Chronique des matières premières

À qui profite l'embargo sur le coton indien?

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Coton fraîchement cueilli entre les mains d'un jeune ouvrier agricole, près de Sardargarh, Rajasthan, Inde. (Image d'illustration)
Coton fraîchement cueilli entre les mains d'un jeune ouvrier agricole, près de Sardargarh, Rajasthan, Inde. (Image d'illustration) Getty Images - David Clapp

L'embargo sur le coton indien, décrété en 2019 par Islamabad pour des raisons politiques liées au statut de la région du Cachemire, a failli être levé fin mars. Mais les autorités ont finalement fait volte-face. En attendant la reprise des échanges commerciaux, certains s'accommodent très bien de la situation, en particulier le Brésil.

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Quand tout va bien, et que les frontières commerciales sont ouvertes, le Pakistan achète la moitié de son coton en Inde. Un coton de proximité, qui peut être acheminé en 20 jours, maximum un mois, et surtout très bon marché. Depuis l'embargo, les filatures pakistanaises ont dû se reporter sur d'autres marchés. Un changement de cap qui profite au coton africain, américain et brésilien surtout. En 2019, le coton brésilien représentait 6% du marché pakistanais, en 2020 cette part a bondi à 25%. En cinq ans, les exportations ont triplé.

La stratégie brésilienne à l’œuvre

Mais ce n'est pas l'appel d'air pakistanais qui explique tout. Il y a aussi la stratégie du Brésil, clairement assumée de conquête des marchés asiatiques. Ce projet d'expansion a même un nom : Cotton Brazil. « Le Pakistan fait partie des huit pays-cibles du Brésil dont l'objectif est de devenir le premier exportateur mondial de coton d’ici à 2030, en passant devant les États-Unis », explique Olivier Antoine, géopolitologue, expert des questions d'agriculture et d'alimentation en Amérique latine.

L'embargo sur le coton indien ne profite pas qu'au Brésil. Il est aussi une aubaine pour certains négociants. « Acheter du coton à l’Inde est un casse-tête quotidien », confie un intermédiaire pakistanais, « à cause du manque de fiabilité des vendeurs, des expéditions aléatoires et de l'absence de compensation en cas de litige », explique t-il. Des problèmes qui ne se posent pas, ou beaucoup moins, sur un marché international mieux réglementé, précise notre interlocuteur.

Les petites filatures pakistanaises souffrent de l’embargo

Ceux qui souffrent, surtout de l'absence de ce coton indien à bas prix, ce sont les petites filatures pakistanaises, celles qui fournissent le marché local. Un négociant indien confie qu'elles ont été les premières à passer des commandes fin mars, pendant les quelques heures où tout le monde a cru que l'embargo allait être levé. Signe d'un vrai besoin. D'autant que la dernière récolte pakistanaise a été historiquement basse : 8 millions de balles pour une consommation de 13 millions de balles. Ce qui a poussé le Pakistan à acheter encore plus de coton en novembre dernier, une aubaine pour tous les opérateurs qui avaient un surplus de coton à écouler à cause du confinement. Même la mauvaise qualité américaine – un mélange de soie – a trouvé preneur, raconte un négociant français.

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