Aujourd'hui l'économie

Les déboires de l’AstraZeneca vont-ils ralentir la vaccination ?

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On assiste à une vague mondiale de défiance à l'égard du vaccin AstraZeneca.
On assiste à une vague mondiale de défiance à l'égard du vaccin AstraZeneca. © Gabriel Bouys AFP

Le Danemark renonce définitivement à la vaccination par AstraZeneca. À cause des risques, rarissimes mais reconnus, de formation de graves caillots sanguins. L'Union européenne privilégie désormais Pfizer BioNtech. Est-ce déjà la fin de la saga AstraZeneca?

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Il y a effectivement une vague mondiale de défiance à l'égard du laboratoire suédo-britannique. Le Danemark est le premier pays européen à le bannir à cause de ce risque. L'Afrique du Sud l'avait précédé en raison des doutes sur son efficacité face au variant local. Par précaution, la France et l’Allemagne comme d’autres pays voisins réservent son usage pour les plus âgés, moins soumis au risque de thrombose. L’Australie, qui avait basé toute sa campagne sur l'AstraZeneca, est en train de revoir ses plans. Aux États-Unis, le docteur Fauci affirme qu’il y a tellement d’autres vaccins disponibles dans son pays, qu’il ne sera pas nécessaire de recourir à celui-là pour immuniser la population américaine. Le risque d'accident mortel chez ceux qui ont reçu deux injections est infime par rapport à celui de contracter le coronavirus parce qu’on a omis de se faire vacciner. Mais ce message est devenu inaudible: les citoyens aussi sont de plus en plus méfiants, que ce soit en Europe, en Asie ou en Afrique.

Ce rejet de l’AstraZeneca va-t-il ralentir la lutte contre le Covid-19?

C'est ce qu'on redoute puisque ce vaccin joue un rôle central dans beaucoup de régions. Il a été le plus commandé, car c'est le moins cher et le plus facile à conserver. Mais il n'est pas le plus produit et le plus livré, car le géant de la pharmacie spécialisé dans les biotech s’est révélé un piètre fabricant de vaccin. Au lieu des 150 millions de doses promises aux Européens au second trimestre, il ne leur en fournira que la moitié. C'est surtout cette déroute industrielle face à une demande pressante qui ralentit la campagne de vaccination. Selon la presse italienne, l’Europe horripilée par le laboratoire, ne lui renouvellera pas ses commandes en 2022. Des incertitudes pèsent aussi sur le vaccin de Jonhson and Johson, qui lui aussi présente des risques de thrombose. La fin de la campagne de vaccination prévue en septembre parmi les 27 pourrait être retardée à décembre si ce dernier était lui aussi abandonné. Les 27 misent dorénavant sur l'américain Pfizer. En revanche, Covax maintient le recours à l'AstraZeneca pour desservir les pays les plus pauvres.

Pfizer BioNtech, grand gagnant de cette course aux vaccins?

Malgré son prix, il est six fois plus cher que l'AstraZeneca vendu à prix coûtant, à deux euros la dose, le labo américain est devenu le plus gros fabricant. Son produit basé sur la technologie révolutionnaire de l’ARN messager est en train d’éclipser les formules classiques. AstraZeneca survivra à cette déconvenue. Ses activités traditionnelles sont prospères. Son bénéfice a doublé en 2020. Et si AstraZeneca garde l'espoir de vaincre les réticences du public, il a encore l'espoir de rentabiliser son vaccin, même avec une faible marge. 

Dans l’ombre d’Astra Zeneca il y a aussi Vaccitech, la start up issue de l'université d'Oxford

Elle recevra 1,4% du bénéfice futur de sa découverte. Pressée de capitaliser sur le succès initial du vaccin aujourd'hui rejeté elle devrait faire son entrée à Wall Street dans les prochaines semaines. Elle rêve d'un parcours aussi fulgurant que celui de ses concurrents. La valeur de l'action de BioNtech a quadruplé depuis la découverte de son vaccin ARN, celle de Moderna a été multiplié par six.  

En bref

La Russie menacée par de nouvelles sanctions américaines. L'administration Biden veut punir les cyberattaques contre un logiciel de Solarwind très répandu dans les entreprises américaines. Ces représailles pourraient être détaillées dans la journée.

La plateforme d'échanges de cryptomonnaies Coinbase a fait une entrée triomphale à Wall Street. À l'issue de sa première journée de cotation, la société pèse 86 milliards de dollars, c'est la plus grosse valorisation jamais accordée à une entreprise américaine entrant à la Bourse.

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