Chronique des médias

Facebook dans le viseur de Bruxelles

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Facebook est soupçonné par la Commission européenne et le Royaume-Uni, d’abuser de sa position dominante.
Facebook est soupçonné par la Commission européenne et le Royaume-Uni, d’abuser de sa position dominante. © AFP/Olivier Douliéry

Facebook est de plus en plus dans le collimateur de l’exécutif européen à la fois pour ses pratiques commerciales et la place qui est faite sur sa plateforme à la désinformation.

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Pour une fois, Bruxelles et Londres se sont entendus pour enquêter sur Facebook qu’elles soupçonnent l’une et l’autre, au nom de la Commission européenne et du Royaume-Uni, d’abuser de sa position dominante. Bruxelles se demande si le géant n’aurait pas profité de sa connaissance des données des utilisateurs, que lui apportent les publicités sur sa plateforme, pour mettre en avant son service d’annonces en ligne.

Londres se demande la même chose en y ajoutant un soupçon de favoritisme du service de rencontres en ligne de la plateforme, Dating. « Nous examinerons si ces données confèrent à Facebook un avantage concurrentiel indu », a déclaré vendredi la commissaire à la concurrence, Magrethe Vestager.

Accentuer la lutte contre la désinformation

Et ce n’est pas la seule commissaire qui se penche en ce moment sur le mastodonte des réseaux sociaux. Mercredi, Thierry Breton, commissaire au Marché intérieur, a présenté un plan visant à renforcer les pratiques des plateformes par rapport à la désinformation. C’est tout le sens de la directive Digital Services Act, qui doit être adoptée l’an prochain.

Elle doit obliger les plateformes comme Facebook et Google à mettre en place des pratiques pour lutter contre les infox. Ce qui n’est pas tout à fait gagné, car selon une étude de la BBC, rien qu’en France, les pages Facebook anti-vaccins, par exemple, ont reçu près de 4 millions de likes, soit une croissance de 27 % en un an.

Depuis trois ans, il existe déjà un code de bonnes pratiques, mais, comme dit Vera Joucova, la vice-présidente de la Commission, « il a montré ses limites », car il n’est respecté dans son intégralité par aucune plateforme. Sous peine d’amendes, la directive est donc censée dissuader la désinformation. À travers la Journalism Trust Initiative, Reporters sans frontières souhaite une obligation de mettre en évidence des sources fiables et de leur accorder une grande visibilité sur les fils d’actualité.

Un mécanisme d’autorégulation pour contrer les critiques

Car pour l’instant, c’est plutôt l’inverse qui se passe. Comme l’explique le patron des Echos et du Parisien, Pierre Louette, dans Le Monde, « n’oublions jamais que Facebook vit seulement de la publicité qu’il vend. Et que c’est en mettant en avant, par le jeu des algorithmes, les contenus les plus excessifs, ceux-là mêmes qui polarisent et génèrent le plus d’engagements, qu’elle engrange un maximum de revenus publicitaires ».

Pour contourner la critique, Mark Zuckerberg s’est empressé d’annoncer un mécanisme d’autorégulation avec une « cour suprême » supranationale dépendant de Facebook. C’est elle qui décide si Donald Trump peut rester sur le réseau. On peut préférer le code européen et l’incitation bruxelloise à y adhérer.

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