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États-Unis, Chine: les ambitions climatiques redeviennent d'actualité

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Discours de Joe Biden sur le climat à Washington, le 27 janvier 2021.
Discours de Joe Biden sur le climat à Washington, le 27 janvier 2021. REUTERS - KEVIN LAMARQUE

La lutte contre le réchauffement climatique revient sur le devant de la scène avec les États-Unis qui s’emparent de nouveau du sujet et une réforme en Chine sur le carbone. Car il y a urgence. C’est ce que rappelle d'ailleurs une étude de 600 pages commandée par Londres. Les spécialistes internationaux qui l'ont signée sous la direction de Partha Dasgupta, un professeur d'économie de l'université de Cambridge, appellent à un rééquilibrage entre nature et économie, la « croissance ayant un coût dévastateur ».

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Au niveau mondial, le PNB par habitant a doublé depuis 1992. Pendant ce temps, le capital naturel, c'est-à-dire le bénéfice tiré des services offerts par la nature, a chuté de 40% par tête. Les auteurs appellent donc à repenser l'évaluation de la richesse, remplacer le calcul purement comptable de la croissance par un autre indicateur. Ils suggèrent un calcul du bien-être économique qui prend en compte les services rendus par la nature.

Mais le modèle proposé suppose un changement systémique et notamment une décarbonation du système énergétique. Des changements qui devraient être portés par « une coordination et une volonté politique semblable, voire supérieure au plan Marshall ».

Vers le premier marché mondial de carbone

Côté décarbonation, la Chine a lancé son marché carbone cette semaine. Pour la première fois, les autorités provinciales peuvent fixer des quotas pour les centrales thermiques. Les entreprises du secteur, dont 2000 centrales qui émettent plus de 26 000 tonnes de gaz à effet de serre par an, vont pouvoir s'échanger des « droits à polluer ». Une fois à son rythme de croisière, le nouveau système devrait couvrir le tiers des émissions de gaz carbonique du premier pollueur mondial, selon le Partenariat international d'action sur le carbone.

Vu l'ampleur de l'économie chinoise, ce marché carbone devrait devenir le plus important au monde et ravir la place de celui de l'Union européenne. Cela doit contribuer à atteindre l'objectif que Pékin s'est fixé en septembre dernier : la neutralité carbone à horizon 2060.

Mais ce marché carbone pourrait ne pas suffire. En effet, 60% des centrales du pays fonctionnent au charbon. Alors les experts s'attendent à des pressions du secteur pour obtenir des quotas confortables - et donc un prix du carbone avantageux. Plus il y aura de quotas, plus il sera facile d'en obtenir auprès d'une entreprise qui n'utilise pas tout son stock, moins le carbone sera cher.

Fiscalité énergétique

Le prix du carbone, c'est d'ailleurs un facteur majeur retenu par l'OCDE dans ses récentes recommandations pour une réforme de la fiscalité énergétique dans les économies émergentes et en développement. Après avoir étudié, une quinzaine de pays, dont l'Égypte, le Maroc, la Côte d'Ivoire, l'organisation conclut qu'en moyenne ces 15 pays pourraient lever l'équivalent d'1% de PIB en recettes publiques s'ils taxaient le carbone à hauteur de 30 euros la tonne, un moyen de financer un accès à une énergie plus propre.

L'OCDE souligne aussi que tous les pays doivent mieux prendre en compte les effets du CO2 dans leur fiscalité. Dans les pays de l'Organisation de coopération de développement économiques et du G20, 70% des émissions sont entièrement exonérées de taxes.

« Pas de marchandage »

Le rapport britannique réclamait aussi de la coordination. Sur ce point, les États-Unis espèrent bien mener la danse.

Joe Biden qui a engagé le retour du pays dans l'Accord de Paris, veut désormais « guider la réponse mondiale » à cette crise. Le président américain, qui doit encore présenter son plan de 2000 milliards de dollars, organise d'ailleurs un sommet sur le climat le 22 avril.

Les États-Unis assurent aussi être prêts à travailler avec la Chine sur le dossier et à le distinguer des dossiers sur les différends économiques, comme la propriété intellectuelle ou l'accès au marché. Et de promettre : ces « sujets ne seront jamais marchandés ».

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