Chronique des médias

Cours Nicolas, le vieux monde est devant toi

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Les chaînes de télévision privées françaises TF1 et M6 envisagent de fusionner. (Image d'illustration)
Les chaînes de télévision privées françaises TF1 et M6 envisagent de fusionner. (Image d'illustration) AFP/File

Un projet de fusion entre les groupes TF1 et M6 a été annoncé cette semaine alors même qu’on observe plusieurs grandes manœuvres dans les médias outre-Atlantique.

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C’est un projet qui a fait l’effet d’un petit tremblement de terre puisque TF1 et M6, les frères ennemis d’hier, projettent de fusionner avant la fin 2022, si toutefois le CSA et l’Autorité de la concurrence donnent leur accord. Pour cela, Bouygues va devenir l’actionnaire de contrôle exclusif d’un nouvel ensemble qui rassemblera les groupes TF1 et M6, pendant que Bertelsmann, à travers sa filiale RTL Group, se contentera d’une participation de 16%.

Alors, bien sûr, la motivation de ce type d’opérations, comme dans toute fusion, c’est de faire des économies d’échelle, 300 millions d’euros dans le cas d’espèce, même si le patron de Bouygues Olivier Roussat s’est engagé à ce qu’il n’y ait pas de départs contraints. Il s’agit aussi de construire une position de force en faisant remonter les prix de la publicité télé que le nouvel ensemble dominera à 70% et, peut-être aussi, de faire baisser les coûts des programmes. D’ailleurs, c’est Nicolas de Tavernost, l’actuel président de M6 qui est annoncé à la tête de cette entreprise. L’homme est connu pour être un patron très économe, « radin » même disent certains, mais il est aussi très fort pour dégager de la marge bénéficiaire. Soyons certain que ce redoutable lobbyiste saura crier « à l’assassin » si l’Autorité de la concurrence lui demande de rendre des fréquences de chaînes trop importantes comme TMC, W9 ou LCI.

Officiellement la fusion est justifiée par deux choses. D’abord la concentration dans la publicité autour de Google-Youtube et de Facebook, qui marginalisent la télévision à travers le développement de la publicité vidéo. Ensuite, TF1 et M6 estiment qu’ils seront plus forts à deux pour résister à Netflix, Disney + ou Amazon Prime. Bref l’idée est de faire un champion français capable d’amortir des programmes sur une plus grande surface, même si le déséquilibre avec Google ou Netflix. sera aussi béant après la fusion qu’avant. Et c’est sans compter les risques sur le pluralisme des contenus.

En réalité, cette fusion annoncée est le nouvel épisode de la concentration qui caractérise un marché de l’image qui se mondialise. Cette semaine, aux États-Unis AT&T a annoncé la fusion de WarnerMedia, le propriétaire de CNN ou de HBO avec Discovery, qui possède Eurosport. Un mois plus tôt, c’est le groupe mexicain Televisa qui se rapprochait de l’américain Univision pour toucher le marché hispanophone. A chaque fois, il s’agit d’être plus fort pour résister à Netflix. Alors bien sûr, c’est pour créer des plateformes de streaming commune mais aussi pour défendre le plus longtemps possible les positions du vieux monde. Et ça, c’est pas très nouveau.

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