Chronique des médias

Facebook tente de faire plier la loi en Australie

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Les 11 millions d’abonnés au réseau social en Australie n’ont plus accès à aucun article de presse, même venant de médias internationaux.
Les 11 millions d’abonnés au réseau social en Australie n’ont plus accès à aucun article de presse, même venant de médias internationaux. © REUTERS/Str

Facebook a engagé un bras de fer avec le gouvernement australien en bloquant cette semaine le partage des contenus de médias.

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Sauf accord de dernière minute, ce n’est pas la peine de chercher à partager avec des amis des articles ou des vidéos de journaux australiens sur Facebook. Ils ne sont tout simplement plus accessibles. Et pour les 11 millions d’abonnés au réseau social en Australie, c’est encore plus grave : ils n’ont plus accès à aucun article de presse, même venant de médias internationaux.

Ainsi en a décidé le géant en représailles à un projet de loi du gouvernement australien qui vise à obtenir une rémunération pour la reprise des contenus médias. Pas question, dit Facebook, ce sont les éditeurs qui tirent avantage à être exposés chez nous, « nous gagnons peu d’argent avec l’information, argue-t-il, laquelle représente moins de 4 % des publications vues par les utilisateurs ». Et pour l’emporter dans ce bras de fer, le réseau social n’a pas seulement bloqué des médias puisque des pages de services d’urgence se sont aussi évaporées avant d’être rétablies.

Code de négociation australien dissuasif

Si Mark Zuckerberg a choisi d’aller aussi loin, c’est parce que le « code de négociation » que propose le gouvernement australien est assez dissuasif. Il demande bien sûr aux acteurs de négocier, à Facebook donc de s’entendre sur un montant donné avec les éditeurs de médias. Mais le législateur précise aussi que si ces mêmes acteurs n’y arrivent pas, alors ce sera un arbitre extérieur, australien, qui tranchera en faveur d’une des deux offres. Et là, bien sûr, Facebook craint à raison que ce soit en faveur des médias.

► À écouter aussi : Mark Zuckerberg, le patron qui défie l’Australie

Au passage, on voit qu’on aurait pu arriver à exactement la même chose en France avec la loi sur les droits voisins en mettant les Gafa sous la menace d’une loi qui se substituerait aux acteurs en cas d’échec des négociations. Mais comme l’a raconté cette semaine à l’Association des journalistes médias Denis Olivennes, le patron de Libération, Emmanuel Macron s’y est opposé cet été, pour ne pas risquer l’affrontement avec les Gafa, ce qui a conduit les quotidiens à rechercher des accords particuliers avec Google.

Des titans qui ne sont pas au-dessus des lois

Pourtant, on voit que les États sont les seuls à même de résister à ces mastodontes. News Corp, le groupe de Rupert Murdoch qui édite le Wall Street Journal comme le Sun ou The Australian, a signé, enfin, un accord de partage des revenus publicitaires avec Google. Les groupes Nine et Seven West ont obtenu du moteur de recherche 20 millions de dollars chacun, selon la presse australienne.

Facebook, de son côté, négocie encore ce week-end, pour payer le moins possible. Josh Frydenberg, le ministre australien des Finances, s’est entretenu avec Mark Zuckerberg, mais il est bien résolu à ne pas céder à la menace d’un titan qui se croit au-dessus des lois.

 

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