Aujourd'hui l'économie, le portrait

Morris Chang, le père de l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs

Audio 03:36
Morris Chang, président de Taiwan Semiconductor Manufacturing Co (TSMC), lors de la conférence des investisseurs à Taipei le 16 juillet 2014.
Morris Chang, président de Taiwan Semiconductor Manufacturing Co (TSMC), lors de la conférence des investisseurs à Taipei le 16 juillet 2014. © AFP - SAM YEH

Depuis des mois, des pans entiers de l'industrie mondiale rencontrent des difficultés pour s'approvisionner en semi-conducteurs. L'occasion de parler de l'un des pionniers de ce secteur, Morris Chang, le père de l'industrie taïwanaise des semi-conducteurs.

Publicité

Cheveux blancs, regard amusé, c'est un homme tenace qui a fait de son groupe, TSMC, le numéro un mondial des semi-conducteurs. Ce sont ces matériaux et, par extension, les composants fabriqués grâce à eux, comme les puces électroniques, qui permettent de capter, traiter et stocker des données. Des produits indispensables à la fabrication des smartphones, des ordinateurs ou encore des tableaux de bord des voitures.

Un immigré aux États-Unis

Morris Chang est né en 1931 dans une ville portuaire du nord-est de la Chine. Enfant, il rêvait d'être romancier ou journaliste. Mais la guerre civile pousse sa famille vers Hong Kong, puis c’est le grand départ vers les États-Unis. Morris Chang enchaîne des études d'ingénieur et un doctorat en électronique à la prestigieuse université de Stanford. Il passe vingt-cinq ans chez Texas Instruments, l'un des fleurons américains des semi-conducteurs, et devient son vice-président. En 1985, à l'invitation du gouvernement de Taipei, Chang se rend à Taïwan. Sa mission : propulser l'industrie microélectronique locale à un niveau mondial. Deux ans plus tard il fonde son entreprise : Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, TSMC.

Un nouveau modèle économique

Il faut encore entrer dans la cour des grands, alors que les principaux acteurs se trouvent aux États-Unis et au Japon. Mais Morris Chang a sa méthode qu’il a dévoilée aux étudiants de Stanford en 2014 : « Il y a ce vieux poème chinois : si tu veux devenir un leader, monte très haut, regarde en bas et cherches les routes accessibles. C'est ce que j'ai fait. Mais il n'y en avait pour les nouveaux venus comme moi. Alors j'ai inventé une nouvelle route : un nouveau modèle économique. Le problème c'est que nous avions la solution, mais ils nous manquaient les problèmes. Heureusement, ils sont apparus très vite. »

Morris Chang voit juste : la demande mondiale pour ces minuscules composants se fait de plus en plus forte. TSMC n'est pas le premier fondeur de semi-conducteurs sur l'île, mais c'est avec lui que le marché taïwanais prend son essor. Jen-Hsun Huang, l'un de ses amis, décrit un esprit visionnaire, lors de la rencontre de Stanford : « Il y a beaucoup de gens qui réussissent dans le monde. Mais les héros sont rares. Or, il y a une différence entre réussite et responsabilisation. Je suis content que nous nous soyons réunis ici en cours, car Morris Chang, sa carrière, sa philosophie, sa stratégie à TSMC, sa valeur ajoutée même, devraient faire l'objet d'une étude pour l’influence qu’il a eue sur la révolution industrielle. »

Quel est son secret ?

TSMC ne fabrique pas les puces pour ses propres produits, elle les fabrique pour les produits des autres. Tout l’écosystème de la haute technologie s’est créé autour de cette activité. La recherche et le développement deviennent une obsession chez Morris Chang. Son entreprise y consacre des millions de dollars par an. Et ça paye : en 2015, son groupe devient fournisseur exclusif d'Apple et fabrique les puces de l'iPhone.

Aujourd'hui, retiré de la présidence de TSMC, Morris Chang dont la fortune personnelle est évaluée à 2,8 milliards de dollars peut se réjouir. Son entreprise reste le premier fondeur de semi-conducteurs mondial avec 47,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires réalisé en 2020. Le géant taïwanais promet : il mettrait tout en œuvre pour accroître sa productivité face à l’actuelle pénurie mondiale de puces.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail