Chronique des matières premières

Joe Biden va-t-il se précipiter pour enterrer le projet d’oléoduc Keystone XL?

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Des tuyaux du projet d'oléoduc Keystone XL stockés dans un dépôt à Gascoyne, Dakota du Nord, en janvier 2017.
Des tuyaux du projet d'oléoduc Keystone XL stockés dans un dépôt à Gascoyne, Dakota du Nord, en janvier 2017. © REUTERS - Terray Sylvester

C’est l’un des projets emblématiques que Joe Biden pourrait remettre en cause dès les premiers jours de son mandat, parce qu’associé aux énergies fossiles : l’oléoduc Keystone XL, relancé par Donald Trump et censé relier les gisements de pétrole de l’Alberta canadien aux raffineries du golfe du Mexique, pourrait cependant être sauvé par les dernières propositions très « vertes » et sociales de son opérateur.

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TC Energy joue son va-tout pour sauver l’extension de Keystone XL, présenté ni plus ni moins par son PDG comme « le projet d’oléoduc le plus vert jamais conçu ». Il s’agit jusqu'au bout de convaincre le nouvel hôte de la Maison Blanche qu’il aurait tort de se précipiter à condamner ce pipeline, en abrogeant son permis dès les premiers jours de son mandat. TC Energy vient donc de faire des propositions pour rendre son oléoduc, associé à la forme d’extraction pétrolière la plus polluante, celle des sables bitumineux de l’Alberta, au Canada, plus respectable au niveau environnemental et social.

Les pompes de l’oléoduc marcheront à l’éolien et au solaire

TC Energy s’engage ainsi à dépenser près de 2 milliards de dollars – en plus des 8 à 9 milliards que lui coûtent déjà le pipeline, pour produire de l’énergie éolienne, de l’énergie solaire, et les batteries électriques qui alimenteront les pompes chargées de pousser le brut dans les tuyaux. De quoi rendre, à terme, le projet neutre en carbone, estime l’opérateur, qui promet également de n’employer à la construction du pipe, sur le sol américain, que des salariés syndiqués. Un accord avec quatre syndicats a été conclu en août dernier, ainsi qu’un accord avec cinq tribus indiennes pour qu’elles acquièrent une participation de près de 800 millions de dollars au projet, rapporte le Wall Street Journal.

Raccourci plus vital que jamais pour le pétrole canadien

« Les énergies fossiles peuvent être vertes et verser de bons salaires. » L’argument fera-t-il mouche auprès d’un Joe Biden qui a défendu l’écologie et les avancées sociales pendant sa campagne ? En attendant, la nouvelle équipe à la Maison Blanche est très sollicitée par les responsables politiques canadiens, le Premier ministre Justin Trudeau en tête, pour que Keystone XL, lancé en 2008, condamné en 2015 par Barack Obama, réautorisé par Donald Trump, mais bloqué toute l’année dernière par les recours, ne soit pas enterré à nouveau par Joe Biden. Cette nouvelle route pétrolière, un raccourci pour le brut canadien vers les raffineries américaines du golfe du Mexique, est en effet plus vitale que jamais pour l’État canadien de l’Alberta, dont l’économie pétrolière est déjà ravagée par les conséquences du coronavirus.

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