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«Super Mario» appelé à la rescousse d’une Italie en crise

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Mario Draghi, le 3 février 2021 à Rome.
Mario Draghi, le 3 février 2021 à Rome. Alessandra Tarantino POOL/AFP

Mario Draghi a été chargé, ce mercredi 3 février, par le président de la République italienne, Sergio Mattarella, de former un nouveau gouvernement. Plusieurs défis l’attendent : sortir de la crise sanitaire et de la crise économique. Sur ce plan l’ancien président de la Banque centrale européenne arrive dans un contexte particulièrement dégradé.

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L’économie italienne est l’une de celles qui a le moins bien résisté dans l’Union européenne avec une chute de 8,9% de son PIB en 2020. La botte accuse d'autant plus le coup qu'elle été le premier pays de l’Union à être durement frappé par l’épidémie. Elle a mis en place un premier confinement qui a paralysé une partie de son économie en mars et avril. Et puis, le tourisme et les secteurs qui lui sont liés représentent 14% du PIB du pays. Le tourisme dévasté par la pandémie.

Conséquence, le chômage a augmenté. Au total, depuis février 2020, 426 000 personnes supplémentaires se sont retrouvées sans emploi. Et le rebond prévu par la Banque d'Italie pour 2021, reste somme toute modeste, à 3,5%.

Un plan de relance comme unique solution

Pour sortir de la crise, l’Italie compte sur un important plan de relance et quelques 209 milliards d’euros que Rome espère recevoir de l’Union européenne – prêts et subventions confondus.

C’est d’ailleurs ce plan qui a fait chuter le gouvernement Conte Bis. Cela a du moins été l'une des étincelles dans une Italie qui souffre d'une instabilité politique chronique. Matteo Renzi, le chef du petit parti Italia Viva, reprochait à Giuseppe Conte de « dilapider l'argent public » en accordant des ristournes fiscales et des aides ad hoc plutôt que d'investir dans des réformes structurelles. Matteo Renzi souhaitait aussi que l'Italie sollicite un prêt via le mécanisme européen de stabilité. Mais cela présentait le risque d'envoyer un signal négatif aux marchés, de donner l'impression que le pays était sous assistance.

Sergio Mattarella, estimant des élections trop risquée dans le contexte sanitaire actuel, a donc misé sur un économiste pour former un gouvernement technique : le troisième ex haut responsable de la Banque d'Italie appelé à la rescousse depuis les années 1990 pour former un gouvernement technique. Surtout, Mario Draghi sait tenir bon dans la tempête. Il était à la tête de la Banque centrale européenne au moment de la crise de la dette. Il est même considéré comme le sauveur de l'euro. Celui qui deviendrait « Super Mario » avait promis de faire tout ce « qu'il faudrait », pour sortir la zone euro de l'ornière : le fameux « whatever it takes » (quel qu'en soit le prix). C'est lui qui a entrainé les taux européens en territoire négatif, il a aussi décidé des injections de liquidité via des rachats massifs d'actifs sur les marchés.

Hier, dans son très court discours pour annoncer qu'il acceptait sous réserve la tâche que lui a confiée le président Mattarella, il a pris le temps de s'exprimer sur ce plan de relance et : « Les ressources extraordinaires de l'Union européenne ».  Une opportunité de "faire beaucoup pour le pays avec une attention particulière pour le futur des jeunes générations et la cohésion sociale".

Une « bonne dette » ?

Il y a fort à parier sur le fait que Mario Draghi veillera à ce que les fonds servent en particulier à l'investissement. En août, il avait souligné que si la dette était utilisée à des fins improductives, elle serait considérée comme une mauvaise dette. L'ancien gouverneur de la BCE avait aussi insisté sur l'importance de créer les conditions pour un remboursement à l'avenir. Or la dette italienne s'est envolée et est estimée à 158% du PIB en 2020.

En tous cas, les arbitrages devront se faire rapidement. Le plan doit arriver à Bruxelles d'ici au 30 avril.

L’Union européenne qui lui a réservé un accueil plutôt chaleureux. Le vice-président de la commission, le Grec Margaritis Schinas, a souligné « le respect et l'admiration » que Bruxelles a à son égard.  

La bourse de Milan est tout aussi enthousiaste. Elle a gagné 2 %. Le spread, l'écart entre les taux des dettes italienne et allemande, indice très observé de l'autre côté des Alpes, s'est réduit face au recul du risque politique.

Un signe de confiance en Super Mario. L'espoir peut-être qu'il fera de nouveau « whatever it takes ».

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