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Sous les serres, les tropiques

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Des plantes de trois continents sont abritées sous la serre tropicale du Jardin des Plantes à Paris.
Des plantes de trois continents sont abritées sous la serre tropicale du Jardin des Plantes à Paris. © RFI/Florent Guignard

Un voyage tropical à Paris ? Rendez-vous sous les Grandes serres du Jardin des Plantes, l'héritage lointain des premiers explorateurs européens qui rapportaient des végétaux des pays chauds pour les faire pousser malgré le climat tempéré.

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Un vent puissant souffle sur Paris ce jour-là, à tel point que les autorités ont ordonné la fermeture du Jardin des Plantes, comme l'ensemble des parcs de la capitale française. A peine 7 degrés en température ressentie, et pourtant, dans cet ancien Jardin royal fondé par Louis XIII au XVIIe siècle, une dense végétation originaire des tropiques pousse sans se soucier du temps qu’il fait. À l’abri du vent, et du froid, sous des cathédrales de verre et d’acier.

« Quand vous entrez là, vous vous dites : ‘C’est trop beau !’ », s’émerveille encore des années après Noëlle Parisi, la responsable des Grandes serres du Jardin des Plantes du Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Et c’est vrai qu’elles sont « trop » belles, ces plantes venues de tous les continents, qui forment ici une véritable forêt tropicale, une jungle en plein Paris, dans la plus imposante des serres, bâtie dans les années 1930. « On retrouve des plantes qui viennent à la fois d’Amazonie, du bassin du Congo et d’Asie du sud-est, précise Noëlle Paris, et tout est mélangé dans un joyeux fourre-tout. »

Le survivant de l’hiver 1945

Trois continents en un, dans cette forêt importée où foisonnent arbres, bananiers, lianes, fougères, orchidées ou encore palmiers, comme le « Grand Sabal », comme on l’appelle ici, un Sabal bermunada, originaire des Caraïbes, dont la cime n’est pas loin d’atteindre le plafond de verre, à 18 mètres de hauteur. Il est le doyen de tous les végétaux, d’ici et de toutes les serres parisiennes. Le seul rescapé de l’hiver 1945. On est juste après la guerre, et le charbon manque pour chauffer les Parisiens. Tant-pis pour les serres, dont on coupe la chaudière. Les plantes sont sacrifiées.

Les « grandes frileuses », habituées aux températures tropicales, ont besoin de soleil, de chaleur, et d’humidité. 75% d’humidité et des températures comprises entre 20 degrés l’hiver, et jusqu'à 40°C quand le soleil estival cogne contre le verre. Une humidité et une température constantes, pour qu’ici, comme sous les tropiques, les plantes poussent à la vitesse de la lumière. Et notamment les ficus. L’un d’entre eux est particulièrement remarquable, avec ses racines sorties de terre, qui forment un long muret de cellulose. « Celui-ci est extraordinaire en terme de croissance, s’enthousiasme la responsable des serres du Jardin des plantes. On va l’élaguer le mois prochain, et si vous revenez dans trois mois, ce sera comme si on n’avait rien fait ! »

La racine d'un ficus à la croissance «extraordinaire».
La racine d'un ficus à la croissance «extraordinaire». © RFI/Florent Guignard

À quoi sert une serre ?

La première serre chauffée à Paris remonte à Louis XIV, qui venait de recevoir un somptueux cadeau, pour l'époque : un plant de café, offert par le bourgmestre d’Amsterdam. Une forme de diplomatie des plantes. Les premières serres n’avaient qu’une utilité médicale, pour les plantes médicinales, puis scientifique avec le développement de la botanique et la découverte de nouvelles espèces que ramènent les explorateurs européens. Mais très vite, la dimension économique prend le pas. Les plantes sont une richesse qu’on importe et qu’on exporte dans ses colonies. L’actuelle vanille cultivée sur l’île de la Réunion, par exemple, est issue d’une plante rapportée d’Amérique du sud, multipliée sous serre avant d’être expédiée dans l’océan Indien. La mondialisation de l'économie a commencé par les plantes.

La majesté des serres, et la richesse qu’elles abritent, littéralement, leur confère aussi une dimension symbolique. À quoi sert une serre ? À montrer sa puissance. « Les serres sont une vitrine de la grandeur et des moyens de l’État, analyse Noëlle Parisi. On peut aller au loin, ramener des plantes, les cultiver. C’est une vitrine de ce qu’on est capable de faire. Il faut aussi se mettre à la place des gens de l’époque. C’était fabuleux de voir des végétaux qui poussaient en Afrique ou en Amérique, là où on n’allait pas, puisqu'il n’y avait pas d’avion. » Aujourd'hui encore, le voyage reste fabuleux.

LA QUESTION DE LA SEMAINE
«
 10 ans après la catastrophe nucléaire, comment va la nature à Fukushima ? »

Plutôt pas trop mal, si l’on en juge par des images saisies dans les forêts de Fukushima, vierges de toute présence humaine depuis 10 ans. On y voit des macaques, des renards, des civettes, et même un ours noir d’Asie, l’ours à collier, censé avoir disparu dans la région. Les abeilles butinent les rhododendrons fleuris, et les sangliers font des petits. Oui, la vie reprend à Fukushima. Parce que les habitants de la zone sinistrée par les radiations ont déserté. Comme si les animaux redoutaient moins la radioactivité que les humains.

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