Chronique des matières premières

Oignons de Zambie: le mirage de l’autosuffisance alimentaire

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Le sac de 10 kg d'oignons a dépassé ces derniers jours les 11 euros (300 kwachas zambiens).
Le sac de 10 kg d'oignons a dépassé ces derniers jours les 11 euros (300 kwachas zambiens). © CC0 Pixabay/Contributeur

Après avoir interdit les importations d’oignons, le 8 février, pour promouvoir la production locale, les autorités zambiennes font machine arrière pour éviter une flambée des prix.

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Protéger la culture locale, d’oignons et de pommes de terre, c’était l’objectif du gouvernement zambien. Le communiqué officiel signé le 8 février précise que « le pays est capable de répondre à la demande de consommation de ces deux denrées de base ». Mais les autorités ont-elles surestimé la production nationale ?

Leur politique vient d’être en tout cas confrontée à l’épreuve des faits. Et de peur de s’attirer les foudres d’une population qui n’a plus les moyens d’acheter de l’oignon, Lusaka a dû se résoudre à autoriser de nouveau les importations.

Les importateurs zambiens ont obtenu gain de cause

Le ministre de l’Agriculture l’a reconnu lui-même : le pays a aujourd’hui un besoin urgent de 10 000 tonnes d’oignons. Cette quantité devrait répondre à trois mois de consommation selon l’association des négociants zambiens en fruits et légumes, une structure qui avait fait pression sur les autorités pour qu’elles reviennent sur leur décision.  

Pour l’association interrogée par le journal Zambian Business Times, la relance des importations est la seule façon de normaliser les prix, le sac de 10 kg ayant dépassé ces derniers jours les 11 euros (300 kwachas zambiens).

Besoin urgent d’oignons pour exporter en RDC ?

De l’autre côté de l’échiquier alimentaire, l’Union nationale des agriculteurs de Zambie (ZNFU) qui considère que les importations relèvent du sabotage économique, et qui naturellement avait salué les restrictions, relativise aujourd’hui la volte-face des autorités.

L’objectif serait simplement de pouvoir alimenter le marché de la République démocratique du Congo qui transite à la frontière par la ville de Kasumbalesa, une localité située au sud-est de Lubumbashi. Et comme d’ici trois semaines la nouvelle récolte zambienne sortira de terre, il est important de préserver les marchés à l’export quitte à autoriser des importations explique le syndicat. Dans une interview à la presse zambienne, son président rappelait il y a quelques jours qu’on ne pouvait pas demander aux agriculteurs d’augmenter leur production si ce n’est que pour un débouché local.

La Zambie a besoin des oignons sud-africains

Le problème, c’est que la culture de l’oignon n’a pas encore séduit un nombre suffisant d’agriculteurs, qui préfèrent se tourner vers le maïs. Des projets notamment de l’ONG World Vision ont tenté de convaincre des horticulteurs de planter des oignons, sans grand succès pour l’instant. Le pays manque par ailleurs d’unités de séchage qui permettraient aux cultivateurs de garder plus longtemps leurs produits.

Résultat la Zambie est toujours dépendante de l’Afrique du Sud son grand voisin et fournisseur principal de produits agricoles. Lusaka a importé l’année dernière plus de 8 000 tonnes d’oignons contre 5 400 tonnes l’année précédente.

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