Aujourd'hui l'économie

L’exode urbain: la malédiction du Covid-19

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Les rues vides de Londres (image d'illustration).
Les rues vides de Londres (image d'illustration). © Justin Tallis/AFP

De Londres à Dubaï, les grandes métropoles se vident, à cause du Covid-19. Une véritable hémorragie dans les pays à forte immigration.

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Plus de 4% de la population s’est littéralement évaporée des pays du Golfe selon l’étude publiée cette semaine par Standard and Poor’s. Et d’après l’agence la capitale mondiale du luxe bling bling, l’émirat de Dubaï, qui attire énormément de touristes, est la cité la plus affectée par cet exode, -sans donner de chiffres précis puisque les Emirats Arabes Unis ne fournissent pas de statistiques sur la nationalité de la main d’œuvre. Oman pour sa part a vu sa population reculer de 12% en un an. Dans cette région du monde les expatriés représentent 80% de la main d’œuvre, ils sont le moteur de la croissance, parce qu’ils apportent des compétences peu répandues localement ou parce qu’ils acceptent des bas salaires.

Et ils sont aussi la variable d’ajustement en cas de crise

Il n'y pas de filet de sécurité sociale pour eux, ils doivent partir dès que l’activité s’essouffle. Historiquement leur afflux est corrélé au prix du pétrole, la principale ressource de la région avec le gaz. Quand les cours sont élevés, les expatriés sont très demandés et quand les cours se replient fortement, la plupart de ces travailleurs pauvres sont très vite remerciés. Leur arrivée dans le Golfe a commencé à ralentir en 2015 après le plongeon du baril de 2014. La crise du pétrole de début 2020 combiné aux effets du ralentissement entrainé par le confinement a carrément provoqué une chute de la population. Une calamité pour les migrants: ils ne peuvent plus envoyer de l’argent dans leur famille. Les pays du Golfe sont l'une des principaux gisements de transfert, le quart des transferts d’argent des expatriés provient de cette région du monde.

Ces migrants ont donc intérêt à revenir au plus vite

Malgré le pic actuel du pétrole à 60 dollars, Standard and Poor’s table plutôt sur un baril autour de 50 dollars cette année, c'est-à-dire un niveau trop faible pour générer une croissance assez vigoureuse pour déclencher leur retour. Par ailleurs ces pays ont tous durci leurs conditions d’accueil des travailleurs étrangers pour privilégier l’emploi national. La région se trouve donc à un moment charnière : avec la reprise post covid elle pourrait réattribuer les emplois aux nationaux et ainsi fournir un travail aux jeunes, les plus touchés par le chômage. Faute d’investissement suffisant dans l’éducation, ils ne seront pas forcément formés ou prêts à accepter des emplois subalternes. La croissance à moyen terme pourrait donc être affaiblie par l'absence de cette main d'œuvre étrangère.

Londres a perdu 8% de sa population, sa situation est-elle comparable à celle du Golfe ?

Comme beaucoup de grandes villes occidentales la capitale britannique a été en partie désertée par les jeunes citadins aspirant à un mode de vie plus tranquille, et moins cher, à la faveur du télétravail. Et elle a été en partie abandonnée à cause du Brexit. Mais comme à Dubaï ou à Riyad c’est surtout le départ des travailleurs étrangers très présents dans les services, qui l’ont dépeuplée, 700 000 habitants sont partis. A cause des confinements, mais aussi à cause de la vigueur de la pandémie, ces travailleurs en majeur parti originaire d’Europe de l’est ont préféré retourner chez eux; ils ont retrouvé une sécurité sanitaire et très vite un emploi. Pas sûrs qu’ils soient très motivés pour le ticket retour. Le Royaume-Uni a perdu au total 1,3 millions d'habitants. Mais les migrants continuent d’être aimantés par ce pays, des arrivants d’autres régions du monde pourraient très rapidement prendre le relais.

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