Aujourd'hui l'économie

Procès autour d’un scandale financier au Vatican

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Le procès du cardinal Becciu et de ses 9 co-prévenus, jugés pour divers délits financiers, s'est ouvert ce mardi 27 juillet 2021, devant le tribunal pénal du Vatican. Il se tient dans une salle aménagée pour l'occasion dans les musées du Vatican.
Le procès du cardinal Becciu et de ses 9 co-prévenus, jugés pour divers délits financiers, s'est ouvert ce mardi 27 juillet 2021, devant le tribunal pénal du Vatican. Il se tient dans une salle aménagée pour l'occasion dans les musées du Vatican. © AP - Divisione Produzione Fotografica

Hier, mardi 27 juillet, s’est succinctement ouvert avant d’être renvoyé au 5 octobre un procès autour d'un scandale financier pas tout à fait comme les autres. Le cardinal déchu Angelo Becciu figure parmi les dix prévenus qui doivent répondre de fraude, détournement de fonds, blanchiment ou encore extorsion. C'est la première fois qu'un religieux de si haut rang comparaît devant le tribunal du Vatican. Au cœur de l’histoire un investissement immobilier ruineux à Londres. 

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Le projet porte sur l’achat d’un immeuble dans le « So chic » quartier londonien de Chelsea pour y créer une cinquantaine d'appartements de luxe.

Dans les années 2013-2014, la secrétairerie d’État, le cœur de la Curie romaine, emprunte plus de 200 millions de dollars, notamment au Crédit suisse pour investir dans un fonds luxembourgeois. La moitié de la somme doit servir à acheter un peu moins de la moitié de l’immeuble londonien, l’autre à réaliser des placements boursiers. Mais voilà, l’homme d’affaires à la tête de ce fonds investit l’argent de l’Église pour des « opérations spéculatives », des rachats de banques fragiles, par exemple. Quatre ans plus tard, le Vatican met fin à cette alliance avec le fonds, mais pas aux déboires.

Les deux ans d'enquête ont mis en évidence l'utilisation imprudente du denier de Saint-Pierre, la collecte de dons dédiés aux actions caritatives.

Sans lien avec l'achat londonien, le procès s'intéressera aussi à des sommes coquettes versées à des proches du cardinal Becciu.

Pourfendeur de la spéculation financière

Au-delà de ses finances, ces affaires ont terni l'image du Vatican alors même que le pape François dénonce régulièrement la spéculation financière.

La réforme des finances du Vatican était même l'une de ses priorités. Jorge Bergoglio est devenu pape en 2013, un an après le premier Vatileaks. Avaient alors été publiés une série de documents faisant état de cas de corruption et de mauvaise gestion.

À cette époque, Benoît XVI avait déjà fait un pas vers plus de transparence. Pour se mettre en conformité avec les normes internationales, il a créé l’AIF, l'Autorité d'information financière, qui a depuis été restructurée. Deux anciens dirigeants de cet AIF sont appelés à comparaître dans le cadre du procès qui vient de s'ouvrir.

Quant au pape François, il a créé un secrétariat de l’Économie, un « ministère » chargé de superviser la gestion du Vatican.

En 2019, est lancée la réforme de l'IOR, l'Institut pour les œuvres de religion, c’est-à-dire la banque du Vatican. L'une des mesures phares : ses bilans financiers doivent être vérifier par un commissaire aux comptes externe et non plus en interne ! Quelques années plus tôt, 5000 comptes en banque suspects avaient tout de même déjà été fermés.

La réforme n'est pas encore achevée. Mais, ce procès doit être une page tournée vers plus de transparence. Sur ce point, un autre pas a été franchi. Il y a quelques jours, l'État pontifical a publié pour la première fois des informations sur son patrimoine immobilier.

Patrimoine immobilier révélé

Le plus petit État du monde possède plus de 5000 propriétés, dont 80% en Italie. Seulement 14 % sont louées aux prix du marché, les autres le sont à tarifs réduits. Il faut bien sûr prendre en compte que 40% des bâtiments sont institutionnels : des écoles, des couvents ou encore des hôpitaux.

Les documents montrent aussi que l’Administration du Patrimoine du Siège apostolique possède des propriétés dans des quartiers huppés de Genève, Lausanne ou Paris.

L'état des finances du Saint-Siège a aussi été publié. En 2020, les comptes étaient moins déficitaires qu'en 2019, mais déficitaires tout de même, à hauteur de 65 millions d'euros.

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