Chronique des médias

Relations dégradées entre la presse et la police

Audio 02:27
La commission constate une « relation dégradée » entre les journalistes et les forces de l'ordre.
La commission constate une « relation dégradée » entre les journalistes et les forces de l'ordre. © AP/Francois Mori

Retour sur le rapport Delarue sur les relations entre la presse et les forces de l’ordre en France. Des relations de plus en plus tendues, d’après ce rapport.

Publicité

On l’a vu ces derniers jours avec les meurtres de deux fonctionnaires de police, à Rambouillet et à Avignon, les forces de l’ordre attirent la considération des médias quand elles sont victimes. Rarement quand elles maintiennent l’ordre. Des journalistes ou vidéastes se sont plaints de ne plus pouvoir suivre une manifestation sans être la cible de policiers qui voient dans leur travail une menace. C’est pourquoi le Premier ministre a chargé une commission indépendante, présidée par Jean-Marie Delarue, de formuler des propositions (rapport à consulter ici).

La commission constate d’abord une « relation dégradée » et notamment depuis les Gilets jaunes, car tout repose sur des intérêts réciproques. De même que la police avait besoin des médias pour diffuser des informations, la presse faisait appel à ses localiers pour faire la tournée des commissariats. Les deux mondes se fréquentaient. Mais aujourd’hui la police a une communication professionnalisée, centralisée, ce qui signifie pour les journalistes une « parole descendante et aseptisée ».

Garantir l'intégrité physique des journalistes

Or les médias constatent une visibilité accrue donnée aux manifs sur les téléphones et cherchent donc à montrer le côté des manifestants. Résultat, les policiers sont tentés de penser que « vrais et faux journalistes » ne sont là que pour traquer les violences policières. Il s’agit donc pour eux de gagner une « guerre de l’image ». Car l’institution est capable de diffuser directement ses messages sur Internet. Depuis peu, elle filme d’ailleurs ses interventions et les diffuse, au besoin, sur les réseaux sociaux.

► À écouter aussi : Qu'est-ce qui définit un journaliste en France ?

Le rapport demande que les forces de l’ordre garantissent l’intégrité physique des journalistes, notamment en leur permettant de se protéger des manifestants comme des policiers. Il appelle aussi à garantir la liberté d’informer sans entrave et la captation d’images, « que celle-ci soit le fait de journalistes ou non », est-il précisé. Et si l’on peut reconnaître la légitimité de protéger les données personnelles des policiers, cela se vérifie au niveau de la diffusion, pas de la captation elle-même, ajoute le rapport.

Enfin, il est recommandé de faciliter l’accès des journalistes aux périmètres de sécurité ou aux manifestations interdites. En contrepartie, ceux-ci doivent bien se démarquer des acteurs en ayant un rôle d’observateur, ou alors en portant un signe distinctif. Comme tout citoyen, le journaliste doit aussi pouvoir identifier le numéro d’un fonctionnaire. Quant à la relation entre journaliste et policier, elle dépend bien sûr des liens non institutionnels, mais aussi de la réalité du traitement des plaintes à l’égard de la police.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail