réunion. Dans une ambiance de remous devant leurs amis des syndicats, en train de hausser le ton et de crier sur le directeur général. Ce que nous avons trouvé inacceptable en tant qu’administration. L’employé ne peut qu’être subordonné », selon le responsable juridique.

Niant toute forme de violence pendant la grève, les salariés grévistes, eux, ont décidé de déposer plusieurs recours auprès de l’Inspection du Travail et du ministère de l’Emploi.

En 2020, à l’issue d’une enquête dans 144 pays, la Confédération Syndicale Internationale des Droits, a classé la Côte d’Ivoire – avec 18 autres pays – dans la 4e catégorie, celle des « violations systématiques des droits des travailleurs ».

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