Aujourd'hui l'économie

Souveraineté économique: la France passe à l’action

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Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire lors du point presse sur la situation sanitaire française le 14 janvier 2021.
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire lors du point presse sur la situation sanitaire française le 14 janvier 2021. © Ian Langsdon/AP

La « pépite » française de la vision nocturne, Photonis, a enfin trouvé un repreneur tricolore. Bercy s’était opposé à son rachat par un groupe américain, au nom de la souveraineté économique, la nouvelle doctrine en cours au gouvernement.

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Un engagement qui a trouvé un nouveau terreau propice avec la pandémie de Covid-19. La pénurie de masques a choqué l’opinion et relancé le débat sur le besoin de maîtriser la production de certains produits vitaux, et plus généralement de reprendre la main sur le sort de l'économie française dans un monde globalisé. En décembre, le gouvernement a donc retoqué l’offre faite par l’américain Teledyne sur Photonis alors que l'acheteur avait accepté toutes les conditions posées par l’État. Il y a quinze jours c’est Carrefour qui a dû refuser le rapprochement amical proposé par le québécois Couche-tard à cause du veto de Bercy. De gauche à droite, toute la classe politique applaudit, et pour cause, le souverainisme économique est devenu un thème de campagne. Sa résurgence est quasi automatique en situation de crise.

Est-ce qu’il y a des bonnes raisons économiques de protéger les entreprises françaises?

C’est parfois dans l’intérêt des salariés, souvent maltraités dans les rachats, comme l’a démontré la reprise de la branche énergie d’Alstom par l’américain General Electric. Un rachat qui avait alors été approuvé par Emmanuel Macron quand il était à Bercy. C’est aussi justifié par la crainte de voir un savoir-faire disparaître ou copié, ce qui dégraderait un peu plus le tissu industriel. C'est le cas avec Photonis dont les applications sont très recherchées par l'industrie militaire. En 2020, 270 sociétés se sont senties menacées par des prédateurs extérieurs. La plupart sont des petites entreprises. Cela fait quinze ans que la France s’est dotée d’un arsenal pour bloquer les investissements étrangers susceptibles de mettre en péril ces entreprises de la défense, et de la sécurité. Puis de l’énergie, des télécom, de l’eau et de la sécurité alimentaire. Beaucoup d’États ont des dispositifs défensifs similaires. C’est le cas du Royaume-Uni, des États-Unis bien sûr qui ont une palette d’armes juridiques bien rôdées.

Comment la protection, ou le veto de l'État, est-il perçu par les entreprises visées par ces rachats étrangers?

C’est plutôt rassurant quand l'entreprise va mal, encore faut-il pouvoir trouver une alternative française. Les Chantiers de l’Atlantique devaient être repris par l’italien Fincantieri, l’accord longtemps soutenu par le président Hollande puis par Macron a finalement échoué, au grand soulagement des salariés qui redoutaient la casse sociale et les ambitions de l’investisseurs chinois présent au capital de Fincantieri. Ils ont trouvé un sauveur français il y a quelques jours, le fondateur de Bricorama Jean-Claude Bourrelier est candidat avec le soutien d'acteurs publics pour cette entreprise à 80% aux mains de l'État.

En revanche, Carrefour qui espérait financer sa rénovation grâce à l'offre de Couche-tard doit maintenant trouver d’autres investisseurs

Et cela dans un périmètre qui se réduit désormais à l'Hexagone. Le manque de fonds propres disponibles pour l'investissement est une faiblesse du capitalisme français. Et explique en partie la présence parfois appréciée des investisseurs étrangers. Cela fait bientôt une année que Photonis, une entreprise de taille intermédiaire qui a besoin de capitaux stables pour se développer cherche un repreneur puisque son propriétaire le fonds français Ardian est vendeur. C'est finalement la société d'investissement HLD qui va la racheter, à un prix bien moindre que celui proposé par Teledyne.

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