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Au Tchad, les producteurs de lait se mobilisent contre les importations européennes

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Les producteurs ont un combat commun : en finir avec la surproduction européenne de lait.
Les producteurs ont un combat commun : en finir avec la surproduction européenne de lait. Getty Images/Tom Hahn

Au Tchad, les petits producteurs de lait se battent pour faire face à la concurrence féroce des laits en poudre importés. Longtemps exploitée de manière informelle, la filière du lait local tente de se professionnaliser avec de nouvelles techniques de récolte, mais aussi de transformation pour valoriser et diversifier la production de produits laitiers locaux. Pays doté du plus grand nombre de têtes de bétail de la région, la capacité de production est immense, mais encore largement sous-exploitée. 

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Tous les matins, Sefadine Abnasite collecte le lait avec ses trois bidons accrochés sur sa moto. « Je pars récolter le lait dans la banlieue de Ndjamena, dans les villages aux environs, auprès des éleveurs. Je pars très tôt le matin, car je ne dois pas faire plus que trois heures de collecte à cause de la chaleur et je livre à Akhayer environ 50 à 70 litres par jour », explique-t-il.

Akhayer Alil Adoum est gérante d'une laiterie au quartier Diguel. Dans sa petite boutique collée à la concession familiale, elle s'active : « Là, c'est une marmite de cent kilos ». Chaque jour, elle transforme 120 litres de lait en yaourt. « Je chauffe le lait à soixante degrés. Je le laisse refroidir, j'ajoute le ferment et le sucre », indique-t-elle.

Akhayer Alil Adoum est fille d'éleveurs. Le lait, elle le transforme depuis toujours. D'abord de façon informelle, puis elle s'est professionnalisée. Objectif : diversifier sa production. « Il y a le fromage "tressé", après le fromage blanc, le yaourt naturel et le yaourt avec céréales. »

Elle pourrait produire plus. Mais dans sa boutique, difficile de conserver ses produits laitiers. « Avec ces températures, le problème, c'est le manque d'électricité (pour conserver au frais le lait). On vend nos bouteilles aux magasins. On les vend à 150 francs la bouteille et ils les revendent à 250 FCFA », rapporte encore Akhayer Alil Adoum.

À Ndjamena, les points de vente de lait local sont rares. Le lait européen envahi les étals des marchés. Un lait en poudre facile à conserver et jusqu'à moitié moins cher que le lait local. Pour faire face à la concurrence, des programmes de soutien de la filière ont été élaborés.

« Le Projet régional d'appui au pastoralisme dans le Sahel possède un volet "chaînes de valeurs" parmi lesquelles figurent le lait. Et qui permettra de rendre plus visibles les actions des professionnels pour défendre leurs intérêts, et produire plus pour renforcer la disponibilité en produits laitiers », explique Fidèle Molélé Mbaindigatoloum, directeur général du ministère de l’Élevage.

Reste à trouver le financement de ses programmes. Le Tchad estime son potentiel de production de lait à 2 milliards de litres par an.

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