Chronique des médias

Lagardère: le tournant de la rigueur en 2021

Audio 02:26
Arnaud Lagardère.
Arnaud Lagardère. Reuters

Nous parlons du groupe Lagardère qui a présenté cette semaine ses résultats annuels et qui s’attend à de profondes modifications de son périmètre, à la fois dans les médias et l’édition.

Publicité

« On ne vendra pas Europe 1 », c’est une phrase qui est restée dans les mémoires car elle a été prononcée par Arnaud Lagardère il y a près de deux ans, le 10 mai 2019. Le patron estimait alors qu’il ne pouvait se défaire de cette radio par « fidélité à Jean-Luc », le père fondateur, qui l’avait rachetée et dirigée dans les années 1970. Las, cette ferme intention, comme l’ambition de la gauche après 1981, n’a pas duré deux ans. Car c’est à un véritable tournant de la rigueur que s’attèle désormais le groupe Lagardère, en envisageant des cessions dans l’édition où il contrôle Hachette et dans les médias où il possède encore Europe 1, Paris Match et le Journal du dimanche.

Pourquoi de telles cessions annoncées ? Et bien d’abord parce que cela permet à Arnaud Lagardère, très endetté à titre personnel, de se renflouer. Or en 2020, son groupe a eu des résultats catastrophiques en raison de l’effondrement de la vie des commerces dans les gares et les aéroports. La branche Travel Retail dans laquelle on retrouve les fameuses boutiques Relay a perdu 60% de son activité, ce qui a entraîné pour le groupe lui-même une perte de 660 millions d’euros et un recul de 38% du chiffre d’affaires. Heureusement qu’Arnaud Lagardère peut compter sur sa branche d’édition, avec Hachette, qui a très bien tiré son épingle du jeu malgré le Covid.

Le patron d’Hachette Livre, Arnaud Nourry, s’est d’ailleurs senti suffisamment conforté par ses résultats pour mettre en garde dans Les Echos contre « tout mouvement de démantèlement » de sa branche qu’il juge « insupportable ».  Car, depuis quelques temps, tout Paris bruisse de rumeurs qui passent pour des demi-vérités : Arnaud Lagardère va partager son groupe entre ses deux principaux actionnaires : Vincent Bolloré et Bernard Arnault. On sait que ce dernier, le patron de LVMH, est venu épauler Arnaud Lagardère en lorgnant le Journal du dimanche et Paris Match qui renforceraient son groupe où on trouve déjà Les Echos, Le Parisien, Investir et Radio classique. Reste donc pour Bolloré Europe 1, qu’il souhaite rapprocher de sa chaîne CNews, et peut-être aussi l’activité internationale d’Hachette qu’il pourrait marier à sa filiale Editis ; d’où la colère d’Arnaud Nourry.

Officiellement, Arnaud Lagardère dit que rien n’est tranché et qu’il veut que ses deux actionnaires se mettent d’accord. Une chose est sûre, c’est que Vincent Bolloré n’est pas bien vu des rédactions et des auteurs, notamment en raison des procès et des limogeages à la hussarde qu’il leur a infligé. Est-ce que cela peut conduire Bernard Arnault à jouer un rôle plus important qu’escompté ? C’est toute la question.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail