Aujourd'hui l'économie

Pourquoi le coup de force des généraux affaiblit l’économie de la Birmanie

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La police anti-émeute bloque une rue alors que les manifestants se rassemblent pour une manifestation contre le coup d'État militaire à Rangoun, le 6 février 2021. (Photo d'illustration)
La police anti-émeute bloque une rue alors que les manifestants se rassemblent pour une manifestation contre le coup d'État militaire à Rangoun, le 6 février 2021. (Photo d'illustration) AFP - YE AUNG THU

En Birmanie la mobilisation contre le coup d’État des généraux ne faiblit pas. Quelle que soit son issue, ce putsch, après le Covid-19, est déjà une nouvelle calamité pour l’économie.

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Le rebond post Covid-19 n’aura pas lieu. Suite au coup d’État la plupart des analystes ont déjà revu à la baisse leur prévision de croissance : ce sera plutôt 2% cette année alors que le double était annoncé après une année 2020 de quasi-stagnation. La menace des sanctions, et surtout le climat d’incertitude pourraient rapidement dissuader les investisseurs étrangers qui financent les gros projets d’infrastructures. Notamment ceux auxquels sont associés les grands conglomérats dirigés par les généraux putschistes. C'est un dilemme pour les investisseurs privés : doivent-ils rompre comme l'a fait Kirin le brasseur de bière japonais ? Le Français Total réfléchit. Le départ des entreprises occidentales présentes, surtout les japonaises, les plus actives en Birmanie, portera un coup à l'économie birmane mais à moyen terme elles pourraient rapidement être remplacées par des sociétés chinoises.

Pékin est le premier investisseur après Singapour, et un grand voisin assez conciliant avec la junte.

C'est pourquoi les menaces de sanctions occidentales inquiètent peu les militaires qui ont pris le pouvoir. Étant donné la faiblesse de leurs échanges commerciaux avec les États-Unis, les effets d'éventuelles sanctions américaines paraissent assez limités, à moins que l’administration Biden n’ait recours à l’arme suprême : l’interdiction de toutes les transactions financières effectuées en dollar ou en passant par des sociétés américaines. De la part des Européens, les Birmans redoutent surtout de perdre l’exemption des droits de douane pour leurs exportations. Un régime préférentiel qui a fait de l’Europe leur deuxième client après la Chine, les 27 absorbent presque le quart des exportations birmanes.

La remise en cause de ce régime pourrait être fatal à l’industrie textile ?

C'est un risque car la Birmanie est devenue l’un des grands fournisseurs des marques européennes comme Mango, Primark et surtout H&M. Depuis 2010 les exportations textiles ont été multiplié par 15 en valeur ; cette activité fait travailler aujourd'hui plus de 500 000 personnes. Mais ce risque paraît limité, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell a souligné hier que les mesures ciblées ne devaient pas frapper la population. Une population birmane qui reste l'une des plus pauvres au monde, malgré l'ouverture croissante de l'économie. Depuis 2010 la croissance galope, en moyenne de 7%, jusqu'au ralentissement de 2019. Les Birmans en ont surtout ressenti les bénéfices après l'arrivée au pouvoir Aung San Suu Kyi, en 2016.

En quatre ans la pauvreté a diminué de moitié, elle concerne encore un birman sur quatre

La dirigeante aujourd'hui assignée à résidence a aussi contribué à façonner un environnement plus favorable aux investissements avec de nouvelles réglementations financières, la création d’une bourse, des efforts pour attirer les investisseurs occidentaux et ainsi contre balancer l'influence de la Chine. Aung San Suu Kyi a aussi désendetté son pays vis-à-vis de ce créancier pesant, la dette due à la Chine s'est dégonflé de 26% pendant son mandat. La Première ministre a aussi revu à la baisse les accords passés avec Pékin notamment pour la construction du grand port sur l'océan Indien devant relier la province du Yunnan. La facture est passée de sept à un milliard de dollars.

En bref : la Société Générale dans le rouge

La troisième banque française encaisse une perte nette de 258 millions d'euros pour 2020. C'est le Covid-19 bien sûr qui l'a fait plonger, surtout au premier semestre, les pertes se montaient alors à 1 milliard 600 millions d'euros. Depuis, la banque remonte la pente mais elle restera vigilante et cherchera encore à limiter ses coûts en 2021.

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