Accéder au contenu principal
Chemins d'écriture

Roukiata Ouedraogo, des faubourgs d’Ouagadougou aux planches des théâtres parisiens

Audio 03:47
Comédienne, humoriste, chroniqueuse sur France Inter, Roukiata Ouedraogo vient de signer son premier roman intitulé "Du miel sous les galettes".
Comédienne, humoriste, chroniqueuse sur France Inter, Roukiata Ouedraogo vient de signer son premier roman intitulé "Du miel sous les galettes". © Pascal ITO

Débarquée en France à la fin des années 1990, la Burkinabè Roukiata Ouedraogo s’est imposée sur la scène française comme une ambassadrice talentueuse du rire à l’Africaine. Comédienne, humoriste, chroniqueuse sur France Inter dans l’émission « Par Jupiter ! », l’artiste vient de signer son premier roman dans lequel elle brosse un portrait inoubliable de sa mère, tout en résilience et en dignité.

Publicité

« Le français n’est pas ma langue maternelle. Moi, d’origine, je suis plutôt mooréphone. Je suis devenue francophone à l’école, dictée après dictée. Vous n’imaginez pas le calvaire ! (…) Avec leurs chicotes et leurs dictées, nos instituteurs nous ont peu à peu ouverts à un univers tellement vaste ! En Afrique, si je peux être comprise dans presque un pays sur deux, ce n’est pas grâce au mooré, mais au français. Si je peux jouer mes spectacles en France, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, au Québec, et dans tant de pays d’Afrique, si on comprend mes chroniques jusqu’aux îles du Pacifique ou des Caraïbes, c’est grâce au français. C’est dans la langue de Molière que je suis devenue comédienne. »

L’auteur de ce bel hommage à la francophonie est Roukiata Ouedraogo. Originaire du Burkina Faso et établie en France depuis vingt ans, Roukiata Ouedraogo est comédienne, chroniqueuse à la radio et romancière depuis la parution cet automne de son premier roman. Dans cet ouvrage autofictionnel et nostalgique, joliment intitulé, Du miel sous les galettes, l’auteur tient la chronique douce-amère d’un drame qui a bouleversé son enfance.

« Rouki », comme ses amis la surnomment, est née en 1979 à Fada N’Gourma, la deuxième plus grande ville du pays des Hommes-Intègres, où son père était fonctionnaire de l’État. Le roman raconte l’histoire de ce  père qui, victime d’une erreur judiciaire, dut passer plusieurs années en prison, avant que la justice ne reconnaisse son erreur et le libère.

Toutefois, le personnage principal de ce beau livre n’est pas le père, mais la mère de la romancière. Le roman brosse le portrait d’une admirable « Mère courage », qui pendant les longues années d’incarcération de son mari, dut subvenir seule aux besoins de ses sept enfants. Elle s’était aussi attribuée la mission de convaincre les plus hautes autorités judiciaires du pays de l’innocence de son époux, ce qui impliquait des voyages fréquents à la capitale, Ouagadougou, avec Roukiata, sa dernière-née, - encore un bébé - accrochée à son dos.

Aussi, ce roman est-il un hommage à la mère et plus encore, comme le déclare, la romancière. « Moi, le courage féminin me fascine. Il y a qu’à aller en Afrique pour voir les femmes se lever chaque matin à 3 heures. Elles sont sur leur vélo, leur bébé au dos. Elles vont faire des kilomètres pour aller chercher des carottes, des tomates, des salades pour venir les vendre sur le marché. D’autres balaient le goudron à 4 heures du matin. Je trouve que les femmes font face à beaucoup de choses en Afrique, comme partout dans le monde. C’est vraiment pour rendre hommage à la femme en général, ce bouquin. »

« Maman était solide comme un roc », écrit la fille, en se remémorant ces années de pénurie et de combats au quotidien de sa mère. Pour assurer le minimum vital, celle-ci faisait des heures de ménage et préparait des galettes au miel  particulièrement succulentes que les clients étaient de plus en plus nombreux à venir chercher, parfois de l’autre bout de la ville. La saveur de ces délicieuses galettes de maman est restée gravée dans la mémoire inconsciente de la fille. Et c’est ainsi que, près de 40 ans après les événements, prenant un matin son petit déjeuner dans un grand hôtel parisien, lorsque la romancière porte à la bouche une crêpe au miel, tout le passé ressurgit. Cette dimension proustienne n’est pas étrangère à la magie du récit que raconte Roukiata Ouedraogo dans son roman.

Étonnant parcours, celui de cette Burkinabè que rien ne prédisposait à l’écriture, ni aux spectacles humoristiques de « one-woman show » qui l’ont révélée. Arrivée à Paris à 20 ans pour rejoindre son frère, elle nourrissait le secret espoir de devenir styliste, mais dut faute de moyens remettre ses rêves dans sa valise, avant d’en jeter la clé dans la Seine, comme elle aime le dire. Puis, celle-ci a été tour à tour caissière, femme de ménage, maquilleuse, avant d’embrasser la carrière de comédienne grâce à une formation suivie au célèbre cours Florent.  Cette formation sera un tournant dans la carrière professionnelle, voire intellectuelle de la romancière.

« Moi, petite fille au Burkina, se souvient-elle, je n’ai pas beaucoup lu. À l’école on ne lisait pas, à part les manuels. Et en fait, l’écriture, les livres, la littérature, sont venus quand je suis arrivé ici en France. C’est avec les cours de théâtre aux Cours Florent que j’ai découvert les écrivains. Bien sûr, je connaissais des écrivains africains, mais vraiment, je ne m’intéressais pas aux bouquins. C’est avec les Cours Florent que j’ai explosé de soif de vouloir apprendre et de lire. »

Son diplôme d'arts dramatiques en poche, la comédienne se lance en 2008 dans le théâtre, se spécialisant dans des spectacles seule en scène, écrivant elle-même ses textes et ses rôles afin de porter des œuvres personnelles qui ont du sens pour elle. Avec son dernier spectacle intitulé Je demande la route, elle en est aujourd’hui à son cinquième « one-woman show » qui affirme son aptitude d’actrice comique. 

Un sillon que Roukia Ouedraogo creuse sur France Inter où elle officie depuis trois ans comme chroniqueuse dans l’émission quotidienne humoristique Par Jupiter !, aux côtés de la jeune génération de comiques montants de France et de Navarre. Solaire et truculente, la Burkinabée a su s’imposer sur les ondes de la radio française comme la voix du rire à l’Africaine. Avec malice et une assurance grandissante chaque jour, elle décrypte l’actualité franco-africaine.

Tout y passe, d’Emmanuel Macron à Alassane Ouattara, en commençant par le retour en Afrique des artefacts pillés pendant la colonisation, le sort des tirailleurs sénégalais et les dictateurs que Paris soutient au grand désespoir des Tchadiens, des Camerounais et autres Gabonais. Les chroniques, racontées dans une langue riche en accents, en chaleur et en joie de vivre, connaissent un succès retentissant.

A 40 ans passés, la comédienne est encore étonnée de son parcours qui l’a conduite des faubourgs de Ouagadougou aux planches des théâtres parisiens. Selon ses proches, le secret de cette réussite est à chercher dans l’inépuisable capacité de l’intéressée à prendre des risques pour aller chercher le miel qui se cache sous les galettes. Du miel sous les galettes. Jamais le titre d’un premier roman n’a peut-être collé d’aussi près à la destinée de son auteure.

Du miel sous les galettes, par Roukiata Ouedraogo. Editions Slaktine et Cie, 270 pages, 17 euros.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.